Philosophie générale 6 - Université Bordeaux Montaigne

Philosophie générale 6

Travaux Dirigés 24h

Cours Magistral 24h

Code ELP : LEP6Y2

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 6

Formes d'enseignement : Non accessible à distance

Mobilité d'études : Oui

Description

Enseignant: Emmanuelle Tron

De la familiarité d'un « chez soi » à la perte de l'évidence naturelle :
la question phénoménologique du monde

Il y a une évidence persistante qui ne semble pas pouvoir être mise en crise : l'assurance de la
présence d'un « monde » en dehors de nous, qui nous semble avoir toujours été là et nous avoir
toujours été familier. Nous ne comprendrions même pas vraiment comment il serait possible de nier
l'univocité et la stabilité de ce monde compris comme un milieu de vie dans lequel nous avons
toujours évolué. Pourtant, si l'on prend au sérieux le tournant amorcé par Kant dans la Critique de
la raison pure, ce qu'il considère lui-même comme une véritable révolution, nous ne pouvons pas
ne pas être ébranlés par une thèse que nous pourrions résumer quelque peu grossièrement de la
sorte : le monde que nous percevons n'est en réalité qu'un ensemble de phénomènes que les
catégories de l'entendement modèlent pour que précisément nous puissions percevoir et réfléchir
plus qu'un amas incohérent de phénomènes. Ce que Kant a ouvert, pour la tradition
phénoménologique, c'est une brèche sans précédent : le monde ne saurait plus être pensé comme
une nécessité apodictique (selon laquelle il serait nécessairement, et nécessairement tel qu'il est sans
pouvoir être autrement) mais bien un produit de l'activité de la conscience.
L'introduction du cours consistera à poser le problème à partir de Kant, et plus précisément de la
Critique de la raison pure.
La première partie du cours proposera d'analyser la solution husserlienne au « problème du
monde » : poser une conscience extra-mondaine ou encore un « ego pur » qui prend en charge le
passage d'un amas chaotique de phénomènes à la familiarité d'un « monde-pour-nous ». Nous
comprendrons que cette solution, qui repose sur la mise au jour d'un ego transcendantal, condition
de possibilité de toute expérience, actuelle ou seulement possible, s'effondre dès le moment où l'on
récuse la possibilité d'un caractère extra-mondain de l'ego.
La deuxième partie du cours s'ouvrira sur cette critique et posera la question du monde à nouveaux
frais en pensant un ego qui ne peut avoir de consistance et d'aptitude à « organiser » l'apparaître, à
donner du sens à l'expérience qu'en étant lui-même immergé dans le monde : l'avènement d'un
monde coïncide alors strictement avec l'avènement du sujet, et aucun ne saurait précéder l'autre. Ce
sera avec Merleau-Ponty que nous tenterons de comprendre comment sauver le monde comme
signifiant si aucun sujet transcendantal n'est là pour en assurer la familiarité a priori.
Enfin, la troisième partie de notre cours s'appuiera sur les deux premiers moments pour rendre
compte des expériences-limites que sont, en particulier, l'hallucination et le délire psychotique, deux
expériences qui nous obligeront à abandonner l'évidence de la familiarité d'un monde-pour-nous
pour penser ce que Blankenburg nomme « la perte de l'évidence naturelle ».

Bibliographie

Bibliographie indicative (qui sera principalement travaillée en cours)

BEGOUT Bruce, La découverte du quotidien
BENOIST Jocelyn, L'adresse du réel
BIMBENET Étienne, L'invention du réalisme
BINSWANGER Ludwig, Le cas Suzanne Urban
BINSWANGER Ludwig, Introduction à l'analyse existentielle (ou, au moins, Rêve et existence)
HUSSERL Edmund, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale
HUSSERL Edmund, Méditations cartésiennes
MERLEAU-PONTY Maurice, Phénoménologie de la perception
A lire et à voir impérativement avant le début des séances
LYNCH David, Lost Highway (à voir)
SATRAPI Marjane, The Voices (à voir)
CARRERE Emmanuel, La moustache (à lire)

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