Du 9 mars 2026 au 2 avril 2026

Mis à jour le 9 mars 2026
Titouan Lahitte, doctorant en philosophie à SPH, participe à l’édition 2026 de MT180, le concours oratoire dans lequel les participants doivent résumer leur thèse en 3 minutes. Dans cette courte interview, il nous en dit un peu plus sur son sujet de thèse, ses objectifs et ses attentes.
Titouan Lahitte : Après le baccalauréat, j'ai fait une classe préparatoire littéraire au Lycée Montaigne à Bordeaux. Je suis ensuite parti faire ma licence 3 et mon master à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. J'y suis resté pour ma préparation à l'agrégation. Une fois celle-ci obtenue, j’ai commencé à enseigner la philosophie au lycée. J’ai fait une première année dans l’Académie de Créteil, avant d’être remplaçant sur des contrats courts dans l’Académie de Poitiers, en Charente-Maritime. L'année dernière, j'étais professeur dans l'Académie de Limoges. Depuis le début de l’année universitaire 2025-2026, je suis en première année de contrat doctoral, ici, à l’Université Bordeaux Montaigne, en philosophie de l'éducation.
TL : Je travaille sur la rupture épistémologique qui fait qu’au XIXe siècle, en France, on théorise l'éducation comme un droit individuel. Il s'agit de dépasser l'idée selon laquelle l'éducation est simplement un bien, dont on pourrait se passer, pour dire qu'elle serait quelque chose de plus : un droit. C’est à dire quelque chose de nécessaire à notre existence, que l’on est en droit d'exiger si on nous en prive. Je travaille sur ce que cela présuppose, ou plutôt, sur quelle conception du fonctionnement de l’individu humain doit être développée, dès lors que l’on affirme que les gens ont le droit d’être éduqués. Mon travail explore un corpus de philosophes, qui au nom de leur théorie de l’esprit, en sont venus à développer cette conception, en rupture avec celle de leur maître. Parmi, les plus connus, je peux citer Jules Simon, Jules Barni ou Edgar Quinet. Ces derniers ont été très importants au début de la Troisième République. Ils ont notamment influencé Jules Ferry lors de la rédaction des lois scolaires de 1881-1882 menant à la gratuité et à l’obligation d’instruction des enfants de 6 à 13 ans.
Au XIXe siècle, cette génération de philosophes, défenseurs de la République et opposants au Second Empire, développe l’idée que nous possédons tous un sens commun. C’est selon eux, une faculté individuelle qui a le droit d’être cultivée. Jusqu’alors, l’éducation existait, mais elle restait réservée à une certaine élite. Le peuple, lui, devait travailler. De plus, une rupture a lieu sous leur plume dans le concept de nature, qui rend pensable le droit à l'éducation. Jusque-là, on considérait que le peuple était resté proche d'une nature bonne, qui garantissait son bonheur. Chez les philosophes que j’étudie, la nature devient un ensemble de facultés partagées, grâce auxquelles on se comprend. Ainsi, si une personne a le droit d’être éduquée, une autre en a tout autant le droit. Cela passe par une importation, dans l'espace culturel français, des philosophes allemands, notamment, Emmanuel Kant qui est traduit à cette époque.
TL : Parler de sa thèse peut vite être assez technique, ce qui est normal. Je trouve ce dispositif intéressant afin de mieux cerner son sujet. On peut parfois se perdre soi-même dans les concepts de sa thèse. Le fait de changer de format oblige à bien comprendre l’idée générale de la recherche qu’on est train de mener.
TL : C’est moins l’aspect de compétition que les compétences développées qui m’attirent. Ce qui m’intéresse c’est l’exercice de style.
La finale d’établissement du concours Ma Thèse en 180 secondes aura lieu le jeudi 2 avril 2026 au Plateau TV de l’IUT Bordeaux Montaigne à 14h.
Entretien réalisé par Léonie Voluer étudiante en Master 1 Médiation et communication des sciences et des techniques avec l’accompagnement de l’équipe SAPS de l’Université Bordeaux Montaigne.