Emergences du discours post-colonial italien - Université Bordeaux Montaigne

Emergences du discours post-colonial italien

Crédits ECTS : 5

Volume horaire CM : 12

Volume horaire TD : 12

Code ELP : MJF1U3

Composante : UFR Langues et Civilisations

Période de l'année : Semestre 1

Formes d'enseignement : Non accessible à distance

Mobilité d'études : oui

Description

La participation de l’Italie à la conquête coloniale passe souvent pour un phénomène de courte durée et de peu d’importance, souvent méconnu voire archivé dans la mémoire collective. Il convient toutefois de rappeler que le passé colonial italien n’a pas connu la même réception dans l’historiographie que d’autres passés coloniaux de puissances étrangères européennes qui s’illustrèrent plus tôt et de façon plus massive dans la course impérialiste aux territoires africains.
L’intérêt des Italiens pour les études postcoloniales est un phénomène culturel récent, marqué par une forte volonté de combler les lacunes de la mémoire nationale qui ont perduré jusque dans les années 1980. En Italie, le désintérêt pour le sujet a duré jusqu’au tournant des années 1980 et s’explique non point tant en raison de la disparition immédiate de l’argument colonial au lendemain de la perte effective des colonies, que parce que ce même argument a fait l’objet d’une sorte d’amnésie collective qu’historiens et chercheurs se sont employés récemment à dénoncer et expliquer dans un souci de réparation collective. Certaines raisons ayant conduit à cette amnésie collective sur le passé colonial italien doivent être cherchées dans les modalités selon lesquelles s’est achevée l’époque coloniale (les Italiens ont été évincés par les Anglais, le passage d’un occupant à l’autre restait dans le domaine des « Blancs »), mais aussi dans le fait que contrairement à la France, dans le cas de l’Italie, la décolonisation n’est pas née d’un processus de lutte entre la métropole et les mouvements autochtones anticoloniaux, ni d’une prise de conscience nationale par rapport au droit à l’indépendance nationale des colonies. D’autres explications s’ajoutent aux deux précédentes : une équation trop simpliste ayant perduré dans le temps entre colonialisme et fascisme a contribué à diluer les responsabilités des Italiens dans les fautes commises pendant la période coloniale et à les adosser en quasi-totalité à la seule personne de Mussolini; un lien trop fragile maintenu avec les anciennes colonies, (peu d’Italiens sont restés en Afrique et peu de mouvements migratoires ont conflué vers l’Italie à l’exception des mouvements tardifs des années ’80 ); enfin la diffusion d’une image mythique du colonialisme liée à la représentation des Italiens comme «brava gente», (c’est-à-dire comme colons, oui, mais porteurs d’un colonialisme prétendument moins raciste et moins cruel que celui affiché par d’autres pays) a contribué à construire et nourrir un imaginaire bien éloigné de la réalité, édulcoré, qui a été relayé et entretenu aussi bien dans la littérature que le cinéma.
Après un synopsis sur la période coloniale italienne, le séminaire s’attachera tout particulièrement à comprendre comment l’image de « l’Italien bon colonisateur » a pu perdurer, avant de s’intéresser aux formes littéraires qui ont bousculé et renversé une vision euro-centrique de la période coloniale italienne. Dans cette perspective, on étudiera le roman de Flaiano Temps de tuer, qui très tôt, sans pourtant afficher sa filiation avec l’oeuvre canonique de Conrad, a pu constituer un exemple intéressant de rupture avec l’un des Grands Récits de la Modernité et offrir une perspective critique au colonialisme. Enfin, nous étudierons d’autres romans italiens qui, par leur dimension critique, constituent les pierres angulaires d’une vision postcoloniale italienne.

Bibliographie

Littérature :
CONRAD Joseph, Au coeur des ténèbres, traduction de J. Mayoux, Paris, Flammarion, 1980.
FLAIANO Ennio, Tempo di uccidere, Milano, Longanesi, [1947], Un temps pour tuer, Paris, Le Promeneur, 2009, traduction française de G. Charbonnier, A. Frédérique). Une première traduction française est parue en 1951 chez Gallimard sous le titre Le chemin de traverse, traduit par G. Charbonnier, A. Frédérique et J. Rémy.
LONGO Davide, Un matin à Irgalem, La Fosse aux ours, 2004.
LUCARELLI Carlo, La huitième vibration, Paris, Métailié, 2010.
MARROCU Luciano, Une enquête de l’inspecteur Serra. Debrà Libanos, La fosse aux ours, 2010.
CAMILLERI Andrea, Le neveu du Négus, Paris, Fayard, 2013.
CAMILLERI Andrea, La prise de Makalé, Paris, Fayard, 2006.

Histoire :
DEL BOCA Angelo, Italiani, brava gente? Vicence, Neri Pozza, 2005.
LABANCA Nicola, Outre-mer. Histoire de l’expansion coloniale italienne, ELLUG, collection Italies plurielles, 2014.

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