Le 17 mars 2026

Mis à jour le 11 mars 2026
Dans le cadre du séminaire « Ethnocentrisme méthodologique et catégories autochtones », le Cercle de sémio-anthropologie (dir. Ludovic Châtenet - MICA) accueillera Emmanuel Désveaux (EHESS – CGS) le 17 mars à 14h, salle des thèses de la Maison de la recherche (Campus Montaigne, Pessac) pour une intervention intitulée : « Restituer ou interpréter : le dilemme à la source de toute anthropologie. »
Il interviendra également, le 17 mars à 18h, dans l’Amphithéâtre 3 du Campus Victoire à l’Université de Bordeaux pour discuter de l’ouvrage « Aux sources de Tristes Tropiques » consacré aux carnets de terrain de Claude Lévi-Strauss, qu’il a dirigé.
En portant un regard critique sur sa propre discipline, l’anthropologie contemporaine a mis en évidence la nécessité de s’affranchir de l’ethnocentrisme des anciens modèles pour étudier les cultures. En s’appuyant sur de nouvelles perspectives épistémologiques – théories cognitives, discursives, subjectives, etc. –, les tournants linguistique puis ontologique, survenus à partir des années 1980 et 1990, ont ouvert la voie à une remise en question radicale de la pratique ethnologique, mettant en évidence une tension entre l’ambition scientifique de saisir les singularités des pensées et savoirs autochtones et la nécessité de les préserver face aux outils et modèles occidentaux susceptibles d’imposer leurs catégories, leur ontologie, comme universelles. En conséquence, il serait nécessaire d’ouvrir le champ à une pluralité d’anthropologies susceptibles de mieux rendre compte des perspectives, sensibilités, des mondes, en somme, de chaque culture.
Une telle remise en cause engage non seulement l’anthropologie mais aussi la sémiotique dont les outils analytiques reposent sur des catégories et descripteurs linguistiques visant à adhérer aux cultures étudiées. Ces éléments nous posent un certain nombre de questions : dans quelles mesures peut-on considérer que les modèles sémio-anthropologiques sont inopérants, fautifs ou obsolètes ? Est-il nécessaire de les adapter, de les modifier ou de les remplacer ? Quelles solutions concrètes peut-on envisager pour résoudre leurs inadéquations ou limites supposées ?
L’objectif du séminaire de cette année est double. Tout d’abord, il cherchera à mobiliser les travaux d’ethnologues spécialistes de diverses aires culturelles, pour mettre en évidence des exemples concrets de concepts intraduisibles, résistants, singuliers qui posent problème pour décrire et comprendre la culture étudiée. Ensuite, dans une perspective plus théorique, nous chercherons à discuter les modèles et méthodes mis en défaut pour vérifier dans quelle mesure ils sont problématiques et dans quelle direction la recherche doit œuvrer pour les réadapter à ses objets et objectifs.
Le séminaire présenté par Ludovic Châtenet (Université Bordeaux Montaigne, MICA) et Angelo Di Caterino (Université de Turin) aura lieu en ligne, à 17h45, les :
Le cercle de sémio-anthropologie est un espace de dialogue entre les disciplines qui ont en commun d’étudier les cultures humaines du point de vue des langages et des processus de signification (objets, pratiques, organisations sociales).
Le séminaire « Ethnocentrisme méthodologique et catégories autochtones » interroge la possibilité même de faire de l’Autre un objet de connaissance sans le dissoudre dans les cadres de pensée de l’observateur, en prenant au sérieux les critiques adressées à l’anthropologie autour de l’adéquation des modèles analytiques aux cultures qu’ils prennent pour objet. Dans ce contexte, nous chercherons à ouvrir un espace de discussion où les catégories « autochtones » ne sont ni simplement adoptées comme nouveau paradigme, ni écrasées par un métalangage eurocentré, mais mises en tension avec lui pour repenser l’épistémologie de l’anthropologie.
Contact : ludovic.chatenet@u-bordeaux-montaigne.fr