Littérature comparée 1 - Université Bordeaux Montaigne

Littérature comparée 1

Crédits ECTS : 5

Volume horaire TD : 36

Code ELP : LDL1Y2

Lieu(x) d'enseignement : Bordeaux et agglomération

Composante : UFR Humanités

Langue d'enseignement : Français

Période de l'année : Automne

Plage horaire : Journée

Description

Responsable de l’UE : Blandine Puel

Intervenants :

Lettres modernes : Damien Mollaret, Céline Barral, Chloé Morille, Marie de Gandt

Babel : Damien Mollaret

Présentation de l’UE : Ce premier semestre est conçu comme une introduction destinée à rendre les étudiants sensibles aux rapports de la littérature avec la vie du sujet et la réalité du monde.

Récapitulatif des groupes

Groupe 1

D. Mollaret - Le récit de soi dans la langue de l’autre

Groupe2

Céline Barral - Romans de l’arpentage du monde. Autour du Château de Franz Kafka

Groupe 3

A.Lampropoulos, la bibliothèque, le pouvoir, le monde.

Groupe4

C. Morille - Renouvellements du roman préhistorique

Groupe5

M. de Gandt - Réalité première, réalité nouvelle (programme proposé à la FAD)

Groupe Babel

D. Mollaret -Le sonnet dans la littérature occidentale

 
Programmes

Important : les étudiants doivent se procurer les textes au programme dans les éditions indiquées à l’exclusion d’aucune autre. Pour l’examen, ils doivent impérativement se munir des œuvres et, le cas échéant, des fascicules de textes fournis par l’enseignant. On rappelle que, pour les commentaires, les textes ne sont pas généralement pas reproduits ; les étudiants qui n’auraient pas apporté les œuvres seront dans l’impossibilité de composer. L’utilisation d’une œuvre dans une autre édition que l’édition autorisée est assimilée à une fraude.

Groupe 1 - Le récit de soi dans la langue de l’autre : Nabokov et Gary (Damien Mollaret)

Vladimir Nabokov et Romain Gary sont tous les deux nés dans l’Empire russe, le premier à Saint-Pétersbourg en 1899 et le second à Vilnius en 1914. Nabokov émigre en Europe en 1919 (Cambridge, puis Berlin, puis Paris) avant d’émigrer à nouveau aux Etats-Unis en 1940. Après une enfance tourmentée passée entre la Russie et la Pologne, Gary émigre en France en 1928 et vivra une partie de sa vie aux États-Unis. Ces deux romanciers plurilingues partagent un don pour les langues et parlent couramment l’anglais et le français en plus du russe. Tandis que Nabokov est devenu un classique dans deux littératures (russe et anglaise), Gary a été un écrivain populaire dans deux langues (le français et l’anglais) dont aucune n’était sa langue maternelle. Ils partagent aussi un goût pour la mystification, la facétie et les pseudonymes.

 

Ce cours sera une introduction à l’œuvre foisonnante de ces deux écrivains majeurs de l’émigration russe. On s’intéressera particulièrement aux autobiographies Autres rivages (1951) de Nabokov et La promesse de l’aube (1960) de Gary. Ces deux livres, rédigés aux Etats-Unis, relatent l’enfance russe et les années européennes de ces deux auteurs, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Attentifs à la forme particulière de ces autobiographies, on verra comment les histoires personnelles de Nabokov et de Gary se mêlent à l’Histoire tourmentée du XXe siècle.

 

On traitera notamment les thèmes suivants :

Le plurilinguisme et le récit de soi dans la langue de l’autre.

L’auto-traduction ou comment se représenter à nouveau ?

Autobiographies ou mémoires ? La représentation de soi dans un monde en crise.

La pseudonymie ou la représentation de soi comme un autre.

Le détour par la fiction.

 

Œuvres au programme

Vladimir Nabokov, Autres rivages, [Speak, Memory], trad. de l’anglais par Yvonne Davet, Mirèse Akar et Maurice Couturier, Paris, Gallimard, « Folio », 1999.

Romain Gary, La promesse de l’aube, Paris, Gallimard, « Folio », 1980.

Lectures complémentaires

Vladimir Nabokov, Le Don [Дарen russe, The Gift en anglais], trad. de l’anglais par Raymond Girard, Paris, Gallimard, 1967.

Vladimir Nabokov, Regarde, regarde les arlequins! [Look at the Harlequins !], trad. de l’anglais par Jean-Bernard Blandenier, Paris, Gallimard, 1992.

Vladimir Nabokov, « Vassili Chichkov » et « Mademoiselle O » in : Nouvelles complètes, Paris, Gallimard, « Quarto Gallimard », 2010.

 

Émile Ajar (Romain Gary), Pseudo, Paris, Mercure de France, « Folio », 1976.

Romain Gary, Vie et mort d’Émile Ajar, Paris, Gallimard, 1981.

 

Andreï Makine, Le Testament français, Paris, Mercure de France, « Folio », 1995.

 

Groupe 2 -Romans de l’arpentage du monde. Autour du Château de Franz Kafka (Céline Barral)

Le Château (Das Schloss) est un roman que Kafka écrit en 1922, peu avant sa mort. C’est un roman moderne, au sens du modernisme littéraire du début du vingtième siècle : la référentialité y est floue, le personnage de K.semble se dissoudre, les rapports intersubjectifs échappent à une pleine compréhension, le récit est inachevé et sa construction n’est guère linéaire, et le sens du roman reste ouvert : y aurait-il là une parabole ou une allégorie ? C’est peut-être un roman de l’Occident, comme le suggère le nom du comte Westwest. En tout cas, c’est un roman de l’arpentage du monde, monde social et politique plus que géographique. L’arpenteur est celui qui mesure la terre grâce à des relevés de terrain en s’aidant d’instruments de mesure. En littérature, ce peut être aussi un rhapsode, qui coud entre eux les espaces.Ici, c’est aussi l’étranger, celui qui cherche à se faire une place au village.

Nous interrogerons à partir du roman de Kafka les notions de monde, d’étrangéité, de frontière et de vie précaire. Des textes complémentaires seront distribués au cours du semestre, de deux sortes : textes romanesques du modernisme européen (L.-F. Céline et W. Gombrowicz) ; et textes de la fin du XXe siècle qui témoignent d’une intertextualité plus ou moins explicite avec Kafka (chez J. M. Coetzee, I. Kertesz, D. Kehlmann). Dans chaque contexte linguistique, historique et politique, l’écriture se fait arpentage du monde : dans l’Afrique coloniale explorée par Bardamu – le personnage du Voyage au bout de la nuit –, dans la Pologne où le narrateur de Ferdydurke cherche l’Autre idéal, dans les villes fantômes de la Hongrie soviétique du Refus d’Imre Kertesz, ou encore dans le veld d’Afrique du Sud où Michael K, l’anti-héros de Coetzee, se heurte à des barbelés de toutes natures.

 

Édition au programme 

 Franz Kafka, Le Château, trad. de l’allemand par Bernard Lortholary, GF Flammarion, 1984. Attention à se procurer cette édition-là. Le roman est à lire avant le début du semestre.

Textes complémentaires :

Une brochure sera distribuée en début de semestre, réunissant les extraits suivants :

CÉLINE Louis-Ferdinand, Voyage au bout de la nuit (1932), Paris, Gallimard, 1952, p. 177-191.

GOMBROWICZ Witold, Ferdydurke (1937), trad. du polonais par Georges Sédir, Paris, Gallimard, 1995, p. 287-336 (chap. 13 : « Le valet de ferme, ou nouvel agrafage »).

KERTESZ Imre, Le Refus (1988), trad. du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2006, p. 110-130.

COETZEE J. M., Michael K., sa vie, son temps (1983), trad. de l’anglais par Sophie Mayoux, Paris, Seuil, 1985, p. 102-141.

KEHLMANN Daniel, Les Arpenteurs du monde (2005), trad. de l’allemand par Juliette Aubert, Actes Sud, 2006, p. 179-192.

Chaque étudiant choisit de lire, en plus du Château de Kafka, l’un de ces romans en entier.

 

Groupe 3 - La bibliothèque, le pouvoir, le monde

 Ce cours propose une réflexion sur la bibliothèque en tant que topos littéraire et critique, en s’appuyant sur des notions de base comme la littérarité, l’intertextualité, la représentation et l’interprétation. Il étudiera, dans un premier temps, le mythe de Babel et l’événement emblématique qu’est la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, pour aborder par la suite des questions comme l’organisation du savoir, la taxonomie, l’archivage, la censure, le labyrinthe, l’imago mundi et le pouvoir intellectuel ainsi que leurs enjeux politiques. De façon plus générale, le cours reviendra sur les relations entre les textes, d’un côté, et l’espace et le monde, de l’autre. Si ces relations sont perpétuellement revues par la théorie littéraire et la critique culturelle, le cours mettra l’accent sur le fait qu’elles deviennent de plus en plus importantes dans le contexte actuel de la mondialisation. Plus encore, la dimension cartographique de la bibliothèque sera examinée à la lumière de ce qui a été décrit comme le « tournant spatial » des études littéraires.

 

Le corpus du cours inclut deux romans (Le Nom de la rose d’Umberto Eco et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury) et quatre textes plus courts, notamment des nouvelles et des essais (« La Bibliothèque de Babel » de Jorge-Luis Borges, « Encyclopédie des morts (toute une vie) » de Danilo Kiš, « Je déballe ma bibliothèque. Un discours sur l’art de collectionner » de Walter Benjamin et « La bibliothèque que les livres n’arrêtent pas » d’Henri Meschonnic). Des références à des œuvres cinématographiques et artistiques seront aussi proposées. Sur le plan théorique, le cours introduira des notions comme la littérature mondiale (Goethe, E. Auerbach, P. Casanova), les géographies et les cartographies littéraires (F. Moretti), ainsi que la géocritique (B. Westphal).

 

Important - Seuls les quatre ouvrages précédés d’un astérisque doivent être achetés par les étudiants. Les extraits des autres ouvrages qui seront étudiés en cours seront fournis sous forme photocopiés par l’enseignant.

Corpus

*Eco, Umberto : Le Nom de la rose [1980], traduit par Jean-Noël Schifano, Paris, Le Livre de poche (coll. « Littérature et documents »), 2002.

*Bradbury, Ray : Fahrenheit 451 [1953], traduit par Jacques Chambon, Paris, Gallimard (coll. « Folio SF »), 2000.

*Borges, Jorge-Luis : « La Bibliothèque de Babel » [1941]. In Fictions, traduit par Paul Verdevoye, Nestor Ibarra et Roger Caillois, Paris, Gallimard, 1983, p. 71-81.

Kiš, Danilo : « Encyclopédie des morts (toute une vie) ». In Encyclopédie des morts, Paris, Gallimard (“Du Monde entier”), 1985, p. 43-68.

*Benjamin, Walter : « Je déballe ma bibliothèque. Un discours sur l’art de collectionner » [1931]. In Je déballe ma bibliothèque. Une pratique de la collection, traduit par Philippe Ivernel, Paris, Rivage (coll. « Rivages Poche »), p. 41-56.

Meschonnic, Henri : « La bibliothèque que les livres n’arrêtent pas », in Les États de la poétique, Paris, PUF (“Écriture”), 1985, p. 280-282.

 

Références critiques et théoriques

Auerbach, Erich : « Philologie de la littérature mondiale », traduit par D. Meur [1952]. In Pradeau, Christophe – Samoyault, Tiphaine (dir.) : Où est la littérature mondiale ?, Saint Denis, Presses Universitaires de Vincennes (coll. « Essais et Savoirs »), 2005, p. 25-37.

Casanova, Pascale : La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999.

David, Jérôme : Spectres de Goethe. Les métamorphoses de la « littérature mondiale », Paris, Les belles lettres (coll. « Les prairies ordinaires »), 2012.

Jacob, Christian – Baratin, Marc (dir.) : Le pouvoir des bibliothèques. La mémoire des livres dans la culture occidentale, Paris, Albin Michel, 1996.

Moretti, Franco : Atlas du roman européen. 1800-1900 [1997], traduit par J. Nicolas, Paris, Seuil (coll. « La Couleur des idées »).

Westphal, Bertrand : La Géocritique. Réel, fiction, espace, Paris, Minuit (coll. « Paradoxe »), 2007.

 

Groupe 4 - (Chloé Morille) Renouvellements du roman préhistorique

Le roman préhistorique est un sous-genre du roman d’aventure qui apparaît à la fin du XIXe et se développe au début du XXe siècle. Le plus connu d’entre eux est sans doute La Guerre du feu du Belge Rosny Aîné (1909). Sa fiction est censée se dérouler aux temps préhistoriques mais dans la mouvance évolutionniste, il s’intéresse surtout au « struggle for life » d’une horde primitive. Ce cours ne s’intéressera pas aux débuts impétueux du roman préhistorique (de Rosny Aîné, H.G Wells, Rudyard Kipling ou Jack London)* mais aux changements affectant ce genre discret mais persistant dont témoignent ces trois romans : The Inheritors(Les Héritiers) du Britannique William Golding, Dormance du Français Jean-Loup Trassard et Instinto de Inez (L’instinct d’Inez) du Mexicain Carlos Fuentes. Nous verrons que depuis la seconde moitié du XXe siècle, le récit de préhistoire a pris ses distances avec le roman épique des premiers âges pour devenir plus poétique et méditatif. « La dormance d’une graine est le pouvoir qu’elle tient, sous l’apparence du sommeil, de germer si les conditions deviennent favorables à telle transformation »,nous informe la quatrième de couverture de Dormance. Par la rêverie littéraire, Jean-Loup Trassard s’attache pareillement à faire germer les images latentes des temps préhistoriques depuis longtemps perdus de vue.

L’immensité de l’ère préhistorique et la rareté des connaissances scientifiques dont on dispose pour en rendre raison sont un défi pour le romancier. Ces trois écrivains affrontent donc la question confuse d’un temps humain sans souvenir de mémoire d’homme pour bâtir paradoxalement desromans de la mémoire.Leur originalité est de construire à chaque fois un dédoublement du point de vue narratif : la focalisation interne du personnage Néandertalien se heurte à notre vision d’Homo Sapiens chez Golding ; Inez la cantatrice qui se produit à Londres en 1940 chez Fuentes est habitée par un double préhistorique, duo sur lequel le roman tisse deux intrigues, de même que dans Dormance  les chapitres alternent selon deux trames: une fiction préhistorique et sa résonance dans le monde contemporain du narrateur qui mène l’enquête. En un mot, dans ces récits préhistoriques renouvelés, pour reprendre l’expression du philosophe Jean-Paul Jouary, « se joue la compréhension de ce que nous sommes et devenons ».**

Une bibliographie sera distribuée en septembre, la priorité est d’abord la lecture personnelle des œuvres. Un contrôle de lecture sera effectué en début d’année. Les étudiants sont invités à lire également les ouvrages en langue originale s’ils le souhaitent.

 

* Entre autres: H.G Wells, A Story of the Stone Age, 1897; Jack London,Before Adam, 1907; Rudyard Kipling,The Knife and the Naked Chalk, 1909; J.-H. Rosny Aîné, La Guerre du feu: roman des âges farouches, 1911.

 

** Jean-Paul Jouary, Préhistoire de la beauté : Et l’art créa l’homme, Bruxelles, Belgique, Les impressions nouvelles, 2012, p.9.

 

Corpus (lectures obligatoires)

 

William Golding, Les Héritiers, Marie-Lise Marlière (trad.), Paris, Gallimard, 1968, coll. « Du monde entier »,[The Inheritors,1955].

Jean-Loup Trassard,  Dormance, Paris, Gallimard, 2000.

Carlos Fuentes, L’instinct d’Inez, Céline Zins (trad.), Paris, 2005, Folio n° 4168
[Instinto de Inez, 2001].

 

Groupe 5 -Réalité première, réalité nouvelle (Marie de Gandt)

 

Qu’est-ce que la réalité du monde qui nous entoure ? Est-elle pour l’esprit une interaction, une expérience, une hypothèse, un manque radical ? Nous nous intéresserons à la façon dont la conscience rencontre le monde, sous la forme de l’objet, de l’autre, de l’événement, comme le racontent La vie de Henry Brulard de Stendhal, Une histoire d’amour et de ténèbres d’Amos Oz, Les enfants de Minuit de Salman Rushdie. Ces trois autobiographies fictives retracent l’expérience du monde par un sujet enfantin, qui découvre la réalité, dans le contexte d’une situation politique nouvelle, la révolution française pour Stendhal, la reconnaissance de l’Etat d’Israël pour Oz, l’indépendance de l’Inde pour Rushdie.

Depuis sa perception de premières sensations et émotions, jusqu’à sa compréhension des formes qui organisent la communauté des hommes autour de lui, en passant par la façon dont il s’inscrit lui-même dans un cadre familial et familier, le sujet de ces trois récits se construit par l’observation du monde qui se bâtit autour de lui et différentes modalités de rapport avec lui. Nous chercherons à analyser ce que la littérature permet de mettre en forme, ou justement de désigner comme ineffable dans ces expériences du monde, qu’il s’agisse de l’événement historique, du trauma, de la perte, de la mort, voire du réel lui-même. Enfin, on inscrira ce monde de la conscience individuelle dans un univers plus large, à la fois historique et culturel, où l’héritage, l’ordre en place et le monde ancien cèdent place à une nouvelle ère et à une possible liberté dont le sujet prend conscience selon des modalités que nous étudierons, notamment la transgression et l’engagement, mais aussi le jeu et la création.

 

Corpus (Lectures obligatoires)

Stendhal, La vie de Henry Brulard, édition B. Didier, Folio, Gallimard, 1973.

Amos Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, traduction Sylvie Cohen, Folio, Gallimard, 2004.

Salman Rushdie, Les enfants de Minuit, traduction Jean Guiloineau, Le Livre de Poche, Plon, 1987.

Groupe 6 Babel Le sonnet dans la littérature occidentale (Damien Mollaret)

“Scorn not the Sonnet, Critic”

(« Ne ris point du sonnet, ô critique ! »)

 

Cette injonction de l’Anglais Wordsworth sera reprise par le Français Sainte-Beuve et le Russe Pouchkine. Au XIXe siècle ces trois poètes écrivent ainsi un sonnet sur l’histoire du sonnet et ses figures marquantes, invitant le critique à reconsidérer cette forme poétique, jadis pratiquée par les écrivains européens les plus illustres.

 

Né en Sicile au XIIIe siècle, popularisé par Pétrarque, le sonnet a conquis toute l’Europe au XVIe siècle. Nabokov s’étonnera de cette « orgie quasi pathologique de production de sonnets à travers l’Europe » au moment où fut composé Don Quichotte (début XVIIe siècle) et de « ce besoin bizarre, encore que relativement estimable, d’emprisonner une émotion, une image ou une idée dans une cellule de quatorze lignes, derrière les barreaux dorés de cinq ou sept rimes – cinq dans les pays latins, sept en Angleterre ». Après une période de déclin, le sonnet européen connaît un nouvel âge d’or au XIXe siècle. Alexandre Pouchkine écrit un roman entier sous forme de sonnets : Eugène Onéguine. En France, Nerval, Baudelaire, Heredia, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud écrivent des sonnets. Au XXe siècle, le sonnet demeure l’une des formes poétiques les plus pratiquées, malgré la concurrence du vers libre et du poème en prose, comme en témoignent les œuvres de Fernando Pessoa, Jorge Luis Borges, Pablo Neruda ou Jacques Roubaud.

 

On lira Les Regrets de Du Bellay et Eugène Onéguine de Pouchkine ainsi qu’une anthologie bilingue d’auteurs variés (Dante, Pétrarque, poètes de la Pléiade, Shakespeare, Camões, Gongora, Wordsworth, Mickiewicz, Pouchkine, poètes français du XIXe siècle, Rilke, Pessoa, Nabokov, Borges, etc.). En variant les échelles d’analyse (histoire de la poésie occidentale ; recueils de sonnets ; microlectures), on s’intéressera à la façon dont le sonnet est adopté et adapté dans différentes littératures aux systèmes métriques et prosodiques variés. On étudiera les phénomènes d’intertextualité, d’échos et de dialogues entre sonnettistes de langues différentes. On s’intéressera aussi à la question de la traduction du sonnet, notamment avec l’exemple d’Eugène Onéguine, à partir des traductions de Nabokov, Jean-Louis Backès et André Markowicz. Enfin, on apprendra par cœur des sonnets (forme éminemment mnémotechnique, selon Borges) et on essayera d’en écrire.

 

Corpus (Lectures obligatoires)

- Du Bellay, Les Regrets suivi de Les Antiquités de Rome, Le Songe, édition présentée et annotée par François Roudaut, Paris, Librairie Générale Française, « Le livre de poche », 2002.

-Pouchkine, Eugène Onéguine, édition de Jean-Louis Backès, Paris, Gallimard, 1996.

 

Une anthologie bilingue ainsi qu’une bibliographie seront distribuées en début de cours.

 

NB — En vue de préparer ce cours il est recommandé de (re)lire un certain nombre de sonnets français (disponibles sur internet) composés par les auteurs suivants (ou d’autres) : Ronsard, Louise Labé, Agrippa d’Aubigné, Gautier, Nerval, Baudelaire, Mallarmé, Heredia, Verlaine, Rimbaud, Roubaud.

Contrôle des connaissances

 1ère session :

Régime général : Contrôle continu

Dispensés : Contrôle terminal - Ecrit 4h

2e session : régime général et dispensés : Ecrit 4h

Nature de l’épreuve : Commentaire, dissertation ou essai au choix de l’enseignant

Informations complémentaires

FAD : seul le programme de Mme de Gandt est proposé à l’enseignement à distance.

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