Du 23 mars 2026 au 26 mars 2026

Mis à jour le 6 mars 2026
Pour son édition des 20 ans, le festival Géocinéma portée par un collectif d'enseignant·es-chercheur·es géographes de l'Université Bordeaux Montaigne et de Paris 1 Panthéon La Sorbonne, membres de l'UMR Passages, professeur·es d'Histoire-Géographie aura lieu du lundi 23 au jeudi 26 mars 2026. Ce festival dédié aux décryptages des univers fictionnels et artistiques (films, documentaires, bandes-dessinées) entreprend de faire de la Géographie autrement, hors les murs de l'Université. La programmation 2026 est articulée autour du thème "Animalités" et est à découvrir à l'Université Bordeaux Montaigne (bibliothèque Rigoberta Menchú, Maison des Suds), au cinéma L'Utopia et à la librairie Krazy Kat. Certains rendez-vous sont payants, d'autres gratuits, l'ensemble est ouvert à toutes et à tous.
Tarification de l'Utopia
La vingtième édition du festival Géocinéma se propose d’interroger une thématique florissante au cinéma, mais plus inhabituelle en géographie, celle de l'animal, qui l'a longtemps principalement traité à travers la géographie rurale (élevage). Or les approches de l'animal en géographie se sont récemment renouvelées en se centrant plus largement sur des relations entre humains et animaux, (faune sauvages principalement), et leur cohabitation.
Si l’espèce humaine partage la terre avec d’innombrables espèces depuis les débuts de l’humanité, cette relation a évolué et s’est complexifiée à mesure que le territoire des humains s’étendait aux dépends de celui des animaux. Ces derniers ont été répartis entre deux grandes catégories, auxquelles les humains ont assigné des territoires précis : les animaux sauvages et les animaux domestiques.
Les animaux sauvages ont d’abord été chassés comme source de nourriture, et plus tard comme trophées. Souvent craints et tenus à distance à distance, ils ont été progressivement relégués à la périphérie des espaces habités par les humains. Objets de représentations, de mythes ou de fantasmes, les animaux font aussi l'objet de cultes dans de nombreuses sociétés non occidentales, qui entretiennent un rapport sacré à la nature. Ils sont aujourd’hui devenus les emblèmes d’une nature sauvage mise en danger par les activités humaines qui réduisent de plus en en plus leur habitat. C’est ainsi qu’après avoir été tués ou capturés pour être montrés dans les foires, les cirques, les arènes ou les zoos, ils font aujourd’hui l’objet de politiques de protection au sein de parcs et de réserves.
Les animaux domestiques sont issus quant à eux de la domestication et de la sélection de certains animaux sauvages. Ils ont été élevés afin de fournir aux humains leur viande, leur lait ou leur peaux, utilisés comme monture, comme animal de bât, animal de travail pour les labours ou la garde des maisons et des troupeaux, ou encore dressés pour participer à des courses ou des combats. Ceux-là cohabitent étroitement avec les humains dans leurs fermes, leurs pâturages. Ceci ne va pas sans avoir établi un rapport de soumission, qui n’exclut pas cependant une relation plus affective entre les éleveurs et leurs bêtes, comme le montre le film Petit Paysan d’Hubert Charruel. C'est d'ailleurs cette dimension affective qui a permis aux chiens et aux chats, dont la domestication s'est faite par apprivoisement mutuel et intérêt bien compris, d'acquérir un statut privilégié en vivant jusqu'au sein des maisons et des foyers, en tant qu’animaux de compagnie. Mais il arrive que ces assignations spatiales soient transgressées et deviennent conflictuelles. C’est le cas lorsque des animaux sauvages font des incursions sur le territoire des humains, tel le requin blanc des Dents de la mer de Steven Spielberg, animal monstrueux et meurtrier, semant la terreur sur une plage bondée de vacanciers. C'est le cas également, lorsque l'animal domestique se rebelle comme les meutes de chiens errants du film White God du hongrois Kornéll Mondruczo ou encore lorsque des oiseaux d'apparence inoffensive attaquent les hommes comme dans Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock. Dans les villes, la cohabitation avec rats, blattes ou pigeons finit par conduire à vouloir éliminer ceux qui sont considérés comme "nuisibles" ou parasites. Enfin, lorsqu'au nom de la protection de la biodiversité, des animaux sauvages emblématiques comme l'ours ou le loup sont réintroduits dans des espaces d’où ils avaient été chassés ou exterminés, ils provoquent l’inquiétude des éleveurs pour leurs propres animaux et des polémiques souvent violentes entre les différents acteurs des territoires.
Le cinéma donne de fait une large place aux animaux, non seulement dans les documentaires dits animaliers mais aussi dans les films de fiction : ils sont le plus souvent filmés comme des figures emblématiques d’un milieu naturel servant de décor (le lion dans la savane, le tigre dans la jungle, le loup ou l’ours dans les forêts boréales) ou des éléments incontournables d’un genre cinématographique (le western avec ses chevaux, ses vaches et ses bisons). Ils sont le sujet de très nombreux films, dont ils sont parfois le personnage principal, s’élevant même au rang de véritable star. Animaux anthropomorphisés, ils servent de parabole, de métaphore ou de miroir des comportements humains, interrogeant la bestialité des uns ou l’humanité des autres, tandis que certaines fictions, comme Ame et Yukki, les enfants-loups, film d’animation japonais de Mamurao Hosada, vont encore plus loin, en imaginant des métamorphoses qui effacent la frontière ténue, qui nous sépare de l’animal, celle qui nous fait oublier d'où nous venons.
En mars 2006, était lancée la première édition du Festival « Géocinéma », festival dédié aux décryptages des imaginaires géo-cinématographiques. Ce festival qui ambitionne de faire de la Géographie hors les murs, dans une salle de cinéma, le cinéma Utopia de Bordeaux a couvert 18 thèmes : « Habiter » (2006). Le pont (2007). Le vin (2008). L’étranger (2009). L’enfermement (2010). La musique (2011). Natures (2012). La Route (2013). Chaos ordre et désordre (2014). La mer (2015). Cyberespace (2016). Terres (2017). Le film dans la pratique de la Géographie (2018). Paradis artificiels (2019). Films en Nouvelle Aquitaine(2022). La montagne (2023). Aventures (2024). La marche (2025).
Maison des Suds, Université Bordeaux Montaigne : Esplanade des Antilles, Pessac. Accès Tram B, arrêt Montaigne/Montesquieu
Cinéma Utopia : 5, place Camille Jullian, Bordeaux. Accès : Tram A, arrêt Place du Palais / Tram B, arrêt Hôtel de Ville / Tram C, arrêt Place de la Bourse.
Librairie Krazy Kat : 11 Rue Saint-James, Bordeaux . Accès : Tram A, arrêt Place du Palais / Tram B, arrêt Hôtel de Ville / Tram C, arrêt Place de la Bourse.
Contact : Marina Dufeal, enseignante-chercheuse en Géographie marina.dufeal @ u-bordeaux-montaigne.fr
Illustration : Nino, étudiant en Master Illustration à l'Université Bordeaux Montaigne