Pour une anthropologie du Web - Université Bordeaux Montaigne

Atelier de lecture

Pour une anthropologie du Web

Intervenante :  Sandra Lemeilleur

17h30 - 19h30 /  MLR 033

Cet atelier propose de manière impertinente de poser les premiers éléments d’une nouvelle pratique disciplinaire que pourrait être l’Anthropologie du Web. En effet, les pratiques scripturales (Liénard & Zlitni, 2015) et picturales sur les réseaux en ligne et non pas écritures et publications de photographies doivent être interroger comme des processus dynamiques qui transforment l’humanité. À travers des éléments concrets de corpus issus de captures d’écran de ces nouvelles d’expressivité mais aussi via des lectures de textes d’anthropologues, sociologues, philosophes et chercheurs en SIC contemporains et des rencontres avec des artistes impliqués dans cette évolution de nos subjectivités comme Georgette Power – possédant une véritable collection d’avatars pour l’incarner dans la vie en ligne – cet atelier s’essayera à déployer une pensée critique sur l’évolution des liens, familiaux, sentimentaux, sociaux et aux institutions mais aussi à soi. Que deviennent nos représentations de l’amour avec l’émergence des sites de rencontres et plus particulièrement quand ils sont associés à la géolocalisation ? La coprésence en ligne associée à l’absence physique hors-ligne ne transforme-t-elle pas notre rapport au corps et au désir ? L’hyper-ception (Lardellier, Liénard, & Bellenger, 2014) – tous fantasmes et sensations corporelles qui naissent – ne configure-t-elle pas de nouveaux canons de l’amour qui dépassent ou réinvestissement autrement ceux du Romantisme  et ne reconfigure-telle pas l’image de soi? Par ailleurs, la sociabilité en ligne semble se parer de tout un attirail de dispositifs pour sans cesse signifier sa présence et donc le lien à l’autre. Cette sursignification n’est-elle pas le signe d’un besoin de reconnaissance (Honneth, 2000) qui fonctionnerait comme une sorte de persona numérique ? Par ailleurs, il sera question d’éprouver ce travail à travers une sociologie expérimentale (Lahire, 2005) i.e. d’interroger les acteurs sur leur terrain. En effet, nous serons à la fois chercheurs et acteurs car nous pratiquons tous ces usages ou du moins nous en sommes les témoins. Cela façonnera des outils méthodologiques nouveaux offrant une inventivité conceptuelle par l’accroissement de la réflexivité. Car « L’expérience de terrain est une expérience de partage du sensible » (Laplantine, 2005, p. 11). De même l’anthropologie existentiale (Piette, 2009) sera un guide, car elle se centre sur la spécificité humaine des modes de présence plutôt que sur la diversité des cultures. Au-delà d’une forme d’anthropologie structurale, il s’agira de ne pas oublier le vécu émotif et corporel des individus (Laplantine, 2005) et d’appréhender les modes de vie, d’action, de connaissance, de rencontre et de reconnaissance des subjectivités contemporaines. Ainsi cet atelier se veut le lieu d’une nébuleuse du « bricolage » entre éléments concrets de corpus, analyse méthodologique et lectures pour « essayer » de poser les premières ébauches d’une anthropologie du web.

Travaux cités

Honneth, A. (2000). La lutte pour la reconnaissance. (P. Rusch, Trad.) Paris: Cerf.

Lahire, B. (2005). L’esprit sociologique. Paris: La découverte.

Laplantine, F. (2005). Le social et le sensible, introduction à une anthropologie modale. Paris: Téraèdre.

Lardellier, P., Liénard, F., & Bellenger, C. (2014). « Des émoticônes à « l’hyper-ception »… Les modalités « technico-relationnelles » de l’expression des émotions en situation de communication interpersonnelle électronique ». Degrés, Emotion(s), Revue de synthèse sémiologique(58/159), pp. 1-22.

Liénard, F., & Zlitni, S. (2015). La communication électronique : enjeux, stratégies et opportunités. Limoges: Lambert-Lucas.

Piette, A. (2009). Anthropologie existentiale. Paris: Pétra.

footer-script