Philosophie antique : la correspondance entre Augustin et Nebridius par Emmanuel Bermon - Université Bordeaux Montaigne

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Philosophie antique : la correspondance entre Augustin et Nebridius par Emmanuel Bermon

Emmanuel Bermon, enseignant-chercheur à l'Université Bordeaux Montaigne

Emmanuel Bermon est philosophe, spécialiste de philosophie antique. Il s’intéresse particulièrement à l’antiquité tardive (soit la fin de l’antiquité, après les périodes classique, hellénistique et romaine) et travaille principalement sur saint Augustin (354-430 après J.-C.), qui fut à la fois un Père de l’Église et un philosophe.

Qu’Augustin et Nebridius se disaient-ils donc ?

Les recherches d’Emmanuel Bermon portent actuellement sur la correspondance entre Augustin et son ami de jeunesse Nebridius. Cet ensemble d’une douzaine de lettres (Epistulae 3-14) constitue, à l’intérieur du vaste corpus de la correspondance d’Augustin (300 lettres environ), un sous-ensemble qui a une parfaite cohérence littéraire, thématique et chronologique. En effet, ces lettres s’étalent sur une période de deux ou trois ans (entre fin 386 et 388/390) et témoignent de la découverte récente par Augustin de la philosophie néoplatonicienne et de sa conversion au christianisme qui s’ensuivit.


La plus ancienne représentation d’Augustin, datant du VIe siècle, Lateran, Rome
Le néoplatonisme est le dernier grand mouvement philosophique de l’antiquité, fondé par Plotin au IIIe siècle après J.-C. Augustin le découvre en lisant des textes traduits en latin de Plotin et de Porphyre, son disciple. L’originalité d’Augustin est de postuler l’existence d’un accord fondamental entre le christianisme et la philosophie néoplatonicienne. Ainsi s’explique le fait que les thèmes philosophiques abordés dans ces lettres soient majoritairement « platoniciens » : la finitude du monde sensible et l’immortalité de l’âme (Ep. 3), la distinction entre le sensible et l’intelligible (Ep. 4), l’imagination et la réminiscence (Ep. 6-7), l’influence des « puissances supérieures » sur nos rêves (Ep. 8-9), la découverte de l’intériorité (Ep. 10), le « véhicule de l’âme » (Ep. 13), la question de savoir s’il existe des formes des individus et non pas seulement des genres (Ep. 14) …

Problèmes d’interprétation

« Ma recherche consiste notamment à essayer de comprendre, à partir de rapprochements textuels, les effets de cette lecture sur Augustin et Nebridius. Je cherche également à établir des relations entre les questions qu’ils soulèvent et certains éléments de la doctrine néoplatonicienne et à voir comment ceux-ci sont reformulés et réutilisés. »

La correspondance avec Nebridius nous est malheureusement parvenue dans un état incomplet, ce qui occasionne certains problèmes d’interprétation. « Dans la recherche que je mène, j’ai cependant la chance de pouvoir m’appuyer sur trois lettres de Nebridius qui ont été conservées. Elles permettent de mieux comprendre le sens des lettres d’Augustin et plus généralement la nature de cette correspondance. »

Epistula : nom latin pour désigner une lettre (en abrégé : Ep)

L’enseignement d’Emmanuel Bermon couvre le champ de la philosophie antique jusqu’à l’antiquité tardive qui est sa spécialité. Il apprend à ses étudiant·e·s à lire des textes philosophiques grecs et latins. Cet enseignant-chercheur est membre de l’unité de recherche SPH et a obtenu une délégation CNRS du 1er septembre 2017 au 28 février 2019 qui lui permet de se consacrer à son projet de recherche : « La correspondance entre Augustin et Nebridius : questions sur le monde, l’âme et Dieu ». Il est rattaché durant cette période au Centre Jean Pépin.

Article rédigé par Bérangère Subervie, étudiante Master 1 Médiation des sciences et stagiaire à la direction de la communication de l’Université Bordeaux Montaigne.

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