Le 10 février 2026

Mis à jour le 6 février 2026
« The Pixelated Revolution » (La Révolution pixélisée - 2012) occupe une place centrale dans la pratique de Rabih Mroué. Cette œuvre réunit et commente des vidéos tournées par des civils durant les premiers mois de la révolution syrienne de 2011, à une époque où des images captées par des téléphones portables circulaient massivement sur Internet et devenaient des documents importants du soulèvement populaire.
Mroué questionne la manière dont ces images fragmentaires – souvent de mauvaise résolution ou « pixellisées » – témoignent de la violence, mais aussi de la relation même entre vision, mort et témoignage.
Il interroge ce que signifie filmer sa propre réalité, et comment ces enregistrements deviennent à la fois preuves, archives et représentations incertaines de la lutte et de la répression. L’œuvre oscille entre analyse visuelle, récit et réflexion critique, confrontant le spectateur à la fois à ce qu’il voit et à la difficulté de comprendre ou de situer ces images dans un récit historique clair. Projet fiancé dans le cadre d'un projet pédagogique (UFR langues et civilisations) et le service Culture.
Rabih Mroué, né en 1967 à Beyrouth, est un artiste contemporain libanais dont l'œuvre se situe à l’intersection du théâtre, de la performance et des arts visuels. Acteur, dramaturge, metteur en scène et artiste visuel, il est reconnu pour sa capacité à interroger les relations complexes entre mémoire, image, politique et vérité, notamment dans le contexte des conflits contemporains au Moyen Orient. Depuis plusieurs années, il réside à Berlin, où il poursuit son travail artistique et bénéficie d’un cadre international stimulant pour ses recherches et performances.
Ayant grandi pendant la guerre civile libanaise (1975 - 1990), Mroué a été profondément marqué par les violences quotidiennes et la circulation des images médiatiques et propagandistes. Cette expérience fonde sa réflexion sur la construction, la médiation et la manipulation des récits visuels, ainsi que sur la fragilité des archives et de la mémoire collective. Pour Mroué, les images ne sont jamais neutres : elles peuvent informer, persuader ou dissimuler la réalité, mais elles produisent toujours des effets éthiques et politiques.
Un aspect central de son œuvre est la manière dont il engage une auto interrogation performative, notamment à travers les « conférences non académiques ». Ces performances hybrides mêlent monologue, analyse de documents visuels et réflexions personnelles, tout en intégrant l’incertitude et la fragmentation du « je » narratif. Dans ces conférences, le récit autobiographique oscille constamment entre ce qui peut être affirmé, ce qui reste incertain et ce qui doit être défendu avec exactitude. Ces dispositifs constituent à la fois des apologies intellectuelles et éthiques, où l’artiste se met en procès face au public et assume la responsabilité de ses paroles.
Le travail de Mroué a été largement reconnu à l’international. Il a reçu plusieurs distinctions, parmi lesquelles :
Ses œuvres ont également été présentées dans des institutions et festivals majeurs tels que le Festival d’Avignon, la Documenta en Allemagne, le MoMA à New York ou le Centre Pompidou à Paris, attestant de l’importance de son œuvre dans les débats contemporains sur la mémoire, les médias et la représentation.
Le 10 février 2026 à 14h, dans l'amphithéâtre de la CLEFF
Contact : Omar Fertat - omar.fertat @ u-bordeaux-montaigne.fr