Le(s) jeu(x) et ses formes dans la littérature - Université Bordeaux Montaigne

Le(s) jeu(x) et ses formes dans la littérature

organisé par Lidia Sanchez de las Cuevas et Joy Courret                                             

               Appel à communication

Le mercredi 22 janvier 2020, de 8h45 à 17h00 - MLR001 

Affiche         Programme

Le jeu est généralement compris comme une activité ou pratique soumise dans la plupart du temps à des règles que les joueurs doivent respecter afin de pouvoir gagner. Cette pratique, normalement ludique, est destinée au divertissement ou à faire passer agréablement le temps de celui qui s’y livre. Plusieurs types de jeux se sont développés tout au long de l’histoire et parfois la littérature s’est chargée de les représenter.
Ainsi, les jeux peuvent apparaître comme faisant partie des mœurs d’une société dans laquelle les personnages s’y trouvent. Nous avons ainsi connaissance des jeux anciens qui ne se pratiquent plus de nos jours et d’autres qui, au contraire, sont toujours pratiqués: le billard, les boules, le croquet, les échecs, les dés, l’oie, l’osselet… Les maisons de jeux, comme le casino, peuvent fonctionner comme des espaces dans le récit comme, par exemple dans La novela de Don Sandalio, jugador de ajedrez de Miguel de Unamuno. Les personnages eux-mêmes peuvent être des joueurs, comme le personnage principal dans Le joueur d’échecs de Stefen Zweig ou dans le roman Le joueur de Dostoïevski, dans lequel le personnage, plongé dans la pauvreté et la détresse sociale, souffre d'une addiction intense au jeu qui le fait sombrer dans un gouffre encore plus profond. Le jeu ici perd sa dimension ludique et amusante pour enchaîner le protagoniste et abuser de lui. Le jeu, osons le dire, se joue littéralement du personnage.
Le lecteur peut également devenir joueur comme dans le roman de Paolo Maurensig, La variante di Lüneburg dans lequel le lecteur doit résoudre l’énigme d’un meurtre ayant lieu dans une pièce sous forme de plateau de jeux d’échecs. Parfois le lecteur-joueur a d’autres outils que la lecture pour jouer : Juegos de Cartas, de Max Aub, est une œuvre à mi-chemin entre le jeu et le livre. Elle surprend par sa simple conception : il n'y pas de pages, pas de chapitres, seulement 108 cartes indépendantes et illustrées. Les lecteurs (Max Aub préconise dans le prologue une lecture à plusieurs, comme on jouerait aux cartes entre amis) doivent jouer le jeu et décider de créer leur récit, en tirant les cartes souhaitées. L'histoire proposée se dévoile alors à mesure que les lecteurs tirent les cartes. Les écrits sur le versant de la carte sont des lettres, le roman-jeu se construit alors comme un roman épistolaire, astuce permettant à l’auteur de jouer à son tour sur le double sens du mot «carta» en espagnol. Les nouvelles technologies ont permis également de développer l’indépendance d’un lecteur qui devient personnage et le récit presque un jeu-vidéo. Des versions de Rayuela de Julio Cortázar et ses versions numériques en sont un exemple.
La littérature elle-même est productrice des jeux. Nous pensons, entre autres, aux jeux floraux, les concours de poésie institués en France au XVe siècle. Dans un autre sens, au Moyen-Âge le jeu était une composition dramatique sérieuse ou comique.
En revenant au premier sens exposé, la littérature peut devenir un jeu elle-même, comprise comme la pratique ludique ou amusante dont les règles portent sur le langage, le sens et les sons. Des procédés linguistiques ont été créés tout au long de son existence parfois comme signe d’érudition. C’est le cas, en poésie, avec l’acrostiche ou les bouts-rimés, ou alors la contrepèterie dont Rabelais est le maître. Le XXème siècle, avec les avant-gardes notamment, nous a laissé des échantillons de jeux littéraires comme le cadavre exquis développé par les surréalistes, les greguerías de Ramón Gomez de la Serna, les compositions en français de Raymond Queneau et de l’OULIPO ou en anglais avec les cut-ups de William Burroughs.
Enfin, avec des jeux de mots, nous pouvons aussi créer des langues, comme le verlan.

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