Lire et écrire en philosophie 2 - Université Bordeaux Montaigne

Lire et écrire en philosophie 2

Crédits ECTS : 3.0

Volume horaire CM : 12.0

Volume horaire TD : 12.0

Code ELP : LEP2T4M2

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 2

Formes d'enseignement : Non accessible à distance

Mobilité d'études : Oui

Description

Sujet et norme(s)

Ce cours aura pour objet de confronter un concept classique d'histoire de la philosophie, le concept de « sujet », à un concept appartenant résolument plus à un questionnement contemporain, le
concept de « norme ».
Nous partirons d'un aphorisme fameux, « Que dit ta conscience ? Deviens ce que tu es » (Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, §270), et plus précisément de cette formule énigmatique : devenir ce que l'on est. De quel devenir est-il question, si son but est ce qui est déjà ? Ce que nous retiendrons de cette formule, sans entrer dans les méandres de la philosophie nietzschéenne, c'est que ce que l'on est véritablement n'est jamais immédiatement donné. Nous avons à conquérir notre essence, et cela est l'enjeu de toute existence véritable.

Cependant, cette dialectique de la conquête de soi se trouve immédiatement contrariée par l'évidence factuelle selon laquelle la construction de notre identité n'est pas de notre seul fait, mais
est toujours déjà prise dans un réseau de contraintes, telles la vie en société, les divers déterminismes sociaux, culturels, historiques, etc. et les règles qui découlent de cette inscription dans un réseau de contraintes. Pour le dire autrement, les normes ont une efficace, un pouvoir qui
orientent les choix conscients ou inconscients que fait un individu tout au long de sa vie. Ainsi, le sujet s'individue en devenant identifiable, c'est-à-dire en se limitant à une forme particulière, à une identité.
Penser le sujet en le limitant à une forme individuée, à une identité construite et comme apposée de l'extérieur, n'épuise pourtant pas le champ définitionnel de la notion de sujet. La forme même du sujet a à être questionnée en deçà et au-delà de la polarité normée de ce dernier, et nous ferons pour cela l'hypothèse que la vie mentale, psychique du sujet ne saurait être le seul produit des normes.

Ainsi, si la forme-sujet est limitée par le jeu de normes productrices, si elle est une construction historicisée car produite par une société à un moment donné de son histoire, elle ne cesse de tendre vers son dehors, affirmant ainsi l’effectivité d’une vie mentale qui n’est pas « sans restes », et qui
fait signe vers un en deçà des normes sociales. La vie mentale apparaît ainsi comme cet entre-deux qui lie passivité et activité du sujet, c’est-à-dire capacité à recevoir les impressions du dehors mais également et surtout à être assujetti au champ normatif, et pouvoir de se ressaisir de ce que les
normes font de lui. En d’autres termes, la vie mentale est bien le lieu de la coïncidence du dedans et du dehors mais aussi de la possibilité pour l’individu de se penser à la fois comme sujet des normes
et comme sujet normatif. Le soi n’est alors plus simplement le produit de dispositifs de pouvoir, il n’est plus simplement un donné, mais il se constitue et se pense dans un rapport à soi comme sujet. Nous nous proposons donc d'établir au fil de nos séances une cartographie de la construction subjective, à la fois normée et normative, en nous appuyant sur des textes philosophiques (Canguilhem, Merleau-Ponty, Deleuze), mais aussi sociologiques (Goffman, Bourdieu), psychanalytiques (Freud) et littéraires (Carrère, Perec, Sarraute).

Informations complémentaires

Enseignant : Mme Emmanuelle Tron.

Bibliographie

Bibliographie indicative (Pour préparer le cours. Des références précises seront données au fil des séances) :

CANGUILHEM Georges, Le normal et le pathologique
CARRERE Emmanuel, La moustache
FREUD Sigmund, Cinq leçons sur la psychanalyse
PEREC Georges, W ou le souvenir d'enfance
SARRAUTE Nathalie, Tropismes

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