Ontologie et métaphysique - Université Bordeaux Montaigne

Ontologie et métaphysique

Crédits ECTS : 5

Volume horaire CM : 24

Volume horaire TD : 24

Code ELP : LEP6U4

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 6

Description

Détruire. Vie et destin des œuvres d’art

Que se passe-t-il lorsqu’une œuvre d’art est détruite? Voici une question qui semble ressortir à la problématique de l’iconoclasme, étymologiquement défini comme destruction des images. L’histoire de cette doctrine invite cependant à la prudence ; il convient d’en saisir les ramifications plurielles, depuis l’interdit mosaïque jusqu’à l’iconoclasme protestant, en passant par l’iconoclasme byzantin… Alain Besançon en propose même une « histoire intellectuelle » élargie, qui va « de Platon à Malévitch ». Et pourtant, toute destruction, partielle ou totale, d'œuvre d’art ne relève pas à proprement parler de l’iconoclasme. Au contraire, certaines mutilations – les grafittis en tel endroit d’une fresque, par exemple – reposent sur une sorte de croyance « magique », qui prête à l’image les qualités de l’objet qu’elle manifeste. De même que la feuille d'or d'une icône pouvait être grattée et précieusement recueillie par le fidèle, comme une relique efficace, de même certaines figures d’une fresque peuvent avoir été écorchées pour conjurer leur pouvoir. L’« iconoclasme » ne doit pas être confondu, a fortiori, avec le simple « vandalisme ». Paradoxalement, l’invention du musée et du patrimoine se fonde sur l’iconoclasme révolutionnaire. En arrachant l’œuvre à sa fonction religieuse, l’iconoclasme rend possible sa transfiguration esthétique au sein d’une véritable « religion de l’art ».

Rappelons par ailleurs que la destruction n’est pas toujours l’effet d’une volonté humaine, mais bien souvent la conséquence du temps et de l’érosion naturelle, où la belle totalité se désagrège, l’artefact se naturalise et la gloire des hommes se perd. Pour autant, il ne faudrait pas réduire la « poétique des ruines », chère à Diderot, au vague sentiment de la mélancolie et de la vanité des œuvres humaines. La sensibilité aux ruines, qui s’invente au XVIIIe siècle, porte la marque d’un bouleversement du concept d’Histoire qui dépasse de loin la déploration de notre finitude. Ce qui vaut pour l’architecture concerne-t-il les autres arts ? Les œuvres d’art se distinguent pas seulement en fonction de leurs modes de production et de publication, mais aussi en fonction de leurs modes de transmission et de survivance. À ce titre, un tableau n’existe pas de la même manière qu’un roman, ni une chorégraphie de la même manière qu’une sonate. Pour comprendre ce que « détruire » veut dire dans le champ de l’art, encore faut-il interroger la notion d’œuvre d’art et les modes d’être propres à chaque médium.

Enfin, un autre type de destruction artistique échappe au concept strict d’iconoclasme, c’est la destruction d’une œuvre par l’artiste lui-même, que ce dernier en soit ou non le producteur. Le célèbre geste d’effacement pratiqué par Rauschenberg sur un dessin de De Kooning (Erased De Kooning Drawing, 1953) donne matière à réflexion : s’agit-il encore d’un geste créateur ? Quel statut accorder aux gestes de destruction internes à la pratique artistique ? Au XVIIe siècle déjà, Poussin déclarait que Caravage était venu au monde pour « détruire la peinture » ; la création s’oppose-t-elle à la tradition au point d’en faire « table rase » ? À l’heure où le patrimoine artistique se trouve plus que jamais exposé, comment comprendre la positivité de tels gestes artistiques ? Sans prétendre faire le tour de la question, nous tâcherons d’en démêler l’écheveau et d’en mesurer le poids.

 

Bibliographie

Bibliographie

Lectures préliminaires :

-         Alain BESANÇON, L’image interdite, une histoire intellectuelle de l'iconoclasme, Paris, Fayard, 1994.

-         Maurice FRÉCHURET, Effacer, Paradoxe d’un geste artistique, Paris, Les Presses du Réel, 2016.

-         Michel MAKARIUS, Ruines : représentation dans l’art de la Renaissance à nos jours, Paris, Flammarion, 2011.

-         Roger POUIVET, L’ontologie de l’œuvre d’art ; Une introduction, Paris, Chambon, 2000.

 

Pour aller plus loin…

-         Laurence BERTRAND DORLEAC, L’ordre sauvage : violence, dépense et sacré dans l’art des années 1950-1960, Paris, Gallimard, 2004

-         Pierre BAILLARD, Comment améliorer les œuvres ratées ?, Paris, Éd. de Minuit, 2000.

-         Hans BELTING, Pour une anthropologie des images, Paris, Gallimard, 2004 ;

–, Image et culte, une histoire de l'image avant l'époque de l'art, Paris, Éditions du Cerf, 1998

-         Walter BENJAMIN, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée (1936), in Écrits français, Paris, Gallimard, 1991.

-         Didier A. CHARTIER, Les créateurs d'invisible, De la destruction des œuvres d'art, Paris, Synapse, 1989

-         André CHASTEL, Le sac de Rome, 1527, Du premier maniérisme à la Contre-Réforme, Paris, Gallimard, 1984.

–, « La notion de patrimoine », in Les Lieux de mémoire (dir. Pierre Nora), tome I, 1997, pp. 1433-1469.

-         Pierre Antoine FABRE, Décréter l’image ? La XXVe Session du Concile de Trente, Paris, Les Belles Lettres, 2013.

-         Denis DIDEROT, Œuvres esthétiques (Salons), édition Paul Vernière, Paris, Dunod, 1994.

-         Emmanuel FUREIX (dir.), Iconoclasme et révolutions de 1789 à nos jours, Paris, Champ Vallon, 2015.

-         André GRABAR, L’iconoclasme byzantin, Flammarion, 2011.

-         Jean-Yves JOUANNAIS, Artistes sans œuvres, Paris, Hazan, 1997.

-         Miguel EGANA & Olivier SCHEFER (dir.), Esthétique des ruines, Poïétique de la destruction, Rennes, PUR, 2015. 

-         Dario GAMBONI, La destruction de l’art ; Iconoclasme et vandalisme depuis la Révolution française, Paris, Presses du Réel, 2015.

–, Un iconoclasme moderne ; Théorie et pratiques contemporaines du vandalisme artistique, Lausanne, Éditions d’en bas, 1983.

-         Gérard GENETTE, L’Œuvre de l’art, 2 t., Paris, Seuil, 1994-1997.

-         Nelson GOODMAN, Langages de l’art, Paris, Hachette, 2005.

 –, Manières de faire des mondes, trad. M.-D. Popelard, Paris, Gallimard, 2006.

-         Nathalie HEINICH, L’art contemporain exposé aux rejets : Études de cas, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2009.

-         Sophie LACROIX, Ce que nous disent les ruines. La fontion critique des ruines, Paris, L’Harmattan, 2007.

–, Ruine, Paris, Éd. de La Villette, 2008.

-         Bruno LATOUR, Sur le culte moderne des dieux faitiches suivi de Iconoclash, Paris, Les Empêcheurs de tourner en rond, 2009.

-         Danielle LORIES (dir.), Philosophie analytique et esthétique, Klincksieck, 1988/2004.

-         Christophe LEMAÎTRE, La vie et la mort des œuvres d’art, Paris, Presses du réel, 2016.

-         Louis MARIN, Détruire la peinture, Paris, Flammarion, 1977.

-         André MALRAUX, Le Musée imaginaire, Paris, Gallimard, 1965.

-         Eric MICHAUD, Un art de l’éternité, L’image et le temps du national-socialisme[1], Paris, Gallimard, 1996.

-         Marie-José MONDZAIN, Image, icône, économie. Les sources byzantines de l’imaginaire contemporain, Paris, Seuil, 1996.

-         Jean-Michel PALMIER, François AUBRAL, Anthony ROLLEY, Pierre VALLAUD, Jean-Noël VON DER WEID, L’art dégénéré, une exposition sous le IIIe Reich, Ed. Jacques Bertoin, 1992.

-         Édouard POMMIER, L’art et la liberté : doctrines et débats de la Révolution française, Paris, Gallimard, 1991.

–, Comment l’art devient l’art dans l’Italie de la Renaissance, Gallimard, 2007.

-         Frédéric POUILLAUDE, Le désoeuvrement chorégraphique : étude sur la notion d’œuvre en danse, Paris, Vrin, 2009.

-         Louis REAU, Histoire du vandalisme : les monuments détruits de l'art français, éd. augmentée par Michel Fleury et Guy-Michel Leproux, Paris, Laffont, 1994.

-         Rolland SCHAER, L’Invention des musées, Paris, Gallimard, 1993.

-         Bernard SÈVE, L’Instrument de musique ; Une étude philosophique, Paris, Seuil, 2013.

-         Paul VEYNE, Palmyre, l’irremplaçable trésor, Paris, Albin Michel, 2015.

-         VOLNEY, Les Ruines ou Méditation sur les révolutions des empires, in Œuvres, t. I, Paris, Fayard, 1989.

-         Harald WEINRICH, Léthé, Art et critique de l’oubli, trad. par D. Meur, Paris, Fayard, 1999.

 

Catalogues d’exposition :

-         Catherine GRENIER (dir.), Big Bang : création et destruction dans l’art du XXe siècle, Paris, Centre Pompidou, 2005.

-         Cécile DUPEUX, Peter JEZLER & Jean WIRTH, Iconoclasme, Vie et mort de l’image médiévale, Musées de Strasbourg / Somogy éd. d’Art,  2001.

-         Guillaume FAROULT & Catherine VOIRIOT, Hubert Robert, 1733-1808 ; Un peintre visionnaire, Musée du Louvre Éd., 2016.

 

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