Esthétique 2 - Université Bordeaux Montaigne

Esthétique 2

Crédits ECTS : 4

Volume horaire CM : 24

Volume horaire TD : 24

Code ELP : LEP4U5

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 4

Description

Le « génie » artistique

Subjugué par le chef-d’œuvre, le public consacre l’artiste en « génie ». « Génie » : le nom s’est aujourd’hui galvaudé. Pourtant, son ancrage historique dans la théorie de l’inspiration poétique l’enveloppe de mystère. L’artiste « génial » apparaît comme un divin possédé. De l’Antiquité à la Renaissance, l’élection du poète, puis celle de l’artiste par différence avec l’artisan, donne lieu à l’éloge paradoxal de la folie et de la mélancolie. À la fin du XVe siècle, l’humeur noire, propice au « génie » créateur, passe du diagnostic médical à l’effet de mode, ouvrant la voie aux théories physiologiques du XVIIIe siècle. L’époque des Lumières manifeste au plus haut point le problème du « génie » : idéal d’exception à l’heure de la défense de l’égalité. Au siècle suivant, les sciences s’emparent du problème et prétendent découvrir les causes du « génie » dans les traits du visage, la forme du crâne ou encore la dégénérescence… De telles « géniologies », comme les appelle Darrin McMahon, tracent le portrait clair-obscur de l’artiste en créateur ou criminel né, merveille ou monstre de la Nature. Du « génie » à l’« eugénisme », il n’y a qu’un pas, que franchit le nazisme, à la suite des théories de Galton et de Nordau. Le « génie » du peuple et de « l’artiste dictateur » se change en arme idéologique mortifère. Cette évolution catastrophique des théories du « génie » explique en partie leur déclin actuel. Pourtant, elle ne suffit pas à ruiner la quête du sens, dont est porteuse l’idée du « génie » artistique. 

         En amont, la notion renvoie à l’acte créateur, jusque dans ses aspects les plus secrets. En aval, elle a partie liée avec la réception du public, la valorisation de l’œuvre par l’histoire et la constitution d’un « marché de l’art ». À l’époque moderne et contemporaine, la notion de « génie » perd ainsi, progressivement, de son aura, en passant sous le scalpel du regard critique. Originalité, exception, transcendance : les attributs du « génie » artistique révèlent, semble-t-il, toute leur facticité. Les enjeux psychologiques, sociologiques et économiques de l’admiration, dont l’artiste fait l’objet, sont mis à nu. Faut-il pour autant renoncer à l’usage du terme de « génie » ? Faut-il lui préférer l’idée d’une infatigable volonté, ou bien celle d’une « créativité » latente en tout un chacun ? L’approche moderne, loin d’opposer « fureur divine » et « travail humain », voit dans le « génie » artistique le fruit d’une ascèse, fondée non seulement sur l’imagination et le dépassement de soi, mais plus encore sur l’union de l’art et de la vie.

Bibliographie

Lectures obligatoires

1)    En guise de manuel :

-         Darrin M. MCMAHON, Fureur divine, Une histoire du génie, Paris, Fayard, 2016.

2)    Ouvrages essentiels :

-         ARISTOTE, L’Homme de génie et la mélancolie : problème XXX, trad. J. Pigeaud, Paris, Rivages, 1988.

-         Alan BOWNESS, Les Conditions du succès, Comment l’artiste moderne devient-il célèbre?, trad. C. Wermester, Paris, Allia, 2011.

-         Emmanuel KANT, Critique de la Faculté de juger (1790), trad. A. Philonenko, Vrin, 1993 (Analytique du Sublime, §43-50).

-         Friedrich NIETZSCHE, Humain trop humain (L. IV : « De l’âme des artistes et des écrivains »), in Œuvres, éd. J. Lacoste & J. Le Rider, Paris, Robert Laffont, 1993.

-         PLATON, Ion, trad. M. Canto-Sperber, Flammarion, 1989 ; Phèdre, trad. L. Brisson, Flammarion, 1989.

3)    Anthologie distribuée au début de semestre

 

 

 

 

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