Littérature comparée 6 - Université Bordeaux Montaigne

Littérature comparée 6

Crédits ECTS : 4

Volume horaire TD : 36

Code ELP : LDR6Y4

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 6

Formes d'enseignement : Accessible à distance

Mobilité d'études : oui

Description

Littérature comparée 6 – Politiques de la littérature

Intervenants : Jean-Paul Engélibert, Isabelle Poulin

Présentation de l’UE :  

De la lecture d'un texte singulier à sa mise en contexte dans le concert des littératures du monde, il s'agira d'étudier les oeuvres à plusieurs échelles, du regard le plus proche - l'attention scrupuleuse à la lettre - au plus éloigné - leurs échos dans le temps long et la diversité des langues et des cultures. Dans ces changements d'échelle, ou variations de focale, pourra se révéler la portée politique spécifique de la littérature.

 

Récapitulatif des groupes

 

Groupe 1

Isabelle Poulin - Récit et défamiliarisation : libres inventions du « commun »

Groupe 2

Jean-Paul Engelibert - J. M. Coetzee : une œuvre contre l’apartheid ?

FAD

Jean-Paul Engelibert - J. M. Coetzee :  : une œuvre contre l’apartheid ?

 

Programmes 2018-2019

Important : les étudiants doivent se procurer les textes au programme dans les éditions indiquées à l’exclusion d’aucune autre. Pour l’examen, ils doivent impérativement se munir des œuvres et, le cas échéant, des fascicules de textes fournis par l’enseignant. On rappelle que, pour les commentaires, les textes ne sont pas généralement pas reproduits ; les étudiants qui n’auraient pas apporté les œuvres seront dans l’impossibilité de composer. L’utilisation d’une œuvre dans une autre édition que l’édition autorisée est assimilée à une fraude.

 

Groupe 1 - LDR6M41. Récit et défamiliarisation : libres inventions du « commun »
(Isabelle Poulin)

Ce cours sera consacré à la façon dont le genre narratif s’empare de la question politique du vivre ensemble, en proposant une pensée du « commun » aux antipodes de ce que l’on nomme « communautarisme ».

À partir de l’étude précise de deux œuvres délibérément placées sous le signe d’une représentation convenue du « commun » : la famille, on s’intéressera tout particulièrement à l’un des procédés majeurs de l’art du récit : la défamiliarisation.

Le terme est l’une des traductions françaises (on trouve aussi estrangement ou étrangéisation) du russe ostranenie dont se sert le critique Viktor Chklovski pour décrire en particulier l’art romanesque de Léon Tolstoï, sa façon de s’emparer des notions ou objets les plus familiers pour en souligner l’étrangeté radicale.

La « famille » est l’une de ces notions, à la fois institution et représentation, que la fiction littéraire observe de près, depuis longtemps, anticipant bien souvent les mutations sociales. C’est le cas du roman qu’écrit Tolstoï à la fin du xixe siècle, Anna Karénine, dont le célèbre incipit (« Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon ») est repris plus d’un siècle plus tard par l’écrivain mexicain Carlos Fuentes, qui en fait cette fois le titre (Todas las familias felices) de récits pris en charge par un père, une mère, un fils, etc.

Plusieurs niveaux de réflexion, mêlant poétique et politique, seront proposés :

- sur le plan de l’histoire littéraire, on s’interrogera sur ces filiations sans frontières qui s’inventent d’un écrivain à l’autre et construisent ce que Fuentes appelle « géographie du roman » (un espace « commun » international) ;

- sur le plan de l’écriture, on sera confronté à la réalité plurilingue de cet espace singulier qu’est le roman et aux enjeux politiques du texte traduit (la « famille » étant appréhendée en l’occurrence par des langues et cultures singulières : la Russie de la fin du xixe siècle, le Mexique du début du xxie) ;

- sur le plan de la narration, on s’intéressera aux processus de perception de la réalité (familiale), à la façon dont la fiction donne voix au « commun » ;

- le plan des histoires racontées, enfin, servira de creuset à l’étude de l’anecdote privilégiée du roman : l’amour, dont Anna Karénine est l’une des plus célèbres protagonistes, source de liaisons et de déliaisons familiales. Nous verrons que, comme le suggère Thomas Pavel dans La Pensée du roman, « tandis que l’épopée et la tragédie tiennent pour acquis le lien entre l’homme et ses proches, en parlant d’amour le roman réfléchit à l’établissement de ce lien sous sa forme interpersonnelle la plus intime ».

 

 

Œuvres au programme

NB- Il est impératif de se procurer la traduction d’Anna Karénine (donc l’édition) indiquée ci-après ; elle n’a pas été choisie au hasard et fera l’objet d’une attention particulière.

 

Tolstoï, Léon, Anna Karénine (Anna Karenina, 1875-1877), traduit du russe par Sylvie Luneau, Flammarion, collection « GF », volumes I et II

Fuentes, Carlos, Le bonheur des familles (Todas las familias felices, 2006), traduit de l’espagnol (Mexique) par Céline Zins et Aline Schulman, Gallimard, collection « Folio ».

 

 

Premières indications bibliographiques

Sur le récit

Chklovski, Viktor, « L’art comme procédé » (1919), Théorie de la littérature.  Textes des formalistes russes, réunis et traduits par Tzvetan Todorov (1965), Seuil, collection « Points essais ».

Fuentes, Carlos, Géographie du roman [Geografía de la novela (1993)], trad. Céline Zins, Paris, Arcades/ Gallimard, 1997.

Kundera, Milan, L’Art du roman (1986), Gallimard, collection « Folio/essais ».

Lavocat, Françoise, Salado, Régis et Viot-Murcia, Calude, La Fabrique du personnage, Paris, Honoré Champion, 2007.

Pavel, Thomas, La Pensée du roman (2003), Gallimard, collection « Folio/essais ».

Perrot-Corpet, Danièle et Gauvin, Lise, (dir.), La Nation nommée Roman face aux histoires nationales (2011), Paris, Classiques Garnier.

 

Sur l’œuvre de Tolstoï

Cahiers Léon Tolstoï, Paris, Institut d’Études slaves [bibliothèque LE/LEA, Russe salle B]

n°1 : Anna Karénine, Michel Aucouturier, éd., 1984.

n°19 : Tosltoï écrivain et la critique, Catherine Depretto, éd., 2008.

n°23 : Pouvoir et société chez Tolstoï, Michel Aucouturier éd., 2013

[deux articles en particulier : « Pouvoir et société dans l’œuvre de Tolstoï avant la crise », par Michel Aucouturier, et « Le pouvoir du bonheur chez Tolstoï dans Guerre et paix et Anna Karénine, par Boris Czerny] 

Sur l’œuvre de Fuentes

Fell, Claude et Volpi, Jorge (dir.), Carlos Fuentes, Cahiers de L'Herne, janvier 2009.

Fuentes, Carlos, Territoires du temps. Une anthologie d’entretiens, trad. Céline Zins,  Gallimard, collection « Arcades », 2005.

Olivier, Florence, Carlos Fuentes ou L'imagination de l'autre, Londres, Aden, 2014.

 

Le Mercredi 20 octobre 2011, Carlos Fuentes a reçu les insignes de Docteur Honoris Causa à l’Université Bordeaux Montaigne ; la cérémonie peut être regardée à l’adresse suivante : http://webtv.u-bordeaux3.fr/campus/honoris-causa-de-carlos-fuentes

 

Groupe 2 - LDR6M43. Narration, histoire, mémoire (Jean-Paul Engélibert)

 

Antonio Lobo Antunes, Le Cul de Judas (1977), traduit du portugais par Pierre Léglise-Costa, Paris, Métailié, 1997.

Claude Simon, L’Acacia (1987), Paris, Minuit, coll. « double », 2003.

 

Antonio Lobo Antunes, dans Le Cul de Judas, et Claude Simon, dans L’Acacia, racontent des événements historiques majeurs au travers d’une expérience individuelle dont un narrateur se souvient. La guerre coloniale en Angola pour le premier, les deux guerres mondiales pour le second, sont ici les objets d’un savoir, mais d’un savoir bien spécifique, qui est celui du roman. On ne peut les connaître que grâce à la mémoire et dans la forme qu’elle trouve pour rendre le souvenir communicable. On étudiera un art du roman qui pose que le sens d’une histoire ne se trouve pas dans ce qui est raconté, mais « à l’extérieur, enveloppant seulement le récit qui [l’amène] au jour comme un éclat voilé fait ressortir une brume, à la semblance de l’un de ces halos vaporeux que rend parfois visibles l’illumination spectrale du clair de lune », selon la formule, qui nous servira de guide herméneutique, de Joseph Conrad (Au cœur des ténèbres, folio bilingue, p. 31-33).

 

Contrôle des connaissances

 1ère session :

Régime général : Contrôle terminal

Dispensés : Contrôle terminal – Ecrit 4h

2e session : régime général et dispensés : Contrôle terminal – Ecrit 4h

Nature de l’épreuve : commentaire, essai ou dissertation au choix de l’enseignant

Informations complémentaires

FAD : Le programme proposé à l’enseignement à distance est celui de Jean-Paul Engélibert

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