Théorie littéraire et plurilinguisme 3 - Université Bordeaux Montaigne

Théorie littéraire et plurilinguisme 3

Crédits ECTS : 5

Volume horaire TD : 30

Code ELP : LJB3Y1

Composante : UFR Langues et Civilisations

Période de l'année : Semestre 3

Description

Théorie littéraire et plurilinguisme 3

Présentation de l’UE :  

La Licence Babel est une formation littéraire associant des parcours spécialisés (en langue française – parcours Lettres, ou en langue italienne – parcours Italien) à une approche internationale et plurilingue du fait littéraire.

La langue, matériau de l’écrivain, n’est pas un tout pur et non mélangé. Quoique servant des enjeux politiques, étroitement liée à l’émergence des nations, la littérature est un espace sans frontière qu’il s’agira d’apprendre à penser dans sa globalité.

Le cours Théorie littéraire et plurilinguisme propose ainsi une réflexion sur la notion de « littérature mondiale ». Comment penser un tel objet ? Le pense-t-on de la même façon, partout dans le monde ? Comment concilier théorie générale (« qu’est-ce que la littérature ? »), singularité du geste créateur, et plurilinguisme ? Dans cette UE, les étudiants des deux parcours sont mélangés.

 

Programmes : Approche géopolitique : qu’est-ce qu’un écrivain « international » ?

Premier volet : Expériences d’altérité dans Autres rivages de Vladimir Nabokov (Damien Mollaret) – 12h

 

« Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze ans en Allemagne. » (Nabokov)

 

Vladimir Nabokov est un auteur polyglotte inclassable (Russe ? Américain ? Européen ?) à la fois poète, novelliste, romancier, traducteur et essayiste. Son autobiographie Autres rivages, traite de son enfance à Saint-Pétersbourg de 1899 à 1919 et notamment des trois éducations (anglaise, française et russe) qu’il y reçues de façon simultanée, puis de ses années d’exil en Europe (Cambridge, Berlin et Paris) de 1919 à 1940, jusqu’à son nouvel exil aux États-Unis.

 

Le cours sera une introduction à l’œuvre de Nabokov et traitera des différentes expériences d’altérité (autres langues et littératures, autres pays et cultures, pseudonymes et auteurs fictifs) qui forgèrent son identité multiple et cosmopolite. On s’intéressera à son écriture plurilingue, sa métamorphose d’écrivain russe en écrivain américain et en particulier à la façon dont il a auto-traduit Autres rivages. Ce livre comporte en effet trois versions, Conclusive Evidence (1951) en anglais, Drugie berega, (Autres rivages, 1954) en russe, et enfin une nouvelle version anglaise, Speak, Memory: An Autobiography Revisited (1966), sachant que le chapitre cinq avait originellement été écrit en français et publié sous le titre de « Mademoiselle O » (1936).

 

Ce cours formera un diptyque avec celui d’Edgar Henssein, « L’étranger comme expérience du sujet dans l’œuvre de Fernando Pessoa » et lui fera écho notamment sur les thèmes de l’hétéronymie et de l’écriture plurilingue.

 

Œuvre au programme

Vladimir Nabokov, Autres rivages, trad. de l’anglais par Yvonne Davet, Mirèse Akar et Maurice Couturier, Gallimard, « Folio », 1999. 

Une bibliographie et une petite anthologie de textes seront distribuées à la rentrée.

 

Lectures complémentaires facultatives

Vladimir Nabokov, « Vassili Chichkov » et « Mademoiselle O » in : Nouvelles complètes, Gallimard, « Quarto Gallimard », 2010.

Vladimir Nabokov, Le Don [Дар en russe, The Gift en anglais], trad. de l’anglais par Raymond Girard, Gallimard, 1967.

 

  Second volet : L’étranger comme expérience du sujet dans l’œuvre de Fernando Pessoa (Edgar Henssien) – 18h

 

Dans son ouvrage critique sur la traduction, Emily Apter évoque la tendance dans la construction de la « global lit » à la constitution sur le marché planétaire de niches littéraires spécialisées où viennent se loger des auteurs comme Milan Kundera, Cortázar, Beckett, Octavio Paz, Orhan Pamuk ou Danilo Kis. A leur côté, Fernando Pessoa trouve sa place dans la sous-catégorie « auteur international ».

Il s’agit ainsi de partir de cette description « objective » des conditions matérielles de production de la « littérature mondiale » déterminée par les orientations du marché, pour s’interroger sur la fonction de l’ « international » dans l’œuvre d’un auteur qui s’est voulu multiple, et dont la construction subjective est marquée par une ligne de fracture qui le rend d’autant plus intéressant qu’elle semble recouper les ruptures produites par l’influence de différentes traditions nationales dans la vie et l’œuvre du poète.

Ce cours proposera ainsi un parcours critique de la notion d’ « internationalisme » à partir de l’œuvre de Pessoa, en insistant sur la spécificité de cette œuvre qui nous permet d’avancer une hypothèse de travail : l’hétéronymie, ce principe de dédoublement de la figure de l’auteur, qui pose la question de la scission fondamentale qui traverse le sujet, doit aussi être pensée partir de la question internationale, que recouvre différentes catégories d’analyse : la pratique des langues étrangères, l’hétérolinguisme, la pratique de la traduction, l’ouverture aux influences de la « littérature mondiale », et, en dernier lieu, la visée politique qui tente de saisir ce qui fait la spécificité d’un pays, le Portugal de l’entre-deux guerres, au sein du vaste ensemble européen.

Car la pensée poétique de Pessoa, qui met en avant l’identité multiple du sujet dans le processus d’écriture et de la pratique des langues, est contrebalancée par un engagement nationaliste qui théorise l’importance de la tradition portugaise, sur laquelle achoppe une pensée de l’exception nationale. En partant de cette apparente contradiction, il sera alors possible de tenter de rechercher une cohérence dans la pratique du poète, en insistant sur les connexions, ou au contraire les solutions de continuité, qui traversent son œuvre.

 

Œuvre au programme (se procurer l’édition demandée) :

Fernando Pessoa, Le Chemin du serpent, tr. Michel Chandeigne, Françoise Laye et Jean-François Viegas, Christian Bourgois, coll. Titre, 2008, 539p.

 

Bibliographie indicative (à parcourir) :

Emily Apter, Zones de traduction: pour une nouvelle littérature comparée(The Translation Zone. A new Comparative Literature, Princeton University Press, 2006), tr. Hélène Quiniou, Fayard, 2015.

Antoine Berman, L’Épreuve de l'étranger, Gallimard, coll. Tel, 1984.

Philippe Lacoue-Labarthe, La Poésie comme expérience, Christian Bourgois, coll. Détroits, 2004.

Fernando Pessoa, Arquivo Pessoa, Leonor Areal et José Cerqueira Esteves (éd.), Texto Editora - Casa Fernando Pessoa, 2008, http://arquivopessoa.net/

Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, Gallimard, Pléiade, 2011.

Fernando Pessoa, Le violon enchanté : écrits anglais de Fernando Pessoa, vers et prose, Olivier Amiel, Patrick Quillier, Anne Terlinden et Dominique Goy-Blanquet (trad.), Christian Bourgois, 1992.

Contrôle des connaissances

Session 1 : contrôle continu (RG) ou écrit 4h (CT) : sujet portant sur l’un ou l’autre des deux programmes de l’UE.

Session 2 : écrit 4h : sujet portant sur l’un ou l’autre des deux programmes de l’UE

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