Littérature française - Université Bordeaux Montaigne

Littérature française

Crédits ECTS : 6

Volume horaire CM : 12

Code ELP : LDL1Y1

Lieu(x) d'enseignement : Bordeaux et agglomération, Agen

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Automne

Description

Littérature et politique.

La politique se définit comme l’art de gouverner les sociétés humaines. Elle est relative à l’État et aux luttes de pouvoir. Le cours magistral interrogera la place de la littérature par rapport à la politique en suivant le fil directeur des relations entre les écrivains et le pouvoir : qu’ils le contestent ou le soutiennent, qu’il prennent le pouvoir ou qu’ils rêvent d’un renouvellement des pouvoirs, leur écriture est modelée par leur positionnement. Les postures les plus « apolitiques » ou « désengagées » ne sont pas non plus exemptes de sens politique. Au-delà de la littérature à sujet politique, le cours envisagera les enjeux politiques de la littérature mais aussi la lecture politique à laquelle tout texte peut conduire.

Informations complémentaires

Programme 1. La fiction politique à l’époque contemporaine

 Intervenant : Mme Joëlle de Sermet.

Descriptif :

Ce programme propose une approche de la fiction politique à l’époque contemporaine (XXe-XXIe siècles), à travers deux oeuvres où la réflexion sur le fonctionnement de la société et sur son devenir passe par un travail sur le langage et l’imaginaire. On verra comment les structures et représentations du politique y sont indissociables des formes prises par la narration romanesque.

Les textes étudiés seront :

Camus Albert, La Peste (1947), Paris, Gallimard (Folio).

Volodine Antoine, Dondog (2002), Paris, Seuil (Points).

Programme 2. Au temps des colonies de l’autre bout du monde.

Intervenant : Claire Meyrat-Vol.

Descriptif :

Au lendemain des événements sanglants, les insurgés de la Commune sont proscrits et déportés en Nouvelle-Calédonie. Ainsi les Mémoires et les poèmes de Louise Michel, rédigés de 1873 à 1880, offrent-ils un témoignage sur son expérience vécue au bagne mais également un retour sur les moments forts de la lutte. Le programme s'intéressera à la réhabilitation de faits oubliés et de paroles censurées. La liberté qu'offre la forme littéraire permet non seulement de contester le régime de vérité de l'Histoire mais également de faire sortir de l'oubli des destins d'hommes et de femmes, de causes et de combats qui ont fondé la République. Nous essaierons de comprendre la dynamique coloniale de la fin du XIXe siècle, les intérêts politiques qui ont présidé au développement de l'Outre-Mer et d'une culture coloniale qui atteint son apogée lors de l'Exposition coloniale internationale de 1931, à Paris. Quelle place cette culture occupe-t-elle désormais dans notre imaginaire ? Quels liens établir entre littérature et politique à propos de l'entreprise outre-mer ?

Ce programme s'adresse à des étudiants intéressés par une littérature concernant l'histoire et l'avenir des territoires français du Pacifique.

Les textes étudiés seront :

Michel Louise, Mémoires, https://fr.wikisource.org/wiki/Mémoires_de_Louise_Michel/ Texte_entier

Daeninckx Didier, Cannibale, Folio n°3290, 1998.

Programme 3. Politiques du Grand Siècle

Intervenant : M. Denis Lopez

Descriptif :

Ce cours propose d’étudier deux œuvres majeures du XVIIe siècle français, qui sont le lieu d’une parole politique d’importance, en un siècle où l’expression politique n’existait pas dans le cadre des institutions ni des partis, mais savait trouver sa place dans le théâtre, scène de débats sur les grandes questions politiques (régime, méthodes de gouvernement, valeurs…), dans les œuvres historiques et philosophiques et dans celles que l’on destinait à l’éducation du prince. Les œuvres politiques de ce siècle, à peu d’exception près, sont des « Anti-Machiavel », cherchant les voies de  rencontre entre morale et politique, et opposant » aux maximes florentines l’idéal théorisé du « prince chrétien ». Corneille en donne l’exemple. S’il n’a pas inventé la tragédie politique, il l’a largement développée et l’a conduite aux sommets de l’art théâtral. Ce cours, où la connaissance de toutes les tragédies de Corneille sera souhaitée, met au programme Cinna où la clémence d’Auguste [1641], œuvre qui explore les voies du gouvernement par la maîtrise de soi, la générosité, la libéralité et le pardon, malgré les situations les plus périlleuses. Au programme ensuite, les Fables de La Fontaine [1668-1694], qui font partie des œuvres destinées à l’éducation du prince, même si elles s’adressent à un plus large public. On y trouve notamment, fortement mise en valeur, la traditionnelle satire de la cour et du gouvernement tyrannique, par le détour de l’apologue plaisant, où les animaux sont les images des hommes, leçon offerte aux enfants du roi quand ils commencent leurs études, comme un repoussoir et un exemple à inverser. L’art littéraire trouve les moyens de manifester le message politique, tant par l’esthétique poétique de la fable, genre humble où « le conte fait passer le précepte avec lui », et qui accède avec La Fontaine à un statut relevé dans la littérature, que par la poésie et la dramaturgie cornélienne, qui confirment  la renaissance de la tragédie à l’antique, avec de nouvelles forces venues relayer la fatalité, comme la puissance de la volonté humaine, et une « passion » comme l’admiration, venue seconder la terreur et la pitié, dans un élan d’optimisme régénérateur.

Programme 4. La chronique : entre fiction et discours de vérité

Intervenant : M. David Yvon.

Descriptif :

« Le chroniqueur n’est pas l’historien, il est le narrateur de l’Histoire. » (W. Benjamin, Le Narrateur).A la fois histoire de son temps et récit placé sous le sceau de la fiction, la chronique littéraire se présente comme un genre ambigu, partagé entre des aspirations a priori contradictoires. Cette hésitation conduit à remettre en cause les frontières qui séparent traditionnellement littérature, histoire et politique, et à penser la question de la « responsabilité » du texte littéraire. En effet, si les auteurs ont parfois revendiqué, dans le sillage de Mallarmé, une certaine indépendance de la littérature par rapport au « monde réel », la chronique se plaît tout au contraire à mettre en scène la société dans laquelle elle s’inscrit : en projetant l’intrigue dans un cadre familier, elle ne manque pas de produire des discours sur son époque qu’il reviendra au lecteur de prendre ou non au sérieux. Ainsi, Montesquieu, lorsqu’il se propose dans ses « Réflexions » sur les Lettres persanes de joindre « de la philosophie, de la politique et de la morale à un roman, et de lier le tout par une chaîne secrète », fait explicitement de la fiction romanesque le lieu (ou le détour) d’une pensée sur l’actualité politique, économique et culturelle du début du XVIIIe siècle. Le roman du sérail se mêle étroitement à la chronique parisienne ; Histoire et fiction deviennent inséparables. Le goût de Stendhal pour les « anecdotes originales et parfaitement vraies, écrites par des contemporains en style du temps » semble quant à lui justifier ce titre de Chroniques italiennes retenu par l’éditeur en 1865 pour le recueil d’historiettes que nous connaissons aujourd’hui; cependant, le geste historiographique qui sert d’impulsion à ces écrits n’interdit ni l’invention, ni la mystification. Passer du fait « brut » au récit implique un travail d’élaboration au terme duquel l’écriture de l’Histoire devient simplement écriture, création littéraire. Ces deux œuvres, qui relèvent de choix esthétiques différents, serviront de point de départ à une réflexion sur le genre de la chronique et sur les rapports qu’il sous-tend entre discours fictionnel et discours factuel.

Les textes suivants seront étudiés :

Montesquieu, Lettres persanes (préface de Paul Vernière), Paris, Le Livre de poche (Bibliothèque classique), 2005.

Stendhal, Chroniques italiennes (préface de Béatrice Didier), Paris, Garnier-Flammarion (GF), 1977.

Programme 5. Les trajectoires des transfuges de classe

Intervenant : M. Jean-Marc Benedetti.

Descriptif :

Un texte, même lorsqu’il se présente comme délibérément esthétique ou autobiographique, crée ou provoque un rapport d’interprétation et d’invention avec le politique. L’État ou le prince, l’Église ou la nature, l’oppresseur ou l’opprimé, la famille ou l’individu constituent, dans leurs liens, un des champs privilégiés de la littérature comme de nombreuses œuvres du XVIe siècle à aujourd’hui en témoignent. Le pouvoir, le politique et l’amour sont, dans la littérature contemporaine, intimement  liés. Des écrivains tels que Édouard Louis, Didier Eribon ou Annie Ernaux cherchent dans leurs oeuvres, résolument autofictionnelles et politiques, la façon dont le langage des autres nous définit. C’est pourquoi leurs écritures sont porteuses d’un double espoir : d’une part se défaire du langage des autres et, d’autre part, se réapproprier son propre langage. Écrire devient alors une forme de deuil et de renaissance. A travers les œuvres d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, de Didier Eribon, Retour à Reims et Annie Ernaux, Retour à Yvetot,nous tenterons de comprendre comment cette volonté de dire le vrai, à travers un travail formel et stylistique, conduit surtout à une recherche de la vérité sur soi. Nous envisagerons les enjeux sociaux et culturels de notre époque, les formes du pouvoir et les idées politiques véhiculées par ces textes.

Les textes suivants seront étudiés :

Louis Edouard, En finir avec Eddy Bellegueule, Paris, Le Seuil (Points), 2014.

Eribon Didier, Retour à Reims, Paris, Flammarion (Champs essais), 2010.

Ernaux Annie, Retour à Yvetot, Paris, Editions du Mauconduit, 2013.

Programme 6. Les Liaisons dangereuses, du XVIIIe au XXIe siècle.

Intervenant : Mme Émilie Fort-Ortet.

Descriptif :

L’oeuvre de Choderlos de Laclos est un roman incontournable du siècle des Lumières pour le portrait dressé d'une noblesse livrée à l'imagination de son oisiveté. Tant par le fond que par la forme, elle renouvelle le thème de la passion amoureuse et, traversant les scandales, elle crée un couple mythique très inspirant pour les siècles suivants. Notre cours montrera en quoi le roman, Les Liaisons dangereuses, se nourrit du topos de la passion amoureuse véhiculé jusqu'au XVIIIe siècle et comment il procède à sa réécriture sous l'angle du libertinage. Il cherchera à mesurer la singularité de cette œuvre et à comprendre les motivations et les modalités qui conduisent, aux XXe et XXIe siècles, à une réécriture romanesque, cinématographique ou encore théâtrale qui interroge encore la moralité de la passion.

Les textes suivants seront étudiés :

Laclos P. Choderlos de, Les Liaisons dangereuses, 1782, Folio Plus Classiques (n°5).

Peretti C. de, Nous sommes cruels, 2008, Le Livre de Poche.

Programme 7. Écriture littéraire et politique

Intervenant : M. Frédéric Roussille.

 Descriptif :

L’écrivain – ou celui que Platon nomme le poète, n’est expert en aucune matière. Touchant le gouvernement de la Cité, aucune autorité particulière ne devrait donc lui être reconnue. Cependant l’écriture littéraire a souvent constitué une légitimation à la prise de parole dans l’espace public. Nous examinerons les divers biais par lesquels cette légitimation s’est opérée, notre objectif étant moins de passer en revue les opinions de ceux qui se trouvent avoir fait des livres, que de montrer comment activité littéraire et intervention dans les affaires communes ont pu, au nom d’une seule et même nécessité, s’appeler l’une l’autre. Dans cette perspective, nous ne pourrons pas tenir pour préalablement acquises les notions de politique et de littérature. En revanche, il nous faudra les historiciser toutes deux. Pour chaque œuvre considérée et, plus largement, pour l’époque où elle fut produite nous nous demanderons, de la politique et de l’écriture littéraire, quelles conceptions furent à l’œuvre. Alors nous observerons combien la Révolution française et sa mise en récits par les auteurs romantiques bouleversèrent le paysage. Ainsi Hugo, lorsqu’il traite du peuple laborieux, ne fait ni de la politique ni de la littérature au sens où Agrippa d’Aubigné en faisait.

Programme 8. L’état de guerre et l’attente de la guerre

 Intervenant : M. Gauthier Liberman.

 Descriptif :

On confrontera les réflexions d’un écrivain philosophe sur les origines de la guerre, la nécessité de la refuser et les moyens de l’éviter avec la mise en scène par un romancier poète de l’attente et du désir frustré de la guerre.

Les textes étudiés seront :

Rousseau Jean-Jacques, L’état de guerre, Arles, Actes Sud, 2000.

Gracq Julien, Le Rivage des Syrtes, Paris, J. Corti, 1951 (plusieurs réimpressions).

Programme 9. Philosophie et facétie : littérature et politique au XVIe siècle

 Intervenant : Mme Evelien Chayes.

 Descriptif : Ce programme propose d’analyser deux types d’écriture politique de l’époque de la première modernité, le XVIe siècle. Il s’agit d’œuvres où la réflexion sur le gouvernement et le fonctionnement de la société passe soit par la forme de l’essai philosophique, soit par la parodie. Nous verrons comment les formes de l’écriture philosophique et fictionnelle sont indissociables des institutions et pratiques politiques mêmes.

Bibliographie

Blanchard Joël, Écriture et pouvoir à l’aube des temps modernes, Paris, PUF, 2002.

Brun Catherine et Schaffner Alain (dir.), Des écritures engagées aux écritures impliquées : littérature française (XXe-XXIe siècles), Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2015.

Denis Benoît, Littérature et engagement : de Pascal à Sartre, Paris, Le Seuil (Points essais), 2000.

Florey Sonya, Kaempfer Jean et Meizoz Jérôme (dir.), Formes de l’engagement littéraire : XVe-XXIe siècles, éditions Antipodes, 2006.

Guchet Yves, Littérature et politique, Paris, A. Colin, 2000.

Mopin Michel, Littérature et politique : deux siècles de vie politique à travers les œuvres littéraires, La documentation française, 1996.

Littérature française (travaux dirigés): Les bibliographies afférentes à chaque programme seront transmis après les inscriptions pédagogiques.

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