Philosophie (s) de la démocratie - Université Bordeaux Montaigne

Philosophie (s) de la démocratie

Intervenants : Christophe Pébarthe, Guillaume Dubouilh et Jean-Baptiste Defrance
Horaires : 13h30-15h30     Lieu : MLR033

  • lundi 4 novembre 2019
    Représenter… quoi et qui ? (Bernanrd Manin, Principes du gouvernement représentatif, Paris 2012).
    Séance animée par Christophe Pébarthe

  • lundi 18 novembre 2019
    La démocratie athénienne comme création (Cornelius Castoriadis, Ce qui fait la Grèce, 2. La cité et ses lois. Séminaires 1983-1984. La création humaine 3, Paris, 2008.)
    Séance animée par Christophe Pébarthe

  • lundi 25 novembre 2019
    Platon contre la démocratie ? (Dimitri El Murr, Savoir et gouverner. Essai sur la science politique platonicienne, Paris 2014). Séance animée par Christophe Pébarthe

  • lundi 2 décembre 2019
    Les sophistes, premiers philosophes démocrates ? (Emmanuel Terray, La politique dans la caverne, Paris 1990).
    Séance animée par Christophe Pébarthe et Jean-Baptiste Defrance

  • lundi 9 décembre 2019 - modification horaire ! 15h30-17h30
    Philosophie néolibérale et démocratie (Barbara Stiegler, "Il faut s'adapter". Sur un nouvel impératif politique, Paris 2019). Séance animée par Christophe Pébarthe et Barbara Stiegler (sous réserve)

  • lundi 16 décembre 2019
    Critique, vérité et démocratie. (Michel Foucault, Discours et vérité, Paris 2017)
    Séance animée par Guillaume Dubouilh et Christophe Pébarthe

Dans un discours prononcé à Athènes pour célébrer les hommes morts au cours de la guerre commencée en 431 a.C., au moment de décrire le nous sous lequel il est possible de subsumer tous les citoyens athéniens, le stratège et influent Périclès affirme : "Nous aimons sans extravagance la beauté et nous philosophons sans mollesse". Comme Cornelius Castoriadis l'a rappelé à la suite d'Hannah Arendt, le grec ancien interdit de lire dans cette phrase une séparation entre le sujet et l'objet. Il n'y a pas d'un côté le beau et la sagesse et de l'autre des Athéniens qui les aiment ou les recherchent. Périclès définit donc ses concitoyens comme des philosophes. L'Athènes démocratique du Vème siècle, marquant l'émergence de la démocratie comme catégorie, serait donc à associer avec une philosophie. L'affirmation de Périclès a néanmoins de quoi surprendre. La philosophie n'est-elle pas née d'une critique sinon de la démocratie, du moins de son fonctionnement ? N'est-ce pas la justice démocratique athénienne qui a condamné à mort celui qui, avec Platon, est souvent présenté comme le premier philosophe, Socrate ? Cet événement fondateur ne traduit-il pas au contraire un conflit entre la philosophie et la démocratie qui se poursuivrait aujourd'hui encore ?

Dans sa traduction contemporaine, ce questionnement de nature philosophique emprunte régulièrement une double direction, la représentation et la vérité (cf. par exemple Myriam Revault d'Allones, Le miroir et la scène. Ce que peut la représentation politique, Paris 2016 et La faiblesse du vrai. Ce que la post-vérité à notre monde commun, Paris 2018). La démocratie est fréquemment confondue avec la démocratie représentative, comme si celle-ci traduisait la version ultime, remaniée et enfin aboutie, du principe inventé par les Grecs de l'Antiquité : au peuple, l'élection de représentants ; aux représentants, la responsabilité de dire la vérité sur l'état du monde. Cette division du travail politique implique que seule une minorité est à même de savoir. Cette philosophie du système représentatif, dont il faudra interroger le caractère démocratique, a été parfaitement résumée par l'un des Pères fondateurs des États Unis d'Amérique, James Madison, qui défendait le recours à "un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays et dont le patriotisme et l'amour de la justice seront les moins susceptibles de sacrifier cet intérêt à des considérations éphémères et partiales". Dès lors, ajoutait-il, "il peut fort bien se produire que la volonté publique formulée par les représentants du peuple s'accorde mieux avec le bien public que si elle était formulée par le peuple lui-même, rassemblé à cet effet". La représentation protégerait donc le collectif politique des excès de citoyens incapables dans leur masse d'accéder à la vérité, en l'occurrence à la définition de l'intérêt général.

Ce rappel témoigne à quel point il est erroné de réduire la réflexion sur la démocratie aux seules institutions démocratiques. Si débat philosophique il y a, s'il y a quelque chose comme une philosophie de la démocratie, c'est que celle-ci est un régime et non un ensemble de procédures, une forme de totalité sociale dans laquelle sont inscrites les conditions de possibilité de dire le vrai. Dès lors, comment critiquer philosophiquement la démocratie sans la condamner ? Ou pour le dire autrement, quelle philosophie est-elle compatible avec une démocratie véritable ?

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