Martine Charageat récompensée pour ses recherches sur les bourreaux du Moyen Âge. - Université Bordeaux Montaigne

Distinctions

Martine Charageat récompensée pour ses recherches sur les bourreaux du Moyen Âge.

La Société d'histoire pénale ancienne distingue les travaux de Martine Charageat, médiéviste au sein de l’unité de recherche Ausonius. Ses recherches sur les bourreaux d'Aragon et de Navarre apportent un nouvel éclairage sur cette figure méconnue du Moyen Âge.

Chaque année, le prix de la société d’histoire pénale ancienne récompense une thèse ou un mémoire d’habilitation à diriger les recherches favorisant la connaissance du monde pénal ancien (entre le Ve et le XVe siècle). Ce prix, est remis à Martine Charageat pour son mémoire d’habilitation à diriger des recherches intitulé « Les bourreaux en péninsule ibérique (Navarre et Aragon - XIIIe - XVIe s.) »

La remise du prix a lieu à l’université de la Sorbonne, le 20 juin 2026 à l’occasion d’une journée dédiée à l’expertise judiciaire médiévale.

Son parcours

Martine Charageat est maîtresse de conférences habilitée en histoire médiévale, spécialiste des rapports entre société, pouvoir et justice, en Aragon du XIIIe au XVIe siècles. Elle a longtemps travaillé sur la délinquance matrimoniale et les conflits conjugaux à la fin du Moyen Âge. Depuis une quinzaine d’années, elle dirige et co-dirige en collaboration avec des historiens du droit et des archéologues des projets de recherche sur la mort pénale (Moyen Âge - époque moderne), la matérialité du droit de punir à travers les pratiques spatiales de la justice criminelle et ses marqueurs de pouvoir. Elle a été amenée à réfléchir à la question de la manipulation des corps des condamnés et la gestion de leurs restes macabres.

Derrière les clichés sur la figure du bourreau

C’est dans le prolongement de ces recherches qu’elle a décidé d’étudier les bourreaux, une figure de justice amplement méconnue voire invisibilisée par les historiens de la justice, des crimes et des châtiments. Réalisé dans le cadre de son habilitation à diriger les recherches et d’un détachement au sein de la Casa de Velazquez en 2023-2024, ce travail s’appuie sur des archives administratives, comptables et notariales.

Le principal défi de cette recherche a été de s’extraire du poids des stéréotypes véhiculés par la littérature et les représentations iconographiques médiévales.

« En travaillant sur les archives, j’espérais atteindre une connaissance différente des bourreaux, moins stigmatisante, qui permettrait de réfléchir aux contradictions politiques liées à leur rôle dans l’application de la peine de mort au Moyen Âge. »

Une fonction nécessaire… mais peu convoitée

Il ressort de cette enquête à cheval sur deux royaumes que disposer d’un bourreau est nécessaire au bon fonctionnement de la justice pénale au Moyen Âge. Les rois comme les villes le reconnaissent sans peine. Mais cela ne rend pas cet agent plus facile à recruter ni à garder. Le métier n’attire pas, d’autant moins que les recrues sont maintenues aux limites de la survie économique. Les bourreaux désertent leur poste. Les villes se démènent étonnamment plus pour les remplacer que pour les retenir. Pour pallier ce manque, un double régime de coopération s’établit alors entre les juridictions, avec la mise en place de prêts ou d’accords de mutualisation d’un exécuteur des sentences. Un marché de l’offre et de la demande s’instaure et le spectacle des exécutions publiques peut se diffuser jusque dans les zones reculées du monde rural.

Vers un symbole du pouvoir

Visibles ou invisibles, anonymes ou identifiés, fantasmés ou craints, figures d’altérité sociale et religieuse variées, les bourreaux restent les professionnels reconnus de la mort pénale, de la manipulation des cadavres et des restes mortels des condamnés. Mais ils ne sont pas pour autant autorisés à toucher, déplacer et enterrer n’importe quel corps, même quand il s’agit de « mauvais morts ». Paradoxalement, cela a contribué à faire des bourreaux, avant la fin du Moyen Âge, un enjeu et un marqueur du pouvoir, bousculant les clichés sur leur marginalité. Leur travail devient un office au service des rois de Navarre dès le XIVe siècle et des villes aragonaises au tournant des XVe-XVIe siècles. Il s’agit d’une véritable délégation de pouvoir octroyée par le détenteur de la souveraineté. Les bourreaux se transforment en ministres du bien commun et sont les réceptacles de l’honneur de la communauté qu’ils servent. Comme tels, les signes de leur intégration institutionnelle et de l’acceptabilité sociale et culturelle de leur fonction se déploient au XVIe siècle, à travers des indicateurs aussi variés que la manière de les désigner, de les rémunérer, de les loger, de les habiller et d’assumer leur coût et celui de leur famille. Ce sont les mêmes signes qui, curieusement, ont servi à bâtir leur image de marginaux et d’exclus.

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