Littérature comparée 4 - Université Bordeaux Montaigne

Littérature comparée 4

Volume horaire TD : 24

Code ELP : LDL4Y4

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Semestre 4

Description

Littérature comparée 4 - Poésie

Intervenants : Fabienne Diamond, Marie de Gandt

Présentation de l’UE :  

Cette UE est consacrée à l’étude de la poésie dans une perspective comparatiste.

FAD : Le programme de Mme de Gandt est proposé uniquement à l’enseignement à distance. 

 

Récapitulatif des groupes 

Groupe 1

Damien Mollaret – Le Sonnet dans la littérature occidentale

Groupe 2

Fabienne Diamond - « Ordonner un chaos, voilà la création »

Groupe 3

Céline Barral

FAD

Marie de Gandt - Marie de Gandt - La Poésie noire

 

Programmes

Important : les étudiants doivent se procurer les textes au programme dans les éditions indiquées à l’exclusion d’aucune autre. Pour l’examen, ils doivent impérativement se munir des œuvres et, le cas échéant, des fascicules de textes fournis par l’enseignant. On rappelle que, pour les commentaires, les textes ne sont pas généralement pas reproduits ; les étudiants qui n’auraient pas apporté les œuvres seront dans l’impossibilité de composer. L’utilisation d’une œuvre dans une autre édition que l’édition autorisée est assimilée à une fraude.

Groupes 1 - Le sonnet dans la littérature occidentale (Damien Mollaret) 

“Scorn not the Sonnet, Critic”

(« Ne ris point du sonnet, ô critique ! »)

 Cette injonction de l’Anglais Wordsworth sera reprise par le Français Sainte-Beuve et le Russe Pouchkine. Au XIXe siècle ces trois poètes écrivent ainsi un sonnet sur l’histoire du sonnet et ses figures marquantes, invitant le critique à reconsidérer cette forme poétique, jadis pratiquée par les écrivains européens les plus illustres.

 

Né en Sicile au XIIIe siècle, popularisé par Pétrarque, le sonnet a conquis toute l’Europe au XVIe siècle. Nabokov s’étonnera de cette « orgie quasi pathologique de production de sonnets à travers l’Europe » au moment où fut composé Don Quichotte (début XVIIe siècle) et de « ce besoin bizarre, encore que relativement estimable, d’emprisonner une émotion, une image ou une idée dans une cellule de quatorze lignes, derrière les barreaux dorés de cinq ou sept rimes – cinq dans les pays latins, sept en Angleterre ». Après une période de déclin, le sonnet européen connaît un nouvel âge d’or au XIXe siècle. Alexandre Pouchkine écrit un roman entier sous forme de sonnets : Eugène Onéguine. En France, Nerval, Baudelaire, Heredia, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud écrivent des sonnets. Au XXe siècle, le sonnet demeure l’une des formes poétiques les plus pratiquées, malgré la concurrence du vers libre et du poème en prose, comme en témoignent les œuvres de Fernando Pessoa, Jorge Luis Borges, Raymond Queneau ou Jacques Roubaud.

 

On lira Eugène Onéguine de Pouchkine ainsi qu’une anthologie bilingue d’auteurs variés (Dante, Pétrarque, poètes de la Pléiade, Shakespeare, Camões, Gongora, Wordsworth, Mickiewicz, Pouchkine, poètes français du XIXe siècle, Nabokov, Borges, Queneau, etc.). En variant les échelles d’analyse (histoire de la poésie occidentale ; recueils de sonnets ; microlectures), on s’intéressera à la façon dont le sonnet est adopté et adapté dans différentes littératures aux systèmes métriques et prosodiques variés. On étudiera les phénomènes d’intertextualité, d’échos et de dialogues entre sonnettistes de langues différentes. On s’intéressera aussi à la question de la traduction du sonnet, notamment avec l’exemple d’Eugène Onéguine, à partir des traductions de Nabokov, Jean-Louis Backès et André Markowicz. Enfin, on apprendra par cœur des sonnets (forme éminemment mnémotechnique, selon Borges) et on essayera d’en écrire.

 

Œuvres au programme

Pouchkine, Eugène Onéguine, édition de Jean-Louis Backès, Paris, Gallimard, 1996.

 

Une anthologie bilingue ainsi qu’une bibliographie seront distribuées en début de cours.

 

En vue de préparer ce cours il est recommandé de (re)lire un certain nombre de sonnets français (disponibles sur internet) composés par les auteurs suivants (ou d’autres) : Du Bellay, 

Ronsard, Louise Labé, Agrippa d’Aubigné, Gautier, Nerval, Baudelaire, Mallarmé, Heredia, Verlaine, Rimbaud, Queneau, Roubaud.

 
Groupe 2 - « Ordonner un chaos, voilà la création » (G. Apollinaire) : la poésie du XXème siècle en France et aux Etats-Unis (Fabienne Diamond)

 

Depuis les romantiques allemands, la « poésie » s’entend comme un acte de réinvention radicale du monde et de la vie par le langage, aux confins « de l’anéantissement et du désordre » (Novalis), pour arriver à « l’inconnu ! » (Rimbaud).  Loin de tout « beau discours », rythmé et imagé mais conforme aux normes grammaticales et aux catégories communes de la pensée, elle propose une expérience de lecture essentiellement déroutante, qui délaisse toute conformité avec des schémas d’écriture et de pensée hérités pour à chaque fois créer une forme, « trouver une langue » (Rimbaud) nouvelles.  Elle se voue ainsi à une perpétuelle transgression des limites, qui affecte :        

— son rapport à la langue et aux langues, redécouvertes dans leur matérialité sensible et leur étrangeté essentielles ; d’où une défamiliarisation de l’acte de lecture qui, rompant avec toute évidence discursive ou référentielle, revêt à son tour une dimension proprement créatrice, en même temps qu’une parenté profonde avec l’acte de traduction.

            — son rapport à toute une série « d’autres » de la poésie, qu’elle intègre à son champ désormais infini : prose littéraire ; arts visuels (le lien de la poésie à la musique étant en revanche très ancien et même originel, même s’il fait l’objet, avec les symbolistes, d’une redécouverte et d’un approfondissement inédit) ; mais aussi « prose » de la parole quotidienne, des journaux, des documents historiques ou juridiques, intégrée à une poésie qui rompt définitivement avec les Règles, le Beau et l’Idéal pour embrasser la multiplicité chaotique du monde.

— son traitement inhabituel des catégories communes de la pensée, sa désorientation de l’espace et du temps, sa fusion de l’intérieur et de l’extérieur, du moi et du monde, du subjectif et de l’objectif.

 

Nous proposons de faire éprouver et partager aux étudiants cette transgression et cette réinvention poétiques perpétuelles, à travers la lecture de la poésie moderniste française et américaine du XXème siècle, dans son rapport essentiellement ambivalent à une modernité industrielle et technologique éprouvée comme un chaos à la fois libérateur et aliénant, fécond autant que destructeur.

 

Corpus

Une anthologie sera distribuée au début du semestre ; elle inclura des textes ou extraits de textes :

— des romantiques allemands, de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé (en guise d’ « ouverture » à la fois historique et théorique)

— de Guillaume Apollinaire et Blaise Cendrars, d’Ezra Pound et William Carlos Williams ; si notre progression du semestre le permet, on y ajoutera peut-être une sélection de textes des objectivistes américains (Zukofsky, Oppen et Reznikoff)

 

Groupe 3 – La poésie comme « contre-terreur » : Fureur et mystère de René Char et Choix de poèmes de Paul Celan (Céline Barral)

 

La Seconde guerre mondiale et la Shoah ont représenté pour les poètes du XXe siècle une rupture radicale, qui périmait les principaux mouvements littéraires antérieurs – symbolisme, surréalisme – et les grandes notions esthétiques, comme le lyrisme. Écrire des poèmes après Auschwitz, était-ce barbare, comme Adorno le déclara dans une formule provocante beaucoup commentée depuis ? Comment la langue pouvait-elle encore prétendre à la vérité, à la beauté, dans une Europe qui avait fait régner la terreur ? René Char, poète et résistant, a cherché à réinventer une pratique de la poésie, entre humanisme et ésotérisme, communauté et secret. Son recueil Fureur et mystère, publié en 1948 regroupe des poèmes écrits avant la guerre, sous l’Occupation puis au rythme de l’engagement dans le Maquis et enfin à la Libération et dans les premières années de l’après-guerre. Il nous pose encore des questions essentielles : comment répondre au rendez-vous de l’Histoire ? Comment éviter de mettre le verbe poétique sous le joug des mots d’ordre politiques ou idéologiques ? Mais comment le poème peut-il alors, en dehors de toute « littérature engagée », être « en avant de l’action », comme le disait Rimbaud en 1871 ? Survivant d’un camp de travail, arrivé à Paris après guerre, Paul Celan, poète juif de langue allemande, d’origine roumaine, traduit René Char, en particulier ces Feuillets d’Hypnos écrits pendant la guerre. De ses principaux recueils, Der Sand aus den Urnen (Le Sable des urnes, 1948), Mohn und Gedächtnis (Pavot et mémoire, 1952), Von Schwelle zu Schwelle (De seuil en seuil, 1955), Sprachgitter (Grille de parole, 1959), Niemandsrose (La Rose de personne, 1963), Atemwende (Renverse du souffle, 1967), l’anthologie que nous étudierons, traduite par Jean-Pierre Lefebvre, donne accès à l’évolution et aux questions lancinantes : comment « désécrire » la langue pour y inscrire la mémoire des disparus ? comment la mémoire et les combats politiques sont-ils toujours, pour Celan, étroitement intriqués ? En quel sens la traduction et l’écriture d’un poème constituent-ils un même geste ? Ces deux poètes nous permettront de travailler sur la crise du lyrisme, l’obscurcissement de la langue et l’aspiration philosophique de la poésie.

 

Œuvres au programme

Se procurer et lire les livres suivants (dans la bonne édition) :

René Char, Fureur et mystère (1948), Gallimard, Poésie/nrf,

Paul Celan, Choix de poèmes (réunis par l’auteur), tr. de l’allemand Jean-Pierre Lefebvre, éd. bilingue, Gallimard, Poésie/nrf, 1998.

 

Indications bibliographiques :

Sur Paul Celan :

Jean Bollack, L’Écrit : une poétique de l’œuvre de Celan, PUF, 2003.

Jean Bollack, Poésie contre poésie. Celan et la littérature, PUF, 2000.

John E. Jackson, Paul Celan. Contre-parole et absolu poétique, Corti, 2013.

Jean-Michel maulpoix, Choix de poèmes de Paul Celan, Gallimard, « foliothèque », 2009.

Sur René Char :

Dictionnaire René Char, D. Leclair et P. Née (éd.), Classiques Garnier, 2015.

Maurice Blanchot, « René Char et la pensée du neutre » et « Parole de fragment », in L’Entretien infini, Gallimard, 1969, p. 439-458.

André Du Bouchet, « Fureur et mystère », Les Temps modernes, avril 1949, n° 42, p. 745-748.

Éric Marty, René Char, Seuil, (« Les contemporains », 1991), « Points poésie », 2007.

—, L’Engagement extatique : sur René Char suivi de Commentaire du fragment 178 des Feuillets d’Hypnos, Houilles, éd. Manucius, 2008.

Jean-Claude Mathieu, La Poésie de René Char ou le sel de la splendeur, t. II « Poésie et Résistance », José Corti, 1985.

Jean-Michel Maulpoix, Fureur et mystère de René Char, Gallimard, « Foliothèque », 1996.

Laure Michel, René Char, le poème et l’Histoire. 1930-1950, Honoré Champion, 2007.

Jean-Pierre Richard, « René Char », in Onze études sur la poésie moderne, Seuil, 1981, p. 81-127.

Paul Veyne, René Char en ses poèmes, Gallimard, « Tel », 1990.

 

Précision sur le contrôle continu : exercices de commentaires de textes à l’oral et à l’écrit et commentaire composé sur table en 4h

 
 
Groupe FAD - La Poésie noire (Marie de Gandt)

Ce programme est réservé à la Formation à distance.

 

On s’interrogera sur la notion de « poésie noire », à la fois comme concept, comme objet de revendication et de débat, ainsi que comme pratique. La poésie est-elle une forme de la tradition littéraire blanche, ou un lieu universel, qui permettrait aux militants d’une identité noire de s’exprimer, voire une forme ouverte aux reconfigurations subversives permettant de forger un outil nouveau ? Derrière ces différentes conceptions de la modernité poétique, se pose une question politique : existe-t-il une écriture noire et une écriture blanche distinctes ? Distinguer un en-deçà du discours militant qui serait une forme première attendant son « fond », le véhicule d’un hypothétique « message » susceptible d’être formulé hors de sa forme poétique, c’est nier l’essence même de la poésie. A travers la poésie noire, c’est donc l’idée de poésie qu’il nous faut interroger.

 

Cette étude s’inscrira dans un contexte historique, celui de la modernité des années 1920-1950, et dans 3 contextes culturels où la revendication d’une identité noire s’est exprimée par le biais de l’écriture poétique : le négrisme hispanophone cubain, la Harlem Renaissance des auteurs américains, la négritude francophone des écrivains africains et caribéens.

En partant de la création poétique des années 1920-1950, on étudiera la réinterprétation de l’héritage des poètes noirs de la modernité, telle que l’ont élaborée le poète californien Ishmaël Reed, la poétesse cubaine Nancy Morejon, et le théoricien de la créolisation Edouard Glissant.

 

Corpus (lecture obligatoire)

Les ouvrages des auteurs marqués d’une astérisque sont à se procurer pour la rentrée, les autres seront conseillés selon leur disponibilité éditoriale.

 

* Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal,

* Léon Gontran Damas, Pigments (1937), Présence africaine, 1962.         

                                   Black Label, Gallimard, 1956.

* Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre, Seuil ,1945.

Nicolas Guillen, Chansons cubaines et autres poèmes, trad. Claude Couffon, Seghers, 1955

  Le chant de Cuba, poèmes 1930-1972, trad. Claude Couffon, Belfond, 1984. 

Les poèmes des auteurs américains, peu ou mal traduits, seront distribués en cours, mais il est possible pour les étudiants anglophones de commencer à lire les œuvres de Claude Mc Kay, Countee Cullen et Langston Hughes.

Contrôle des connaissances

1ère session :

Régime général : contrôle continu

Régime dispensés : Contrôle terminal – Ecrit 4h

2e session : régime général et dispensés : Contrôle terminal – Ecrit 4h

Nature de l’épreuve : Commentaire, dissertation ou essai au choix de l’enseignant

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