Littérature comparée 6 - Université Bordeaux Montaigne

Littérature comparée 6

Volume horaire TD : 36

Code ELP : LDR6Y4

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 6

Description

Évaluation :


1ère session :
Régime général : Contrôle continu
Dispensés : Contrôle terminal – Ecrit 4h
2e session : régime général et dispensés : Contrôle terminal – Ecrit 4h
Nature de l’épreuve : commentaire, essai ou dissertation au choix de l’enseignant
Informations complémentaires
FAD : Le programme proposé à l’enseignement à distance est celui de Jean-Paul Engélibert


Description


Responsable de l’UE : Vérane Partensky


Intervenants : Jean-Paul Engélibert, Isabelle Poulin


Présentation de l’UE :


De la lecture d'un texte singulier à sa mise en contexte dans le concert des littératures du monde, il s'agira d'étudier les oeuvres à plusieurs échelles, du regard le plus proche - l'attention scrupuleuse à la lettre - au plus éloigné - leurs échos dans le temps long et la diversité des langues et des cultures. Dans ces changements d'échelle, ou variations de focale,
pourra se révéler la portée politique spécifique de la littérature.


Récapitulatif des groupes


Groupe 1 Isabelle Poulin - Récit et défamiliarisation : libres inventions du
« commun »
Groupe 2 Jean-Paul Engelibert - J. M. Coetzee : une oeuvre contre l’apartheid ?
FAD Jean-Paul Engelibert - J. M. Coetzee : : une oeuvre contre
l’apartheid ?



Important : les étudiants doivent se procurer les textes au programme dans les éditions indiquées à l’exclusion d’aucune autre. Pour l’examen, ils doivent impérativement se munir des oeuvres et, le cas échéant, des fascicules de textes fournis par l’enseignant. On rappelle que, pour les commentaires, les textes ne sont pas généralement pas reproduits ; les étudiants qui n’auraient pas apporté les oeuvres seront dans l’impossibilité de composer. L’utilisation d’une oeuvre dans une autre édition que l’édition autorisée est assimilée à une fraude.


Groupe 1 - Récit et défamiliarisation : libres inventions du « commun »
(Isabelle Poulin)


Ce cours sera consacré à la façon dont le genre narratif s’empare de la question politique du
vivre ensemble, en proposant une pensée du « commun » aux antipodes de ce que l’on nomme « communautarisme ».
À partir de l’étude précise de deux oeuvres délibérément placées sous le signe d’une représentation convenue du « commun » : la famille, on s’intéressera tout particulièrement à l’un des procédés majeurs de l’art du récit : la défamiliarisation. Le terme est l’une des traductions françaises (on trouve aussi estrangement ou étrangéisation) du russe ostranenie dont se sert le critique Viktor Chklovski pour décrire en particulier l’art romanesque de Léon Tolstoï, sa façon de s’emparer des notions ou objets les plus familiers pour en souligner l’étrangeté radicale.
La « famille » est l’une de ces notions, à la fois institution et représentation, que la fiction littéraire observe de près, depuis longtemps, anticipant bien souvent les mutations sociales.
C’est le cas du roman qu’écrit Tolstoï à la fin du XIXe siècle, Anna Karénine, dont le célèbre incipit (« Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon ») est repris plus d’un siècle plus tard par l’écrivain mexicain Carlos Fuentes, qui en fait cette fois le titre (Todas las familias felices) de récits pris en charge par un père, une mère, un fils, etc.
Plusieurs niveaux de réflexion, mêlant poétique et politique, seront proposés : sur le plan de l’histoire littéraire, on s’interrogera sur ces filiations sans frontières qui s’inventent d’un écrivain à l’autre et construisent ce que Fuentes appelle « géographie du roman » (un espace « commun » international) ; sur le plan de l’écriture, on sera confronté à la réalité plurilingue de cet espace singulier qu’est le roman et aux enjeux politiques du texte traduit (la « famille » étant appréhendée en l’occurrence par des langues et cultures singulières : la Russie de la fin du XIXe siècle, le Mexique du début du XXIe) ; sur le plan de la narration, on s’intéressera aux processus de perception de la réalité (familiale), à la façon dont la fiction donne voix au « commun » ; le plan des histoires racontées, enfin, servira de creuset à l’étude de l’anecdote privilégiée du roman : l’amour, dont Anna Karénine est l’une des plus célèbres protagonistes, source de
liaisons et de déliaisons familiales. Nous verrons que, comme le suggère Thomas Pavel dans La Pensée du roman, « tandis que l’épopée et la tragédie tiennent pour acquis le lien entre l’homme et ses proches, en parlant d’amour le roman réfléchit à l’établissement de ce lien sous sa forme interpersonnelle la plus intime ».


Oeuvres au programme


NB- Il est impératif de se procurer la traduction d’Anna Karénine (donc l’édition) indiquée ci-après ; elle n’a pas été choisie au hasard et fera l’objet d’une attention particulière.
TOLSTOÏ, Léon, Anna Karénine (Anna Karenina, 1875-1877), traduit du russe par Sylvie Luneau, Flammarion, collection « GF », volumes I et II
FUENTES, Carlos, Le bonheur des familles (Todas las familias felices, 2006), traduit de l’espagnol (Mexique) par Céline Zins et Aline Schulman, Gallimard, collection « Folio ».
Premières indications bibliographiques sur le récit
CHKLOVSKI, Viktor, « L’art comme procédé » (1919), Théorie de la littérature. Textes des formalistes russes, réunis et traduits par Tzvetan Todorov (1965), Seuil, collection « Points essais ».
FUENTES, Carlos, Géographie du roman [Geografía de la novela (1993)], trad. Céline Zins,Paris, Arcades/ Gallimard, 1997.
KUNDERA, Milan, L’Art du roman (1986), Gallimard, collection «Folio/essais ». LAVOCAT, Françoise, SALADO, Régis et VIOT-MURCIA, Calude, La Fabrique du personnage,Paris, Honoré Champion, 2007.
PAVEL, Thomas, La Pensée du roman (2003), Gallimard, collection « Folio/essais ».
PERROT-CORPET, Danièle et GAUVIN, Lise, (dir.), La Nation nommée Roman face aux histoires nationales (2011), Paris, Classiques Garnier.
Sur l’oeuvre de Tolstoï Cahiers Léon Tolstoï, Paris, Institut d’Études slaves [bibliothèque LE/LEA, Russe salle B]
n°1 : Anna Karénine, Michel Aucouturier, éd., 1984.
n°19 : Tosltoï écrivain et la critique, Catherine Depretto, éd., 2008.
n°23 : Pouvoir et société chez Tolstoï, Michel Aucouturier éd., 2013
[deux articles en particulier : « Pouvoir et société dans l’oeuvre de Tolstoï avant la crise », par Michel Aucouturier, et « Le pouvoir du bonheur chez Tolstoï dans Guerre et paix et Anna Karénine, par Boris Czerny]
Sur l’oeuvre de Fuentes FELL, Claude et VOLPI, Jorge (dir.), Carlos Fuentes, Cahiers de L'Herne, janvier 2009.
FUENTES, Carlos, Territoires du temps. Une anthologie d’entretiens, trad. Céline Zins, Gallimard, collection « Arcades », 2005.
OLIVIER, Florence, Carlos Fuentes ou L'imagination de l'autre, Londres, Aden, 2014.
Le Mercredi 20 octobre 2011, Carlos Fuentes a reçu les insignes de Docteur Honoris Causa à l’Université Bordeaux Montaigne ; la cérémonie peut être regardée à l’adresse suivante :
http://webtv.u-bordeaux3.fr/campus/honoris-causa-de-carlos-fuentes
Groupe 2 - J. M. Coetzee : : une oeuvre contre l’apartheid ? (Jean-Paul
Engélibert)
L’oeuvre de l’écrivain sud-africain J. M. Coetzee (né en 1940) couronnée par le prix Nobel en
2003, est l’une des plus importantes de la fin du XXe siècle et l’une des plus commentées de la langue anglaise. Sans doute parce qu’elle s’appuie sur de nombreuses oeuvres du passé, qu’elle réécrit et déplace, et parce qu’elle représente à sa manière l’histoire d’un pays,
l’Afrique du Sud, qui concentre quelques-uns des enjeux majeurs de ce siècle. Elle se distribue aussi en deux périodes nettement séparées par l’abolition de l’apartheid en 1994, qui, en ouvrant un horizon politique longtemps fermé, a bouleversé les enjeux de la fiction narrative sud-africaine. On étudiera ici des livres de la première période et de la seconde pour tenter de situer l’unité de l’oeuvre par-delà l’évolution historique et la diversité de ses formes littéraires, entre le roman, l’autobiographie et l’essai fictionnel.


Corpus


Textes étudiés en cours, à se procurer avant le début des TD dans les éditions indiquées.
Michaël K, sa vie, son temps (1983), traduction de S. Mayoux, Seuil, coll. « Points », n° 719
Foe (1986), traduction de S. Mayoux, Seuil, coll. « Points », n° 1097
Le Maître de Pétersbourg (1994), traduction de S. Mayoux, Seuil, coll. « Points », n° 1186
Scènes de la vie d’un jeune garçon (1997), traduction de C. Lauga, Seuil, coll. « Points », n° 947
Disgrâce (1999), traduction de C. Lauga, Seuil, coll. « Points », n° 1035.
Lectures conseillées
Autres romans, récits et essais de J. M. Coetzee
Dusklands (1974), traduction de C. Glenn-Lauga, Terres de crépuscule, Paris, Le Seuil, 1987.
In the Heart of the Country (1977), traduction de S. Mayoux, Au Coeur de ce pays (1981),
Paris, Seuil, coll. « Points ».
Waiting for the Barbarians (1980), traduction française par S. Mayoux, En attendant les barbares (1982), Paris, Le Seuil, coll. « Points ».
White Writing. On the Culture of Letters in South Africa. New Haven and London, Yale U. P.,1988.
Age of Iron (1990), traduction de S. Mayoux, L’Age de fer, Paris, Seuil, coll. « Points ».
Doubling the Point. Essays and Interviews, edited by David Attwell. Cambridge,
Massachussetts, Harvard U.P., 1992.
Giving Offense. Essays on Censorship, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1996.
The Lives of Animals. Princeton, New Jersey, Princeton U.P., 1999.
Stranger Shores. Essays 1986-1999. London, Secker and Warburg, 2001.
Youth. London, Secker and Warburg, 2002.
Doubler le cap, essais et entretiens. Traduction de J.-L. Cornille, Paris, Seuil, 2007.
Summertime. Scenes from Provincial Life. London, Harvill Secker, 2009.
The Childhood of Jesus. London, Harvill Secker, 2013.
J.M. Coetzee et Arabella Kurtz, La Vérité du récit, Paris, Albin Michel, 2016.
Commentaires
Ouvrages
Attridge, D. J.M. Coetzee and the Ethics of Reading, U. of Chicago Press, 2004.
Attwell, D. J. M. Coetzee. South Africa and the Politics of Writing. Berkeley, University of
California Press, 1993.
Dovey, T. The Novels of J. M. Coetzee. Lacanian Allegories. Craighall (South Africa), Ad.
Donker, 1988.
Engélibert, J.-P., Aux avant-postes du progrès, Limoges, Pulim, 2003.
Engélibert, J.-P. (dir.), J.M. Coetzee et la littérature européenne. Ecrire contre la barbarie,
P.U. Rennes, 2007.
Foucrier, Ch. et Mortier, D. (éd.) Frontières et passages. Les échanges culturels et littéraires.
Actes du XXVIIIe congrès de la Société française de littérature générale et comparée,
Publications de l’université de Rouen, 1999, p. 371-377.
Gallagher, S. Van Zanten. A Story of South Africa: J. M. Coetzee’s Fiction in Context.
Cambridge, Massachussetts, Harvard U.P., 1991.
Goddard, K. and Read, J. J. M. Coetzee, a Bibliography. Grahamstown (South Africa),
National English Literary Museum. 1990.
Head, D. J. M. Coetzee. Cambridge, Cambridge U.P., 1997.
Huggan, G. and Watson, S (eds.). Critical Perspectives on J. M. Coetzee. London, Macmillan,
1996.
Jolly, R. Colonization, Violence and Narration in White South African Writing: André Brink,
Breyten Breytenbach, and J.M. Coetzee. Athens, Ohio, Ohio U.P., 1996.
Kossue, S. Pen and Power. A Post-Colonial Reading of J. M. Coetzee and André Brink.
Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1996.
Penner, D. Countries of the Mind: the Fiction of J. M. Coetzee. Westport, Greenwood Press,
1989.
Samoyault, T. « L’animal n’est jamais inhumain », Europe, n° 926-927, juin-juillet 2006, p.
65-76.
Spaas, L. and Stimpson, B.(eds.), Robinson Crusoe. Myths and Metamorphoses. London,
Macmillan, 1996, p. 239-281.
Viola, A. J. M. Coetzee, romancier sud-africain. Paris, L’Harmattan, 1999.
Numéros spéciaux de revues
Cahiers FORELL, n° 3. Université de Poitiers, faculté des lettres et langues, septembre 1994
(dossier portant sur l’ensemble de l’oeuvre, mais majoritairement consacré à En attendant les
barbares).
Commonwealth, n° 9.1, « J. M. Coetzee », 1986 et n° spécial 3, « Waiting for the
Barbarians », 1992. Université de Dijon.
Journal of Literary Studies, vol. 5, n° 2, juin 1989. Pretoria, SAVAL (n° spécial entièrement
consacré à Foe).
Salmagundi, n° 114-115, spring-summer 1997 (dossier contenant l’essai “What is Realism?”,
un article critique et un entretien avec J. Scott).

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