Histoire de la philosophie moderne et contemporaine - Université Bordeaux Montaigne

Histoire de la philosophie moderne et contemporaine

Crédits ECTS : 7

Volume horaire CM : 12

Volume horaire TD : 12

Code ELP : MEA1U1

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Automne

Formes d'enseignement : Non accessible à distance

Mobilité d'études : oui

Description

Le souci du sommeil.

Investigation philosophique et esthétique.

Le sommeil sans rêve met à l’épreuve la philosophie, dans son projet de connaissance rationnelle comme dans son idéal de maîtrise de soi. Dormir constitue la pierre d’achoppement des théories de l’identité subjective. En se confrontant à la menace d’inconscience qui chaque nuit guette le dormeur, la philosophie moderne témoigne d’un véritable « souci du sommeil ». S’endormir, telle est, selon Montaigne, l’approche du mourir la plus intense et la plus douce qu’il nous soit donnée d’éprouver, à condition de ne pas céder aux vaines fantaisies de la mort. « Le sommeil de la raison engendre des monstres » : l’eau-forte de Goya exprime toute l’ambiguïté du sommeil. L’imagination créatrice puise dans l’abandon léthargique, au risque de sombrer dans la déraison. Nuit noire de l’âme, la discontinuité de la conscience fait peser sa menace sur les méditations de Descartes. Le sommeil profond devient alors l’enjeu d’intenses discussions chez Malebranche, Locke et Leibniz, jusqu’à la prise en considération, par Buffon et Diderot, de la positivité du sommeil comme acte premier de la vie animale. À maints égards, l’acte de dormir constitue un défi pour la pensée.

Ce défi, les artistes le relèvent à leur manière, non seulement par la (re)présentation, mais aussi par l’expérience et le souvenir. De Greuze à Bill Viola, l’endormi(e) devient la figure esthétique par excellence, donnant à penser autant qu’à éprouver. Attirant l’attention du spectateur tout en lui retirant la sienne, la figure « absorbée » par le sommeil constitue, selon Michael Fried, un élément constitutif de l’autonomie picturale. Comme Diderot le souligne dans ses Salons : une peinture réussie, loin d’ôter la vie au dormeur qu’elle couche sur la toile, semble prendre vie à son tour. Comparant les peintures du Christ mort à celles des belles endormies, Daniel Arasse souligne la part de désir à l’œuvre dans le regard porté sur la toile. L’attention du spectateur apparaît décisive pour que la peinture « se lève » et « s’éveille ». Le sommeil n’est donc pas seulement affaire de figure, mais aussi de regard. Dès lors, c’est la nature du plaisir esthétique – « repos délicieux », « contemplation » ou « désintéressement » – que la peinture du sommeil interroge.

Objectifs

L’enjeu du séminaire sera d’explorer l’énigme du sommeil, plus que jamais défi et promesse pour la philosophie, face à l’insomnie globale que promeuvent nos sociétés actuelles.

Bibliographie

Bibliographie indicative (pour commencer) :

  • Daniel ARASSE & Jean Louis Schefer (dir.), Andres Serrano, Le Sommeil de la surface, Paris, Actes Sud, 1994.
  • Pierre CARRIQUE, Rêve, Vérité. Essai sur la philosophie du sommeil et de la veille, Gallimard, 2002.
  • Jean-Louis CHRÉTIEN, De la fatigue, Paris, Éd. de Minuit, 1996
  • Michel COVIN, Une esthétique du sommeil, Beauchesne, 1997.
  • Jonathan CRARY, 24/7, Le capitalisme à l’assaut du sommeil, trad. G. Chamayou, Paris, La Découverte, 2014.
  • Jean-Luc NANCY, Tombe de sommeil, Galilée, 2007.
  • Michael FRIED, La place du spectateur. Esthétique et origines de la peinture moderne, Gallimard, 1990.
  • Guillaume GARNIER, L’oubli des peines. Une histoire du sommeil (1700-1850), Presses Universitaires de Rennes, 2013.
  • Jacqueline RISSET, Puissances du sommeil, Seuil, 1997.

 Catalogues d’expositions :

  • Maurice FRÉCHURET, François POISAY & Jean-Luc NANCY (dir.), Dormir, rêver… et autres nuits, [Bordeaux, CAPC-Musée d’art contemporain, du 3 février au 21 mai 2006], Fage Éd., 2006.
  • Véronique SERRANO (dir.), Les belles endormies, de Bonnard à Balthus, [Le Cannet, Musée Bonnard, du 6 juillet au 2 novembre 2014], SilvanaEditoriale, 2014.
  • Jörg ZUTTER, Catherine LEPDOR & Caroline NICOD (dir.), « Le Sommeil ou quand la raison s’absente », [Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, du 23 octobre 1999 au 30 janvier 2000], Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne, n°9.

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