L’avenir de l’histoire du temps présent - Université Bordeaux Montaigne

Atelier de lecture

L’avenir de l’histoire du temps présent 

 

Intervenants : Aranzazu Sarria Buil et Tristan Coignard

Horaires : 10h00-12h30      Lieu : MLR033

  •  lundi 5 novembre 2018                Texte 1        Texte 2

L’histoire du temps présent est de nos jours un domaine reconnu de la recherche historique française. Plusieurs revues sont spécialisées sur cette période historique qui est omniprésente dans les programmes scolaires. Par ailleurs, elle a acquis une reconnaissance publique dans la mesure où les historiens du temps présent ont été sollicités pour apporter leur contribution au travail de mémoire ou leur expertise pour des décisions de justice relatives à l’histoire du XXe siècle. Objet de débats sur sa légitimité pendant des décennies, cette approche de l’étude du passé le plus récent s’est peu à peu imposée comme un champ scientifique singulier, ouvert à l’interdisciplinarité, au dialogue avec les sciences sociales et à la comparaison entre aires culturelles.

Or, cette reconnaissance scientifique, sociale et institutionnelle ne signifie pas que l’histoire du temps présent ne fait plus l’objet de débats. Une nouvelle génération d’historiens nous invite à un retour critique sur le bilan de cette discipline, notamment dans sa spécificité franco-allemande. Afin de renouveler la pertinence de l’étude de l’histoire du temps présent et de son potentiel critique, ces historiens proposent de repenser certaines de ses orientations. Ce sont les analyses critiques de ces chercheurs qui constituent le point de départ de notre atelier de lecture prévu sur deux séances de travail d’une durée de 2h30.

Etant donné que l’avenir de l’histoire du temps présent ne se limite pas aux historiographies françaises et allemandes, nous estimons qu’il serait intéressant d’élargir notre champ de vision et de développer une approche comparatiste. Il nous semble important de s’attacher à cerner comment l’histoire du temps présent est envisagée dans le sud de l’Europe, notamment dans le contexte espagnol et italien, et à se demander si son avenir y soulève également des interrogations.

Notre proposition vient s’inscrire dans la continuité de l’atelier de lecture Ecrire l’histoire du temps présent, que nous avions animé pendant le deuxième semestre de l’année universitaire 2016-2017. Suite à cette première expérience et dans le but d’approfondir sur l’avenir de ce domaine historiographique, nous considérons qu’il est pertinent d’aller à la rencontre des collègues appartenant à la nouvelle génération qui se sont penchés sur les questions d’ordre épistémologique soulevées par l’écriture du temps présent. Des problématiques comme le statut du témoin, l’exploitation des sources ou la question mémorielle sont consubstantielles à l’émergence de l’histoire du temps présent et avaient fait l’objet de nos différentes séances de travail en 2017. Nous estimons qu’elles méritent d’être abordées non seulement dans une perspective historique mais aussi à partir de l’expérience de ses praticiens et à l’aune d’un espace européen dont la construction ne cesse de nous interpeller et de nous poser des questions.

Les deux séances de l’atelier de lecture sont placées en octobre et début novembre car elles vont préparer une journée d’étude (« L’avenir de l’histoire du temps présent », avec le soutien d’AMERIBER, de CLARE et de l’Institut universitaire de France) qui aura lieu à l’Université Bordeaux Montaigne le 20 novembre. Lors de cette journée interviendront notamment Roberto Ceamanos(Univ. de Saragosse),  Emmanuel Droit (IEP Strasbourg), Pieter Lagrou (Université libre de Bruxelles) et Marie-Anne Matard-Bonucci (Paris 8 ; Institut de l’histoire du temps présent).

L’atelier et la journée d’étude font donc partie d’une même démarche qui souhaite tenir compte de l’évolution de l’histoire du temps présent pendant ces dernières décennies ainsi que de ses spécificités nationales dans un cadre européen. Il s’agit d’une rencontre avec des spécialistes de plusieurs aires culturelles : la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Cette journée sera l’occasion de saisir les enjeux actuels de l’histoire du temps présent et de confronter les apports théoriques aux différentes pratiques disciplinaires. Elle est aussi une invitation à échanger sur les modalités d’écriture d’un champ historiographique en devenir et à réfléchir sur les circulations possibles (ou impossibles) dans un contexte d’européisation des questions mémorielles.

Propositions de lecture pour les deux séances de l’atelier :

Emmanuel Droit, Franz Reichherzer« La fin de l'histoire du temps présent telle que nous l'avons connue. Plaidoyer franco-allemand pour l'abandon d'une singularité historiographique »,
Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2013/2 (N° 118), p. 121-145.

Valeria Galimi, « L’histoire du temps présent en Italie », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne],n 9 | 2003, mis en ligne le 27 octobre 2006, consulté le 25 janvier 2017. URL : http://histoirecnrs.revues.org/563 ; DOI : 10.4000/histoire-cnrs.563

Patrick Garcia, « Essor et enjeux de l’histoire du temps présent au CNRS », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 9 | 2003, mis en ligne le 05 septembre 2007, consulté le 08 janvier 2017. URL : http://histoire-cnrs.revues.org/562 ; DOI : 10.4000/histoire-cnrs.562OI 10.3917/ving.118.0121

Pieter Lagrou, « De l'histoire du temps présent à l'histoire des autres. Comment une discipline  critique devint complaisante », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2013/2 (N° 118), p. 101-119.

DOI 10.3917/ving.118.0101

Références bibliographiques :

Sur l’histoire du temps présent :

Jean-François SOULET, L’histoire immédiate. Historiographie, sources et méthodes, Armand Colin, Paris, 2009/2e édition 2012.

Penser et pratiquer l'histoire du temps présent. Essais franco-allemands, sous la direction d’Emmanuel Droit, Hélène Miard-Delacroix, Frank Reichherzer, Presses universitaires du Septentrion, 2016

Zeitgeschichte als Problem. Nationale Traditionen und perspektiven der Forschung in Europa, sous la dir. de Alexander Nützenadel et Wolfgang Schieder, Vandenhoeck und Ruprecht, Göttingen, 2004 : Article de Rainer HUDEMANN sur l’histoire du temps présent (p.175-200).

Écrire l'histoire du temps présent : en hommage à François Bédarida, actes de la journée d'études de l'IHTP, Paris, CNRS, 14 mai 1992, CNRS éditions, Paris, 1993.

François BEDARIDA, Histoire, critique et responsabilité, éditions Complexe, Bruxelles, 2003.
« Temps présent et présence de l’histoire », p.47-60
« Méthodologie et pratique de l’histoire du temps présent », p.61-74

Denis PESCHANSKI, Michael POLLACK et Henry ROUSSO, « Le temps présent, une démarche historienne à l’épreuve des sciences sociales », in : id. (dir.), Histoire politique et sciences sociales, Bruxelles ou IHTP, 1991, p.14-36.

Sur le temps et les régimes d’historicité

Christian DELACROIX François DOSSE et Patrick GARCIA et (dir.), « Sur la notion de régime d’historicité. Entretien avec François Hartog », in Historicités, Paris, La Découverte, 2009, p.133-149.

François HARTOG, Régimes d’historicité. Présentiste et expériences du temps, Paris, Éditions du Seuil. 2013 et 2012.

Henry ROUSSO, La dernière catastrophe. L’histoire, le présent, le contemporain, Paris, Gallimard. 2012 (Chapitre 3 La contemporanéité au cœur de l’historicité, pp.144-189 ou Chapitre 4 Notre Temps, p 190-245).

Sur l’expérience historique et la mémoire

Julio AROSTEGUI, “La historia del presente ¿Una cuestión de método?” en Carlos NAVAJAS ZUBELDIA, C. (coord.), Actas del IV Simposio de historia actual, Logroño, Instituto de Estudios Riojanos. 2004, p.41-76.

Julio AROSTEGUI, La historia vivida. Sobre la historia del presente, Madrid, Alianza Editorial, 2004.

Julio AROSTEGUI (editor), « Generaciones y memoria (Historia y recuerdo de la España conflictiva) », España en la memoria de tres generaciones. De la esperanza a la reparación, Editorial Complutense y Fundación Francisco Largo Caballero, Madrid. 2007.

Magdalena GONZALEZ, « La teorización de Julio Aróstegui sobre la historia del tiempo presente como historia vivida », Hispania Nova. Revista de Historia Contemporánea, n°13 (2015), p.126-133.

Reinhart KOSELLECK, L’expérience de l’histoire, Paris, Seuil/Gallimard. 1997 (Chapitre VII. Mutation de l’expérience et changement de méthode. Esquisse historico-anthropologique, p. 363-325).

Sur l’usage politique du passé

Carlos FORCADELL ALVAREZ: “Los usos públicos de la historia actual”, en Gonzalo CAPELLAN DE MIGUEL y Julio PEREZ SERRANO (eds.), Sociedad de masas, medios de comunicación y opinión pública, Instituto de Estudios Riojanos, Logroño, 2008. p.35-55.

François HARTOG et Jacques REVEL (dirs.), Les usages politiques du passé, Paris, EHHSS, 2001.

Gonzalo PASAMAR: “Los historiadores y el «uso público de la historia»: viejo problema y desafío reciente”, en Ayer, 49 (2003), p.221-248.

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