Traduction et intermédialité 2 - Université Bordeaux Montaigne

Traduction et intermédialité 2

Code ELP : LJO2U3

Composante : UFR Langues et Civilisations

Période de l'année : Semestre 2

Description

Parcours Lettres :

Enseignant : Stanislas Gauthier

Description

Se traduire à force de radicalité : l’ouverture d’En attendant Godot de Samuel Beckett

 

Godot est sans doute la pièce la plus étudiée de l’Irlandais d’expression française Samuel Beckett, celle qui apporte la notoriété à son auteur, après l’écriture de romans, grâce à la mise en scène de Roger Blin en 1953. Ce cours souhaite retrouver, au-delà de la familiarité des silhouettes de « clochards métaphysiques » d’Estragon et de Vladimir, la force d’inventivité de cette œuvre, cruelle et drôle, qui renouvelle le rapport à la scène théâtrale.

Sur un plateau presque nu, des corps endimanchés et défectueux, des mouvements grotesques ou hiératiques, une parole rare ou volubile, des jeux de mots grivois et des histoires éculées... Les personnages attendent Godot. Beckett dérègle le temps qui conduit habituellement à la catastrophe, rétif à tout héritage. Refusant de devenir un modèle, son œuvre semble mettre en crise l’idée même de transmission. Une lettre adressée à Axel Kahn, écrite en allemand en juillet 1937, indique l’agressivité qui la meut, mais aussi le flux sans concessions qu’elle recherche :

« Cela devient de plus en plus difficile pour moi, pour ne pas dire absurde, d’écrire en bon anglais. Et de plus en plus ma propre langue m’apparaît comme un voile qu’il faut déchirer pour parvenir aux choses (ou au néant) qui se cachent derrière. La grammaire et le style. Ils sont devenus, me semble-t-il, aussi incongrus qu’un costume de bain victorien ou le calme imperturbable d’un vrai gentleman. Un masque. Espérons que viendra le temps (et, Dieu merci, dans certains milieux il est déjà venu) où l’on usera de la langue avec le plus d’efficacité là où à présent on en mésuse avec le plus d’efficacité. Étant donné que nous ne pouvons éliminer le langage d’un seul coup, il ne faut rien négliger de ce qui peut contribuer à le discréditer. Y forer des trous, l’un après l’autre, jusqu’au moment où ce qui est caché derrière, que ce soit quelque chose ou rien, se mette à suinter à travers. »

Le comité Nobel de littérature, qui couronne Beckett en 1969, parle d’une « écriture qui […] dans la destitution de l’homme moderne acquiert son élévation ».

Le choix du théâtre dramatise le rapport à la langue. Godot est l’une des dernières pièces écrites en français, mais elle amplifie un mouvement d’autotraduction de la part de Beckett, qui écrit d’abord ses pièces, après Fin de partie, en anglo-irlandais pour traduire ensuite chacune d’elles en français. Qui plus est, dans la lignée du travail psychanalytique qu’il entreprend à la fin de 1933, la scène permet de révéler, entre les langues, ce qui leur résiste et ce qui reste quand tout a été épuisé. En somme, le théâtre de Beckett est une expérience très physique, liée au corps et à une désarticulation voire à une béance du langage. Jean Anouilh a défini Godot comme « les Pensées de Pascal jouées par les Fratellini », et il est vrai que le dispositif mis en place par Beckett, suscitant de nombreux numéros d’acteurs, rappelle le cirque.

Le cours s’attachera à considérer l’œuvre dans toutes ses composantes, en proposant de nombreuses activités de lectures, notamment des comparaisons de traduction. La dimension scénique du texte de théâtre ne sera pas oubliée dans l’analyse d’images de plateau, d’extraits de pièces et de spectacles. On cherchera enfin à mettre en voix le texte et à le jouer pour être sensible à ses différentes spécificités.

 

Se procurer et lire le plus tôt possible :

Samuel BECKETT, En attendant Godot, Éditions de minuit, 1952.

Pascale SARDIN (éd.), Beckett L’ouverture de Godot « Rien à faire », Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 2013, coll. « Translations » n°4.

Et en complément : Samuel BECKETT, Fin de partie, Éditions de minuit, 1957.

Contrôle des connaissances

Session 1 : contrôle continu (régime général) ou oral 20 min (dispensés)

Session 2 : oral (20 mn)

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