Esthétique 3 - Université Bordeaux Montaigne

Esthétique 3

Crédits ECTS : 4.0

Travaux Dirigés 24h

Cours Magistral 24h

Code ELP : LEP5U4

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 5

Formes d'enseignement : Non accessible à distance

Mobilité d'études : Oui

Description

Détruire.

Vie et destin des œuvres d’art

 

Que se passe-t-il lorsqu’une œuvre d’art est détruite ? Voici une question qui semble ressortir à la problématique plus générale de l’iconoclasme, définie comme refus et destruction des images. L’histoire de cette idéologie invite à la prudence. Il convient d’en saisir les ramifications plurielles, depuis l’interdit mosaïque jusqu’à l’iconoclasme protestant, en passant par l’iconoclasme byzantin. « Histoire intellectuelle » encore élargie par Alain Besançon « de Platon à Malévitch ». Et pourtant, toute destruction d'œuvre d’art, partielle ou totale, ne relève pas à proprement parler de l’iconoclasme. Au contraire, certaines mutilations infligées aux œuvres d’art – les graffitis, par exemple, écorchant telle parcelle d’une fresque – reposent sur une forme de croyance, qui prête à l’image certaines qualités de l’objet qu’elle manifeste. Il nous faudra distinguer, selon les cas, l’iconoclasme du vandalisme et l’icône de l’œuvre d’art, en particulier lorsque s’inventent les notions de musée et de patrimoine.

Le plus souvent d’ailleurs, la destruction n’est pas l’effet d’une volonté humaine, mais la conséquence du temps et de l’érosion naturelle, où la belle totalité se désagrège. La sensibilité aux ruines, qui s’invente au XVIIIe siècle, porte la marque d’un bouleversement du concept d’Histoire qui dépasse la déploration de notre finitude. Ce qui vaut pour l’architecture concerne-t-il les autres arts ? L’ontologie des œuvres d’art n’englobe pas seulement la typologie différenciée des modes de production, mais aussi la question de la survivance et de la transmission de l’objet ou de l’acte artistique. À ce titre, un tableau n’existe pas de la même manière qu’un roman, une chorégraphie ou une sonate. Pour comprendre ce que « détruire » veut dire dans le champ de l’art, encore faut-il interroger la notion d’œuvre d’art et les modes d’être propres à chaque médium.

Autre facette du problème : la destruction d’une œuvre par l’artiste lui-même, que ce dernier en soit ou non le producteur. Le célèbre geste d’effacement pratiqué par Rauschenberg sur un dessin de De Kooning (Erased De Kooning Drawing, 1953) donne matière à réflexion : en quoi s’agit-il encore d’un geste artistique ? Plus largement, quel statut accorder aux gestes de destruction internes à la pratique artistique ? Au XVIIe siècle déjà, Poussin déclarait que Caravage était venu au monde pour « détruire la peinture ». La création artistique s’oppose-t-elle à la tradition au point d’en faire « table rase » ? À l’heure où le patrimoine culturel se trouve plus que jamais exposé, comment comprendre la positivité de tels gestes artistiques ? Sans prétendre faire le tour de la question, nous tâcherons d’en démêler l’écheveau et d’en mesurer le poids.

Bibliographie

Lectures recommandées :

  • Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée (1936), in Écrits français, Paris, Gallimard, 1991.
  • Alain Besançon, L’image interdite, une histoire intellectuelle de l'iconoclasme, Paris, Fayard, 1994.
  • Maurice Fréchuret, Effacer, Paradoxe d’un geste artistique, Les Presses du Réel,
  • Gérard Genette, L’ Œuvre de l’art, Première partie : Les modes d’existence, Paris, Seuil, 2010.
  • Étienne Gilson, Peinture et réalité, Paris, Vrin, 1972.
  • Marie-José Mondzain, Image, icône, économie. Les sources byzantines de l’imaginaire contemporain, Paris, Seuil, 1996.

 

Bibliographie complémentaire :

  • Laurence Bertrand Dorleac, L’ordre sauvage : violence, dépense et sacré dans l’art des années 1950-1960, Paris, Gallimard, 2004.
  • Hans Belting, Image et culte, une histoire de l'image avant l'époque de l'art, Paris, Éditions du Cerf, 1998.
  • Didier A. Chartier, Les créateurs d'invisible, De la destruction des œuvres d'art, Paris, Synapse, 1989
  • André Chastel, « La notion de patrimoine », in Les Lieux de mémoire (dir. Pierre Nora), tome I, 1997, pp. 1433-1469.
  • Denis Diderot, Œuvres esthétiques, édition Paul Vernière, Paris, Dunod, 1994.
  • Michael Fried, La place du spectateur. Esthétique et origines de la peinture moderne, Gallimard, 1990.
  • Jean-Yves Jouannais, Artistes sans œuvres, Paris, Hazan, 1997.
  • Dario Gamboni, La destruction de l’art, Iconoclasme et vandalisme depuis la Révolution française, Paris, Presses du Réel, 2015.
  • Nelson Goodman, Langages de l’art, Une approche de la théorie des symboles, Paris, Hachette, 2005.
  • Catherine Grenier (dir.), Big Bang : création et destruction dans l’art du XXe siècle, Paris, Centre Pompidou, 2005.
  • Sophie Lacroix, Ce que nous disent les ruines. La fontion critique des ruines, Paris, L’Harmattan, 2007 ; Ruine, Paris, Éd. de La Villette, 2008.
  • Christophe Lemaître, La vie et la mort des œuvres d’art, Paris, Presses du réel, 2016.
  • Bruno Latour, Iconoclash : Fabrication et destruction des images en science, en religion et en art, 2002.
  • Michel Markarius, Ruines : représentation dans l’art de la Renaissance à nos jours, Paris, Flammarion, 2011.
  • Louis Marin, Détruire la peinture, Paris, Flammarion, 1977.
  • André Malraux, Le Musée imaginaire, Paris, Gallimard, 1965.
  • Frédéric Pouillaude, Le désoeuvrement chorégraphique: étude sur la notion d’œuvre en danse, Paris, Vrin, 2009.
  • Roger Pouivet, L’ontologie de l’œuvre d’art. Une introduction, Paris, Chambon, 2000.
  • Thomas De Quincey, De l’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, Paris, Gallimard, 1963.
  • Roland Schaer, L’Invention des musées, Paris, Gallimard, 1993.
  • Paul Veyne, Palmyre, l’irremplaçable trésor, Paris, Albin Michel, 2015.

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