Un pas de côté : littérature, folklore et citoyenneté en langue occitane, en région bordelaise et au-delà - Université Bordeaux Montaigne

Atelier de lecture

Un pas de côté : littérature, folklore et citoyenneté en langue occitane, en région bordelaise et au-delà

Organisé par David Escarpit

9h30-11h30 /  MLR033

  • lundi 2 octobre 2017 - Annulé
  • lundi 16 octobre 2017
  • lundi 6 novembre 2017
  • lundi 20 novembre 2017
  • lundi 4 décembre 2017
  • lundi 11 décembre 2017

 

 L’occitan est une langue romane, euroméditerrannéenne, parlée historiquement sur trois états d’Europe (France, Espagne et Italie). Ce n’est donc pas une langue « régionale » (terme qui ne signifie rien, linguistiquement ou sociolinguistiquement) mais un SLL (StateLess Language), une langue sans état propre. Cela ne l’empêche aps d’être une langue-pont de l’Europe du Sud et de la Méditerranée occidentale, d’avoir produit une des plus anciennes forme d’art poétique en Occident (le trobar, la poésie médiévale occitane) dont l’influence a été et reste déterminante depuis près d’un millénaire sur l’art poétique européen. Le pays bordelais s’est construit dans cette langue, dont l’arrêt de la pratique remonte aux années 40-50 pour le centre-ville, aux années 80 pour la périphérie, tandis que les zones rurales du Bazadais, de l’Entre-deux-Mers et du Médoc continuent de connaître un nombre faible mais mais significatifs de locuteurs. Le Bordelais a produit, à l’instar d’autres grands centres de l’écrit occitan tels que Toulouse, Montpellier ou Marseille, un grand évantail de formes d’écriture en langue occitane, allant de la presse (le premier journal connu à avoir été entièrement rédigé en occitan est un journal bordelais, en 1877), à la poésie, en passant par le pamphlet, la chanson, le théâtre, le roman-feuilleton (le premier roman-feuilleton en occitan est paru dans la Gironde du Dimanche en 1871)et même la nouvelle, puisque c’est en 1878 à Bordeaux que l’éditeur Crugy sort de ses presses le premier recueil composé de deux nouvelles occitanes accouplées, Los Secrets dau diable, dont l’action se passe à Bègles et à Caudéran. Au XXIe siècle, travailler sur la présence de cette langue « autre », langue-pont, langue légitimisée seulement par sa propre existence et ce qu’elle a produit, revient à entamer une démarche menant à un regard différent, forcément décalé, sur l’espace de vie (Bordeaux, sa région, mais aussi l’espace d’Oc en général), sur la cohésion sociale, sur la citoyenneté. Il oblige à relire l’histoire de cette cité-état restée jalouse de son autonomie jusqu’à très tard dans son histoire. Il oblige à questionner notre rapport à la notion d’identité/altérité dans le monde actuel, au sens large. Sondant le concept d’étrangement cher à Carlo Ginzburg, le fait occitan puise sa véritable raison d’être dans le questionnement d’un quotidien que nous pensions immuable, la relativisation, le débat et le plébiscite permanent du monde dont nous faisons partie. Redécouvrir un espace culturel, géographique, tel l’espace occitan qui unit dans une même culture plurielle le Médoc au Piémont, la Basse Auvergne au comté de Nice, conduit à deciller nos yeux sur un espace familier, que nous voyons soudain paré d’une profondeur, d’une complexité, d’une ambiguïté que nous ne lui connaissions pas. Autant l’étude de l’art poétique occitan médiéval - toujours vivant dans bien des pratiques, à travers l’Europe entière - que la lecture des auteurs, chercheurs et artistes qui, chemin faisant, ont entrepris de construire à ce pays une identité collective, pluraliste et réflexive, permettent de se donner le luxe de l’inconfort, du refus du déterminisme donné pour immuable, et de la redécouverte de ce que l’on croyait déjà connaître. Revoir sa ville, le cadre ordinaire de sa vie, à travers les couleurs d’une autre réalité culturelle qu’on ne soupçonnait pas, revient à un voyage immobile dans l’espace, mais infini dans ce l’ouverture au monde. C’est une expérience d’étrangement qui peut influer sur la représentation que l’on se fait du monde. Mais cette exploration passe aussi par des débats sur l’histoire (et donc sur l’épistémologie de l’histoire) et sur des notions anthropologiques telles que le folklore, mot auquel la langue française donne un sens radicalement opposé à celui qu’il a dans le monde anglo-saxon, et dont la redécouverte est fondamentale dans le cheminement vers la construction d’un éthos commun.

footer-script