Théorie littéraire et plurilinguisme 1 - Université Bordeaux Montaigne

Théorie littéraire et plurilinguisme 1

Crédits ECTS : 4.0

Travaux Dirigés 30h

Code ELP : LJB1Y1B

Composante : UFR Langues et Civilisations

Période de l'année : Semestre 1

Formes d'enseignement : Non

Mobilité d'études : Oui

Description

La langue, matériau de l’écrivain, n’est pas un tout pur et non mélangé. Elle est forgée par et dans la culture. Quoique servant des enjeux politiques, étroitement liée à l’émergence des nations, la littérature est un espace sans frontière qu’il s’agira d’apprendre à penser dans sa globalité. Le cours Théorie littéraire et plurilinguisme propose ainsi, sur trois ans, une réflexion sur les notions de « littérature mondiale », de pluralité culturelle et de traduction. Comment penser ces objets ? Pense-t-on la littérature de la même manière partout dans le monde ? Comment concilier théorie générale (« qu’est-ce que la littérature ? »), singularité du geste créateur, ancrage dans une culture, et plurilinguisme ?

Les étudiants des deux parcours (Babel Lettres et Babel Italien) suivent ce cours : les uns sont plus littéraires, les autres plus linguistes. Apprenons à travailler ensemble, profitons des connaissances et des méthodes de chacun.

 

Volume horaire : 24h TD

Crédits :          4 ECTS

Évaluation :     Session 1 : contrôle continu / Session 2 (rattrapage) : écrit 4h

Cours partagé avec les étudiants de la licence Italien BABEL.

 

  •  Groupe 1 : jeudi 10h30-12h30 (Ève de Dampierre-Noiray)

 

La littérature à l'échelle du monde

Prenant pour point de départ le mythe de Babel et ses significations, ce cours propose de s’interroger sur la manière dont les textes prennent en charge leur propre rapport avec d’autres cultures et d’autres langues. A quelles époques et selon quelles modalités la littérature réfléchit-elle sur sa dimension plurilingue et pluriculturelle ? On travaillera à partir de supports variés : textes littéraires, textes de critique, extraits d’émissions radio et de vidéo, en cherchant à comprendre quels questionnements ont en commun ces supports, ces discours. On se demandera par exemple comment l’écrivain et le lecteur font face à la pluralité des langues dans lesquelles existe la littérature ; quels enjeux révèle le regard que nous portons sur les « autres » littératures, les traditions culturelles éloignées des nôtres ; comment comprendre et dépasser les rapports de force qui existent au sein du champ littéraire (littératures dominantes / littératures dominées), en particulier les enjeux de domination analysés par la pensée postcoloniale ; enfin ce que révèle et implique le choix (ou l’absence de choix) d’une langue d’écriture par un écrivain.

 

Bibliographie / Filmographie

*Albert MEMMI, Portrait du colonisé (1957), coll. Folio actuel

Claude LEVI-STRAUSS, Race et Histoire (1961), coll. Folio (lire impérativement les chap. 1-3)

ETIEMBLE, Essais de littérature (vraiment) générale (1974)

E.W. SAID, Introduction à L’Orientalisme (Orientalism, 1978), Trad. C. Malamoud, Seuil, 1980, coll. Points Essais

Patrick Chamoiseau, Ecrire en pays dominé (1997)

Pascale CASANOVA, La république mondiale des lettres (1999)

Nurith AVIV, D’une langue à l’autre (film documentaire, 52’, 2003)

*Chimamanda N. ADICHIE, « The danger of a single story » (conférence de 19’, TED.com, 2009)

 

Les étudiants doivent se procurer les titres surlignés en jaune et précédés d’un astérisque, et les lire / voir. Les autres textes / extraits seront distribués sous forme de fascicule lors des premiers cours.

 

  •  Groupe 2 : lundi 15h30-17h30 (Apostolos Lampropoulos)

 

Raconter, certes – mais d’où ?

Quelles littératures étudie-t-on lorsqu’on étudie la littérature ? Quelles cultures étudie-t-on lorsqu’on étudie les cultures ? Et à quels aspects de la littérature et de la culture donne-t-on la priorité lorsqu’on parle de leur valeur ? Ces trois questions – qui peuvent sembler, au premier abord, plutôt paradoxales et redondantes – forment aussi les axes principaux de la réflexion proposée par ce cours. Elles pourraient d’ailleurs se traduire en deux autres, aussi importantes que les premières : comment l’étude de la littérature et celle de la culture s’organisent-elles et se théorisent-elles ? Quels textes littéraires et quels phénomènes culturels incluent-elles, lesquels excluent-elles, et selon quelles prémisses et quels critères, explicites ou implicites ? Par exemple, l’étude de la littérature a pendant longtemps été organisée autour des textes faisant partie du canon littéraire, en laissant moins de place aux textes qui ne sont pas susceptibles d’être reconnus comme de « grands textes » ; ou autour des textes supposément représentatifs d’une littérature nationale, sans définir précisément les textes non-représentatifs ; ou, encore, autour des textes écrits en langues nationales, européennes ou majeures, souvent aux dépens des textes en langues hybrides, non-occidentales ou mineures. Pareillement, l’étude de la culture a pendant longtemps donné la priorité aux cultures dominantes en sous-estimant les cultures minoritaires ; ou aux expressions de ladite haute culture et aux arts qui en faisaient partie, plutôt qu’aux cultures populaires, aux contre-cultures, à l’expérience du terrain et aux pratiques du quotidien. Ce cours conjugue l’étude de trois textes, ceux d’une auteure nigériane (Adichie), d’un écrivain français (Louis) et d’un théoricien palestinien (Said), qui abordent, chacun.e de manière différente, la nécessité politique, la pertinence et les limites de leurs récits. Le cours vise aussi à expliciter les questions susmentionnées, ainsi qu’à présenter la façon dont ces priorités ont été remises en question ces dernières décennies grâce à l’émergence des approches comme celle des études postcoloniales qu’a introduit Said avec sa réflexion sur l’orientalisme, l’apport de Deleuze et Guattari (notamment la notion de littérature mineure), ainsi que les études sur le genre et la notion-phare d’intersectionnalité.

 

Œuvres au programme

  • *Adichie, Chimamanda Ngozi : Nous sommes tous des féministes, suivi de Le danger de l’histoire unique, traduit par S. Schneiter et M. de Pracontal, Paris, Gallimard, 2020.
  • *Louis, Édouard : En finir avec Eddy Bellegueule, Paris, Seuil, 2014.
  • Said, Edward W. : « Dans l’entre-mondes », in Réflexions sur l’exil et autres essais, traduit par Ch. Woillez, Paris, Actes Sud, 2008, p. 687-703.

 

Bibliographie théorique

  • Crenshaw, Kimberlé Williams : « Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l'identité et violences contre les femmes de couleur » [1994], traduit par O. Bonis, Cahiers du Genre 39:2 (2005) 51-82.
  • Deleuze, Gilles– Guattari, Félix : Pour une littérature mineure, Paris, Minuit, 1975.
  • Latour, Bruno : Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, Paris, La Découverte, 2017.
  • Said, Edward W. : L'Orientalisme. L’Orient créé par l’occident [1978], Paris, Points (Essais), 2015.

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