De Twitch à l’amphi : Rivenzi fait étape à l'Université Bordeaux Montaigne - Université Bordeaux Montaigne

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De Twitch à l’amphi : Rivenzi fait étape à l'Université Bordeaux Montaigne

Le streamer et vidéaste Rivenzi traverse actuellement la France pour son « Tour de l’Histoire », une semaine de rencontres organisées dans plusieurs universités françaises autour des Révolutions, de la transmission et de la vulgarisation historique. Après Strasbourg, Nantes, Lille ou encore Paris, c’est à l’Université Bordeaux Montaigne qu’il clôture cette tournée aux côtés de l’historien Nicolas Patin, spécialiste du nazisme et maître de conférences au sein de l’établissement.

À contre-courant des formats rapides souvent associés aux réseaux sociaux, leurs échanges prennent le temps : celui d’expliquer, de nuancer et de transmettre. Entre culture Twitch, recherche universitaire et envie de remettre les universités au centre des discussions, les deux passionnés reviennent sur leur collaboration, leur rapport à l’Histoire et la place grandissante des formats longs sur Internet.

Retrouvez le duo le vendredi 22 mai, à partir de 18h30 dans l’amphithéâtre Louise Bourgeois (B200) ou en direct sur Twitch.

« Le stream nous donne quelque chose de rare : du temps »

La rencontre entre Rivenzi et Nicolas Patin remonte à février 2022, au 18 pour être précis. À l’époque, le vidéaste découvre les travaux du maître de conférences bordelais grâce à une discussion avec l’historien Christian Ingrao lors d’un séjour à Berlin.

« C’était son livre sur Krüger, cet officier allemand présent en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale. J’ai trouvé le sujet passionnant, j’ai dévoré le livre, puis j’ai fini par écrire à Nicolas pour qu’on organise un live ensemble», raconte Rivenzi.

Le premier échange fonctionne immédiatement. Depuis, les collaborations entre les deux hommes se multiplient autour d’un objectif commun : prendre le temps de transmettre des sujets historiques complexes dans des formats accessibles.

Pour Nicolas Patin, l’intérêt du format Twitch repose justement sur ce temps long devenu rare dans les médias traditionnels.

« Avec le stream, on peut développer une idée, nuancer, expliquer, au lieu de devoir résumer des sujets complexes en trente secondes sur un plateau télé. »

L’historien évoque aussi un rapport différent au public, plus proche selon lui de celui qu’il peut connaître à l’université.

« Il y a l’interactivité avec les commentaires. Ça ressemble beaucoup à un cours à la fac. On sent les réactions, on adapte son rythme, on maintient une attention collective. »

Mais ce qui le marque particulièrement dans ces collaborations avec les créateurs de contenus historiques, c’est aussi le travail de préparation réalisé en amont.

« Dans mon expérience, les streamers avec qui j’ai travaillé préparent énormément leurs sujets. Je pense par exemple à Nota Bene qui travaillait ses émissions de manière très sérieuse. C’est ça qui est agréable : on garde une vraie exigence scientifique, mais dans une ambiance beaucoup plus détendue, plus vivante. »

De son côté, Rivenzi insiste sur l’importance de donner la parole aux chercheur·ses.

« Ce qui me motive vraiment, c’est de mettre en avant des personnes qui ont passé des années à travailler sur ces sujets-là. L’idée, au fond, c’est de créer une passerelle entre mon public et les chercheurs. »

Loin de l’image d’un Internet incapable de ralentir, ils observent au contraire un intérêt croissant pour les formats longs et exigeants.

« Ce que je trouve vraiment chouette avec ce format, c’est qu’il va un peu à contre-courant de l’idée selon laquelle les gens auraient de moins en moins d’attention. On dit souvent qu’on scrolle en permanence, qu’on ne se pose plus, mais ces formats montrent aussi que les gens sont capables d’écouter pendant une heure, une heure et demie, des spécialistes parler d’histoire. », souligne Rivenzi.

Raconter l’Histoire à hauteur d’humains

Dans les contenus de Rivenzi comme dans les travaux de Nicolas Patin, l’Histoire passe souvent par des trajectoires individuelles, des petits groupes ou des figures parfois méconnues.

Pour Rivenzi, ce choix répond d’abord à une logique narrative :

« Les gens s’accrochent beaucoup plus facilement à des trajectoires individuelles, et on peut raconter énormément de choses à travers certains destins. »

Le vidéaste explique également que ces récits permettent de construire plus naturellement un angle dans des formats où tout ne peut pas être raconté.

« On ne peut jamais tout raconter d’un sujet. Suivre une personne ou un petit groupe permet de donner un angle au récit et d’accepter certains choix narratifs. »

Une approche qui rejoint aussi certains travaux historiographiques contemporains sur le nazisme ou les violences politiques. Depuis plusieurs années, des historiens comme Christian Ingrao ou Johann Chapoutot s’intéressent davantage aux trajectoires des acteurs eux-mêmes, à leurs logiques de pensée ou à leurs parcours individuels.

Pour Nicolas Patin, cette incarnation répond également à une nécessité plus large dans la manière de transmettre l’histoire aujourd’hui.

« Dans les documentaires, chez les éditeurs, à la télévision ou sur Twitch, ce qui revient toujours, c’est le besoin d’incarnation. Les gens veulent des parcours humains parce que c’est ce qui permet de se projeter dans un contexte qu’ils connaissent mal. »

L’historien rappelle pourtant venir d’une tradition historiographique très différente, davantage tournée vers l’histoire quantitative.

« Moi, à la base, j’aime les tableaux, les statistiques… les fameux tableaux avec des pourcentages qui font fuir tout le monde. »

Mais pour lui, raconter l’Histoire à travers des individus permet aussi de créer une projection émotionnelle essentielle à la compréhension.

« Tout ne passe pas uniquement par l’intellect. »

Loin d’opposer rigueur scientifique et narration, les deux hommes défendent finalement des formats capables de mêler sources, archives, pédagogie et incarnation. Avec, au centre, une même conviction : le public est prêt à suivre des contenus exigeants à condition qu’on lui laisse le temps d’y entrer.

Faire entrer le public dans les amphithéâtres

Avec ce « Tour de l’Histoire », Rivenzi ne voulait pas seulement proposer une série de conférences filmées. L’objectif était aussi de recréer un lien direct entre les universités, les chercheur·ses et un public parfois éloigné du monde académique.

Pendant une semaine, le créateur de contenus traverse ainsi plusieurs villes universitaires françaises autour d’une thématique commune : les révolutions. Chaque étape s’organise autour d’un ou d’une spécialiste différent·e et d’un contexte historique particulier. À Strasbourg, il échange avec Alexandre Sumpf autour de la révolution russe. À Nantes, Virginie Adane intervient sur la Révolution américaine. La tournée aborde également la Révolution haïtienne avec Claire Bourhis-Mariotti, un choix dont Rivenzi se réjouit particulièrement.

Une manière aussi de remettre les universités au centre des discussions.

« On parle rarement des universités de manière positive ou passionnée. Moi, c’est de là que je viens, donc j’avais envie de rendre hommage aux professeurs, aux facultés et aux étudiants », explique Rivenzi.

L’événement, gratuit et ouvert au public sur inscription, répond également à une volonté d’accessibilité.

« On sait que ce n’est pas simple d’être étudiant aujourd’hui. Moi-même, quand j’étais étudiant, il fallait travailler à côté des cours, donc on avait vraiment envie de proposer quelque chose d’ouvert au plus grand nombre. »

Pour Nicolas Patin, ce type d’initiative possède aussi une portée symbolique forte pour les étudiant·es.

« Ça montre que l’université n’est pas complètement déconnectée du monde réel ou des usages actuels. »

Le maître de conférences insiste également sur la réalité sociale vécue par une partie importante des étudiant·es.

« À l’Université Bordeaux Montaigne, on sait qu’une grande partie des étudiants sont boursiers, que beaucoup vivent des situations compliquées, que les partiels sont stressants. Être étudiant aujourd’hui, ce n’est pas simple. »

Au-delà de la conférence elle-même, ces rencontres deviennent alors des espaces de respiration, de curiosité et d’échange, loin de l’image d’une université fermée sur elle-même.

« Ce sont simplement des moments qui font du bien », résume l’historien.

Reste maintenant à savoir si cette première édition du Tour de l’Histoire donnera naissance à d’autres dates. Une possibilité que Rivenzi n’écarte pas.

« Là, on prend la température, on regarde comment les gens réagissent, et on verra ce que ça donne. Peut-être que ce sera l’occasion d’en refaire à l’avenir. »

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