Théorie littéraire et plurilinguisme 4 - Université Bordeaux Montaigne

Théorie littéraire et plurilinguisme 4

Crédits ECTS : 5

Volume horaire TD : 30

Code ELP : LJB4Y1

Composante : UFR Langues et Civilisations

Période de l'année : Semestre 4

Description

Présentation de l’UE :  

La Licence Babel est une formation littéraire associant des parcours spécialisés (en langue française – parcours Lettres, ou en langue italienne – parcours Italien) à une approche internationale et plurilingue du fait littéraire.

La langue, matériau de l’écrivain, n’est pas un tout pur et non mélangé. Quoique servant des enjeux politiques, étroitement liée à l’émergence des nations, la littérature est un espace sans frontière qu’il s’agira d’apprendre à penser dans sa globalité.

Le cours Théorie littéraire et plurilinguisme propose ainsi une réflexion sur la notion de « littérature mondiale ». Comment penser un tel objet ? Le pense-t-on de la même façon, partout dans le monde ? Comment concilier théorie générale (« qu’est-ce que la littérature ? »), singularité du geste créateur, et plurilinguisme ? Dans cette UE, les étudiants des deux parcours sont mélangés.

 

Programme :

 

« Éliminer les mots » ? Théâtre et Orient.

Victor Segalen écrivait dans son Essai sur l’exotisme : « Ne nous flattons pas d’assimiler les mœurs, les races, les nations, les autres ; mais au contraire éjouissons-nous de ne le pouvoir jamais ; nous réservant ainsi la perdurabilité du plaisir de sentir le Divers. » Loin du pittoresque de l’orientalisme fin de siècle, loin de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’appropriation culturelle », l’exotisme peut ainsi être un art de cultiver le divers et de reconnaître l’Autre comme « porteur d’un ailleurs irréductible et toujours atopique » (Francis Affergan, Exotisme et altérité, 1987). Ainsi, la rencontre entre les dramaturges européens et les théâtres traditionnels d’Extrême-orient s’est faite autour d’un désir de transgression et de sortie de soi. Le théâtre balinais a représenté pour Antonin Artaud un théâtre « pur », qui « élimine l’auteur » : « une impulsion psychique secrète qui est la Parole d’avant les mots », une « poésie dans l’espace », qui « se confond elle-même avec la sorcellerie » (Le Théâtre et son double, 1931). Pour le cinéaste russe Eisenstein, la rencontre avec l’acteur d’opéra chinois Mei Lanfang et avec le théâtre kabuki japonais a été décisive pour rompre avec la mimésis de la tradition occidentale – l’art comme imitation ou représentation –, et pour promouvoir, contre le réalisme socialiste et contre la notion de figure, une théorie esthétique de l’image totale. Brecht a trouvé dans le jeu de l’acteur chinois un modèle pour sa théorie de la distanciation.

Paradoxalement, c’est au moment où le théâtre parlé occidental se généralisait dans le monde que ces dramaturges renouvelaient le théâtre à la source des traditions orientales. En offrant des formes d’art qui, aux yeux d’un Artaud, « élimin[ait] les mots », ces traditions leur ont permis de mettre radicalement en cause le primat du discours sur la scène.

Nous étudierons plusieurs pièces qui, de manière différente, font usage de ce lointain oriental et de ces traditions théâtrales différentes : Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht (1938-1944), Tambours sur la digue d’Hélène Cixous (1999) et Histoire du tigre de Dario Fo (1979).

Hélène Cixous, sous le masque d’un vieux poète chinois nommé Hsi-Xhou (!), écrit une pièce « sous forme de pièce ancienne pour marionnettes jouée par des acteurs », en luttant contre les « grands textes monumentaux qui architectent sa mémoire » et en recherchant l’apesanteur du théâtre nô. En s’inspirant de la codification des gestes dans l’opéra chinois, Brecht, lui, cherche à renouveler le symbolisme européen, à transformer le jeu de l’acteur et à faire parabole. Dario Fo trouve dans la fable chinoise une forme de liberté qui rejoint celle de la commedia dell’arte. Il joue la Chine populaire, ancienne, où résonnent les dialectes, contre la Chine maoïste, où l’art est écrasé par le dogme.

Nous lirons aussi la pièce chinoise de l’époque Yuan dont s’est inspiré Brecht, et des extraits d’opéra chinois du XXe siècle, afin de décentrer notre regard et d’évaluer par nous-mêmes les ressorts littéraires de ce théâtre.

Œuvres au programme : se procurer les œuvres dans la bonne édition et les lire avant le début du semestre :

Antonin Artaud, Le Théâtre et son double, Gallimard, « Folio essais », 1985. Lire en particulier « Le théâtre balinais » (1931) et « Théâtre oriental et théâtre occidental ».

Bertolt Brecht, Le Cercle de craie caucasien (Der Kaukasische Kreidekreis,1938-1944), tr. de l’allemand par Georges Proser,L’Arche, 1997.

Hélène Cixous, Tambours sur la digue, Théâtre du Soleil, 1999.

Dario Fo, Histoires du tigre et autres histoires (Storia della Tigre e altre storie, 1979), tr.-adapt. de l’italien par Toni Cecchinato et Nicole Colchat, nouvelle version, L’Arche, 2016. Attention à bien acheter cette édition.

 

À lire en ligne sur le site Gallica : Hoeï-lan-ki ou L’histoire du cercle de craie : drame en prose et en vers, tr. du chinois par Stanislas Julien (1832) [Gallica]

L’adaptation allemande dont s’est inspiré Brecht a été retraduite en français : Klabund, Le Cercle de craie, tr. Pierre Deshusses, M. Milo, 2003.

 

Lecture complémentaires (œuvres disponibles à la BU) :

Bertolt Brecht, Celui qui dit oui, celui qui dit non, in Théâtre complet II, L’Arche, 1974. (inspiré d’une pièce de théâtre nô : Taniko)

—, Écrits sur le théâtre, Gallimard, Pléiade, 2000.

Hélène Cixous, L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, Théâtre du Soleil, 1987.

Dario Fo, Le Gai savoir de l’acteur (Manuele minimo dell’attore, Einaudi, 1987), L’Arche, 1990.

Heinrich von Kleist, « Sur le théâtre de marionnettes » (1810), tr. de l’allemand par Brice Germain, Sillage, 2010.

 

Zeami et autres, La Lande des mortifications : 25 pièces de nô, tr. du japonais par Armen Godel et Koichi Kano, Gallimard, Connaissance de l’Est, 1994. Lire Taniko.

Les Opéras des bords de l’eau : théâtre Yuan XIIIe-XIVe siècles, PAF, 1983.

Marcel Granet, Danses et légendes de la Chine ancienne (1826), PUF, 3e rééd., 1994.

Jacques Pimpaneau, Chine : l’opéra classique : Promenade au jardin des poiriers, Les Belles Lettres, 2014.

La Prise de la montagne du tigre, Pékin, éd. en langues étrangères, 1971.

En ligne : http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/sources-orientales/des-traditions-orientales-a-la/l-influence-de-l-orient-au-theatre/un-vrai-masque-ne-cache-pas-il

 

Mises en scène et films : (disponibles à la BU)

Hélène Cixous, Ariane Mnouchkine, Tambours sur la digue, SCEREN-CNDP, 2h16, 2004.

Dario Fo et Franca Rame, Storia della tigre, dvd Milano, Fabbri editori, Tutto il teatro di Dario Fo, 2006, 2h.

Contrôle des connaissances

Session 1 : contrôle continu (régime général) ou écrit 4h (dispensés)

Session 2 : écrit 4h

< Liste des matières

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