Littérature comparée 2 - Université Bordeaux Montaigne

Littérature comparée 2

Crédits ECTS : 4

Code ELP : LDL2Y2

Lieu(x) d'enseignement : Bordeaux et agglomération

Composante : UFR Humanités

Langue d'enseignement : Français

Période de l'année : Printemps

Plage horaire : Journée

Description

Responsable de l’UE : Blandine Puel

Intervenants :

Majeures :  Céline Barral, Jean-Paul Engélibert, D. Gachet, V. Partensky

Mineures : Mounira Chatti, Christine Dethan, Stanislas Gautier, Edgar Henssien, Eva Monclus-Baros, Margaux Valensi

Babel : Vérane Partensky

 

 Évaluation :

 1ère session :

Régime général : contrôle continu

Dispensés : contrôle terminal – écrit 4h

2e session : régime général et dispensés : contrôle terminal – écrit 4h

Nature de l’épreuve : Commentaire, dissertation ou essai au choix de l’enseignant

 

Informations complémentaires

Seul le programme de Mme Partensky est proposé à la FAD. Ce programme est proposé aussi bien en majeure qu’en mineure.

 

Présentation de l’UE :  

Les cours à destination des étudiants de Lettres modernes sont consacrés à l’étude d’œuvres théâtrales. Le cours Babel s’inscrit dans une réflexion sur le roman. Les cours proposés en mineures sont conçus comme une initiation à la littérature comparée indépendamment d’un angle générique particulier.

 

Récapitulatif

 

Groupe 1

Céline Barral -  Théâtre politique au XXe siècle 

Groupe 2

Jean-Paul Engélibert - Le théâtre de l’entreprise : Michel Vinaver

Groupe 3

Delphine Gachet – Le mythe de Dom Juan

Groupe 4

Jean-Paul Engélibert - Le théâtre de l’entreprise : Michel Vinaver

Groupe 5

Vérane Partensky – Théâtre du complot

Groupe 6 Babel

Vérane Partensky - Le roman en procès  (Vérane Partensky)

Mineures

 

Groupe 7

Stanislas Gautier - Penser un monde commun après la Guerre froide

Groupe 8

E. Henssien - Imaginaire de la matière dans le roman contemporain

Groupe 9

 

Groupe 10

 

Groupe 11

Edgar Henssien - Imaginaire de la matière dans le roman contemporain

Groupe 12

Margaux Valensi - Poésie & Histoire : le romancero de la Guerre d’Espagne

Groupe 13

M. Chatti - Orient/Occident : Figures de l’étranger et discours de l’exil dans les écritures plurilingues du monde arabe

Groupe 14

M. Chatti - Orient/Occident : Figures de l’étranger et discours de l’exil dans les écritures plurilingues du monde arabe

Groupe 15

Eva Monclus-Baros - Récits et Histoire du 20e siècle : mémoires conflictuelles au Proche Orient

Groupe 16

Christine Dethan - « Nommer et construire la mémoire qui nous manque »

Groupe 17

Suspendu (ouverture selon les effectifs)

Groupe 18

Suspendu (ouverture selon les effectifs)

FAD

Théâtre du complot (Vérane Partensky) : pour les dispensés, le programme proposé à la FAD est celui du groupe 5 (théâtre du complot) aussi bien pour les majeures que pour les mineures.

 

 

Programmes 

Important : les étudiants doivent se procurer les textes au programme dans les éditions indiquées à l’exclusion d’aucune autre. Pour l’examen, ils doivent impérativement se munir des œuvres et, le cas échéant, des fascicules de textes fournis par l’enseignant. On rappelle que, pour les commentaires, les textes ne sont pas généralement pas reproduits ; les étudiants qui n’auraient pas apporté les œuvres seront dans l’impossibilité de composer. L’utilisation d’une œuvre dans une autre édition que l’édition autorisée est assimilée à une fraude.

 

Lettres modernes (Théâtre)

 

Groupe 1 - Théâtre politique au XXe siècle (Céline Barral)

 

Bertolt Brecht révolutionne à partir des années 1930, en Allemagne puis en exil, l’écriture théâtrale, le jeu et la mise en scène. En puisant dans des récits picaresques, dans des chroniques historiques ou dans des fables orientales, il 

propose un « théâtre épique », qui rompt avec les règles de l’action dramatique. Il critique radicalement l’illusionnisme et l’identification sur lesquels reposait l’expérience ordinaire du spectateur de théâtre : il propose de créer sur la scène des « effets de distanciation » pour que le théâtre agisse sur les croyances des spectateurs. L’œuvre de Brecht a profondément transformé le théâtre à travers le monde, en proposant un art engagé qui ne se contente pas d’énoncer des thèses. Sa réception en France est contrastée, enthousiaste puis nuancée chez le théoricien Roland Barthes, méfiante voire hostile chez un écrivain comme Albert Camus, dont le théâtre, très politique lui aussi, prend une tout autre direction. Camus conçoit le théâtre en termes non de dialectique mais de communion : le dramaturge doit réussir à « traduire les souffrances et le bonheur de tous dans le langage de tous », et être ainsi « compris universellement ».

Ces choix divergents dans la représentation et la pratique du politique nous invitent à relire de près les œuvres, qui se nourrissent de réécritures, de mythes, d’inventivité formelle, et non pas seulement de thèmes politiques. Nous serons amenés à mobiliser des notions clés du théâtre moderne – celles de parabole, d’allégorie, de situation –, à réfléchir à ce qui distingue un théâtre dramatique, un théâtre tragique et un théâtre épique, à comprendre ce que peut être un théâtre pour les « enfants de l’ère scientifique », qui sont aussi les enfants des totalitarismes et de la crise des idéologies.

 

Lectures obligatoires

Bertolt BRECHT, Mère Courage et ses enfants, dans Théâtre complet (1937-1940), volume 4, Paris, L’Arche, 1975.

Albert CAMUS, Les Justes, éd. Pierre-Louis Rey, Paris, Gallimard, coll. « Folio Théâtre », 2008.

 

Lectures complémentaires :

BRECHT, La Vie de Galilée, Homme pour homme, Celui qui dit oui, celui qui dit non (dans Brecht, Théâtre complet, L’Arche, vol. I, II, IV). Et Petit 

Organon pour le théâtre, L’Arche, 1990. Ou Écrits sur le théâtre, Paris, L’Arche, 1972.

 

CAMUS, Les Possédés et L’Homme révolté (dans Œuvres complètes, vol. III et IV, Gallimard, « Pléiade », 2008) et ses conférences de 1957 à l’occasion de la réception du prix Nobel (en ligne : http://classiques.uqac.ca/classiques).

 

Quelques pistes critiques :

Th. W. ADORNO, « Engagement », in Notes sur la littérature, Paris, Flammarion, 2009.

Hannah ARENDT, Vies politiques, Paris, Gallimard, 1974.

Roland BARTHES, Essais critiques, Paris, Le Seuil, 1964. Ses articles dans la revue Théâtre populaire  en 1954-1955 ont été fondateurs dans la réception de Brecht en France.

Walter BENJAMIN, Essais sur Brecht, Paris, La Fabrique, 2003. Surtout « Qu’est-ce que le théâtre épique ? (2e version) »

Georges BATAILLE, « Le temps de la révolte », Critique, n° 56, janvier 1952. Disponible en ligne : www.larevuedesressources.org (onglet Idées, Controverses).

 

Peter SZONDI, Théorie du drame moderne (1959), Belfort, Circé, 2006.

Jean-Paul SARTRE, Un théâtre de situations (1973), Paris, Gallimard, 1992. Surtout « Théâtre épique et théâtre dramatique » (1960).

Jean-Pierre SARRAZAC, La Parabole ou l’enfance du théâtre, Belfort, Circé, 2002.

Groupes 2 et 4 - Le théâtre de l’entreprise : Michel Vinaver (Jean-Paul Engélibert)

 

Faire de l’entreprise le lieu d’une intrigue théâtrale était pour Michel Vinaver en 1967, quand il a entrepris la rédaction de Par-dessus bord, une manière de renouveler l’écriture dramaturgique en faisant de situations ordinaires et de passions communes les ressorts de l’action. La pièce fait de l’entreprise un monde ; au cœur de l’intrigue, la succession d’un industriel figure la transition d’une époque à l’autre, du capitalisme familial de l’après-guerre au système mondialisé d’aujourd’hui. En 2009, le dramaturge japonais Oriza Hirata adapte la pièce de Vinaver en la transposant dans le Japon du XXIe siècle. On étudiera dans les deux pièces le passage d’un monde à l’autre et sa représentation dans une esthétique post-brechtienne engagée dans le déchiffrement des réalités économiques et politiques contemporaines.

 

Bibliographie

Œuvres étudiées. A se procurer dans l’édition indiquée à l’exclusion d’aucune autre (NB. Par-dessus bord a fait l’objet de plusieurs éditions dans des états différents, parfois considérablement raccourcis, d’une version « hyper-brève » à la version intégrale de 2010 : il est indispensable de la lire dans cette dernière pour que nous travaillions tous sur le même texte).

Vinaver, M. Par-dessus bord (1972), version intégrale suivie de son adaptation japonaise, Oriza Hirata, La hauteur à laquelle volent les oiseaux, Paris, L’Arche, 2010.

 

Critique, théorie, textes périphériques

Bradby, D. The Theater of Michel Vinaver, The University of Michigan Press, 1993.

Eigenmann, E. La Parole empruntée. Sarraute, Pinget, Vinaver. Paris, L’Arche, 1997.

Engélibert, J.-P. « Scènes de famille à l’âge de la consommation : l’héritage impossible », in C. Andriot-Saillant (dir.) , Paroles, langues et silences en héritage, Clermont-Ferrand, P.U. Blaise Pascal, 2009, p. 353-372.

Lallias, J.-C. (dir), Théâtre aujourd’hui, n° 8, juillet 2000, « Michel Vinaver ».

Noujaim, M. Le Théâtre de Michel Vinaver. Du dialogisme à la polyphonie. Paris, L’Harmattan, 2012.

Revue d’études théâtrales, hors-série 1, « Michel Vinaver, côté texte/côté scène », 2008.

Thomasseau, J.-M. et Corvin, M. (dir.), Europe, n° 924, avril 2006, « Michel Vinaver ».

Ubersfeld, Anne, Vinaver dramaturge, Paris, Librairie théâtrale, 1990.

Vinaver, M. Ecrits sur le théâtre, 1 et 2, Paris, L’Arche, 1998.

 

Groupe 3 -  Le mythe de Don Juan (Delphine Gachet)

 

Il s’agit dans ce TD d’étudier, en s’attachant à quelques œuvres emblématiques, le devenir du mythe de Don Juan. Quand Molière écrit son Dom Juan, pour la théâtre en 1665, quand Mozart et Da Ponte présentent Don Giovanni à l’opéra en 1787, ces auteurs reprennent mais aussi revisitent l’œuvre initiale de l’espagnol Tirso de Molina (El Burlador de Sevilla, 1630). A des époques différentes, dans des milieux culturels et linguistiques différents, comment cette figure littéraire majeure qu’est Don Juan évolue-t-elle ? Et dans quelle mesure fait-elle varier l’interprétation du mythe? Qu’est-ce qui, dans celui-ci, plait, intrigue, dérange ou fascine selon les temps et les lieux ?

Il s’agira d’interroger les œuvres au programme dans leur triple dimension : littéraire, scénique et dramaturgique.

Cette étude comparée pour s’enrichir d’excursions vers le cinéma (Don Juan ou le Festin de pierre de Bluwal (1965) / Don Giovanni, de Losey (1979)

 

Textes de référence  

(il est obligatoire que les étudiants acquièrent les éditions référencées ci-dessous)

MOLIERE , Jean-Baptiste Poquelin, dit. Dom Juan (1665), Paris, Flammarion, Coll. « GF Flammarion », 2013.

Lorenzo DA PONTE, Don Giovanni - Don Juan (1787), Michel Orcel (Traduction), Paris, Flammarion , Coll. « Garnier Flammarion / Théâtre bilingue », 1994.

Lectures complémentaires :

- Il est indispensable de lire le texte de Tirso de Molina (L’Abuseur de Séville)

Une bibliographie critique sera proposée aux étudiants à la première séance.

 

Groupe 4 – voir ci-dessus (même programme que le groupe 2)

 

Groupe 5 – Théâtre du complot (V. Partensky)

Ce programme est proposé à la FAD

 

Ce programme propose de mettre en relation théâtre romantique et théâtre élisabéthain dans une réflexion qui permettra de réfléchir à la question des genres dramatiques, du traitement du politique au théâtre, et des relations entre représentation dramatique et secret, entre théâtre de la cité et conscience individuelle. Il sera l’occasion d’une exploration des fonctions et des modalités de l’écriture dramatique, mais aussi d’une réflexion sur les conditions du passage à la scène.

 

Textes de référence :

William Shakespeare, Macbeth, traduction Yves Bonnefoy, Gallimard, Folio classique, 2016

Friedrich Schiller, Les Brigands, Paris, L’Arche, 1998

Il est vivement conseillé de se référer au texte original au moins pour le texte anglais, que vous trouverez facilement sur internet.

 

 

Programme Babel
Le roman en procès  (Vérane Partensky)

 

« La littérature n’est pas innocente, et coupable, elle devait à la fin s’avouer telle » : ce cours, qui explore deux romans consacrés à la mise en scène du mal, est conçu comme une réflexion sur ce jugement de George Bataille. Œuvre majeure du romantisme noir, Le Moine de Lewis raconte l’histoire d’une tentation et d’un pacte diaboliques. Texte initiatique, relatant la confrontation de l’innocence au monde et le nécessaire apprentissage du mal, ce roman, reçu comme une œuvre scandaleuse à la fin du XVIIIe siècle, a été rapidement diffusé dans toute l’Europe et a nourri l’imaginaire littéraire. Quelques lustres plus tard, Hoffmann s’empare de cette œuvre et en propose, avec Les Elixirs du diable, une magistrale réécriture. Conçu comme une initiation à la littérature comparée, ce cours permettra d’envisager une question de réception et de mettre en évidence la manière dont les œuvres dialoguent entre elles. On s’intéressera à la manière dont le texte de Lewis s’inscrit dans le champ littéraire du roman gothique qui s’épanouit à la fin du XVIIIet on étudiera la question de l’appropriation littéraire, par Hoffmann tout d’abord, qui met en scène dans son roman la lecture du roman de Lewis, puis par Antonin Artaud, auteur surréaliste qui traduit le Moine ou plutôt, pour reprendre ses propres termes, donne « une sorte de ‘copie’ en français du texte anglais original ». On s’intéressera ainsi au jeu de la référence littéraire et aux questions d’intertextualité ainsi qu’à la question de la traduction et de la réécriture et on verra, plus largement, comment ces romans mettent en scène les pouvoirs, les séductions et les dangers du langage. 

Corpus :

Attention : les étudiants doivent nécessairement se procurer les œuvres du corpus dans les éditions indiquées ci-dessous à l’exclusion d’aucune autre (il est important que nous ayons tous la même traduction et la même pagination).

— Antonin Artaud, Le Moine (de Lewis) Paris, Gallimard, Folio n° 690, 1966

— E. T. A. Hoffmann, Les Elixirs du diable, traduction Alzir Hella et Olivier Bournac, Paris, Stock, 2002

Des textes critiques seront distribués aux étudiants au cours du semestre. Ils devront faire l’objet d’une lecture particulièrement attentive. On pourra également consulter utilement le texte de Lewis en langue originale et, pour les étudiants ayant fait de l’allemand, celui d’Hoffmann, dans les éditions souhaitées. A titre indicatif :

— Lewis, The Monk, Penguin Classics, 1998

— E. T. A Hoffmann, Die Elixiere des Teufels, Reclam, 1975

 

Programmes Mineures Lettres (Initiation à la littérature comparée)

 

Groupe 7 – Penser un monde commun après la Guerre froide : Orwell, Aragon, Wolf (enseignant : Stanislas Gauthier)

 

Perspectives

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une histoire récente marquée par des images Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une histoire récente marquée par des images de dévastation et par l’horreur absolue des camps d’extermination, l’Europe tente de se reconstruire en suivant un chemin qui ne cesse de poser question. Après les exclusions qui caractérisèrent 

à de multiples niveaux les années 1920 et 1930, l’argent est utilisé pour réparer l’irréparable, sans que soit posée la question du sens de son usage. Les blessures sont pansées à coups d’apports de capitaux et d’injonctions de choisir son camp et de s’y conformer, comme s’il s’agissait de rompre avec l’illusion lyrique, tenue pour responsable des désastres des décennies précédentes. Fondée sur l’oubli des sujets et sur le positivisme, la Guerre froide se caractérise par la rupture avec le Communiste ou le Capitaliste, vu comme un agent du mal absolu, alors même que l’on entre dans une rivalité avec lui.

Explicitement ou indirectement engagés à éclairer les masses, les arts et les sciences cherchent à protéger leur autonomie en précisant leurs propres méthodes et en développant un langage technique qui les isole de l’emprise du pouvoir. Cette institutionnalisation des disciplines, commencée au XIXe siècle, garantit leur reconnaissance, mais enferme aussi la réflexion qu’elles proposent. Habitués à la circulation et à l’échange des idées, les écrivains ont souffert tout particulièrement de cette rigidification de la pensée. Les textes d’Orwell, d’Aragon, de Wolf, réunis ici, ont proposé, selon des manières à chaque fois singulières, d’imaginer un monde au-delà de la Guerre froide. Un premier objectif de ce cours sera de comprendre les voies et détours que peut prendre une pensée politique. En réunissant des étudiants venus de différentes UFR, il aura également l’ambition d’évaluer le savoir apporté par une pensée mythique de la littérature. Le choix d’une perspective entre l’Est et l’Ouest permettra enfin de souligner combien la réception d’une même œuvre varie selon le point de vue qui l’observe.

 

Des indications bibliographiques complémentaires seront distribuées au début du semestre.

 

Corpus (lectures obligatoires)        

1984 (1949) de George Orwell, trad. Amélie Audiberti. Gallimard, coll. folio (n°822).

Le Fou d’Elsa (1963) de Louis Aragon, Gallimard, coll. Poésie.

Médée (1996) de Christa Wolf, trad. Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Stock, coll. La Cosmopolite.

 

Groupes 8 et 11 : Imaginaire de la matière dans le roman contemporain (Enseignant : Edgar Henssien)
 

Perspectives :

Les grandes passions théoriques du XIXème et du XXème siècle ont fait la part belle à un « matérialisme » qui pose la question de l’inscription de l’individu dans un monde sans Dieu et ramené à la première part de ses déterminations politiques. La réflexion sur la matière et le « matérialisme » a ainsi, pendant plusieurs décennies, été polarisée par le débat entre les tenants d’un scientisme radical et ceux d’une pensée militante où la place de l’œuvre d’art, et plus encore de l’œuvre littéraire, est tout sauf assurée.

            Ce cours se proposera donc de dégager, dans l’étude du roman contemporain, une nouvelle voie de réflexion à partir de l’implication poétique du « matérialisme ». Aciers, bétons, liquides, matériaux naturels et matériaux artificiels, matériaux durs ou mous, corps organiques ou inorganiques, tous participent à la construction d’un univers de fiction, sans que les lecteurs ne s’interrogent jamais vraiment sur les implications de la présence de ces matières dans la fiction : c’est sur ces éléments que le cours attirera l’attention.  

            Ce cours se veut aussi une initiation en acte aux méthodes de la littérature comparée pour les étudiants. En ce sens, une attention toute particulière sera portée à la littérature de l’extrême-contemporain, stimulante et souvent trop peu étudiée. Nous nous intéresserons ainsi à trois romans, ceux de Goncalo M. Tavares (Apprendre à prier à l’aire de la technique), Vladimir Sorokine (Le lard bleu) et Antoine Volodine (Dondog), afin de fonder la réflexion sur une analyse précise des textes, et de manière à pouvoir engager un débat sur les œuvres avec les étudiants. Dans une perspective similaire, 

certains aspects de l’œuvre de Pierre Guyotat en rapport avec la thématique du cours seront abordés. 

 

Corpus (lectures obligatoires)

Vladimir Sorokine, Le lard bleu, trad. Bernard Kreise, Paris, Editions de l’Olivier, 2007, 417 p. 

Gonçalo M. Tavares, Apprendre à prier à l’ère de la technique, trad. Dominique Nédellec, Paris, Seuil, coll. Points, 2014, 367 p.

Antoine Volodine, Dondog, Paris, Seuil, coll. Points, 2003, 368 p.  

 

 

Groupe 12 : Poésie & Histoire : le romancero de la Guerre d’Espagne : la génération de 36 & les poètes du monde (Enseignant : Margaux Valensi)
 

Perspectives :

C’est à partir d’un moment dramatique de l’Histoire européenne, la Guerre d’Espagne (1936-1939), que ce cours se propose de réfléchir aux rapports qu’entretiennent la Poésie et l’Histoire. Le début de la Guerre, marqué par la mort du célèbre poète espagnol, Federico Garcia Lorca, mobilise immédiatement les poètes espagnols contre le franquisme, et rapidement des poètes et des artistes du monde entier : Pablo Picasso (Espagne), David Alfaro Siqueiros (Mexique), Pablo Neruda (Chili), W.H Auden (Grande-Bretagne), Louis Aragon et Paul Éluard (France), parmi d’autres, s’engagent dans la défense du peuple espagnol, mettent leur voix et leur énergie au service des Républicains.

Dès lors notre approche sera double : c’est en lisant de près les textes des poètes espagnols, ceux de Federico Garcia Lorca, de Miguel Hernández et de Rafael Alberti, puis ceux de Pablo Neruda, poète chilien alors présent en

Espagne et immergé dans le drame, que l’on observera comment la poésie se saisit de l’Histoire, fait face à l’événement.

Ce moment est également un temps fort de fédération des artistes du monde entier qui mettent en place des institutions pour soutenir la cause espagnole : l’émergence de cette internationale poétique sera aussi le prisme par lequel l’on engagera une réflexion sur le rôle des poètes et des artistes dans l’Histoire.

 

Corpus  (lectures obligatoires) :

Le Romancero de la Guerre d’Espagne, anthologie poétique, Paris, Le Temps des Cerises, 2016.

NERUDA, Pablo, « Troisième Résidence », in Résidence sur la terre,  trad. fr. de Claude Couffon, Paris, Gallimard/Poésie, 1972.

 

Proposition de lectures complémentaires (facultatives)

 

Garcia Lorca, Federico,  Complaintes gitanes, trad. fr. Line Anselem, Éditions Allia, 2014.

La Generación de 1936, Antología poetica, Madrid, Taurus, 1979.

NERUDA, Pablo, J’avoue que j’ai vécu, trad. fr. (Chili) de Claude Couffon, Paris, Gallimard, Folio, n° 1822, 1975.

AUDEN, W.H, Poésies choisies, trad. fr. de Jean Lambert, Gallimard/Poésie, 2005.

HEMINGWAY, Ernest, Pour qui sonne le glas, trad. fr. de Denise Van Moppès, Paris, Gallimard, Folio, 2012.

HEMINGWAY, Ernest, L’Adieu aux armes, trad. fr. de Maurice-Edgar Coindreau, Paris, Gallimard, Folio, 1982.

MUÑOZ-MOLINA, Antonio, Dans la grande nuit des temps, trad. fr. de Philippe Bataillon, Paris, Seuil, Points, 2013.

MALRAUX, André, L’Espoir, Paris, Gallimard, Folio, 1972.  

Groupes 13 et 14 : Orient/Occident : Figures de l’étranger et discours de l’exil dans les écritures plurilingues du monde arabe (Enseignant : Mounira Chatti)
 

Perspectives:

Les écritures plurilingues issues du monde arabe mettent en scène l’aventure occidentale ou le « voyage à l’envers » devenant ainsi le théâtre de l'identité et de l'altérité. Les écarts de ce déplacement poétique et politique renouvellent les représentations traditionnelles de l’Orient et de l’Occident. Dans The Prophet (1923), Gibran Khalil Gibran (Liban) décrit l’étranger Almustafa (l’élu et le bien-aimé) sous les traits d’un « prophète » dont la parole renouvelle les références orientales et occidentales. S’interrogeant sur les ambiguïtés de la réception de Gibran, figure de proue du Cercle des écrivains immigrants (al-mahjar), Amin Maalouf note : « Ouvrage inclassable, et auteur tout aussi inclassable, puisqu’il a écrit la plupart de ses livres en arabe, sa langue maternelle, mais que son œuvre maîtresse, The Prophet, a été écrite en anglais. Ni tout à fait Libanais, ni tout à fait Américain, ni philosophe, ni poète. […] C’est peut-être, d’ailleurs, le destin de Gibran, de demeurer ainsi longtemps, trop longtemps, dans le purgatoire des lettres, exilé comme il l’a toujours été » (« Préface »). Chez Tayeb Salih (Soudan), la confrontation entre l’Orient et l’Occident se joue des clichés et se dénoue de manière tragique : « On attrape la maladie au Nord et on va au Sud pour la guérir, au risque que le lieu de la convalescence ne se transforme en un tombeau » (Y. Clavaron). À l’instar de Sohrawardi (1155-1191) dont il a traduit et commenté des extraits, Abdelwahab Meddeb (Tunisie) déclare que « l’exil occidental » doit se résoudre par le retour vers l’Orient : « Le désastre, écrit-il à propos de ce philosophe mystique persan, mène de l’obscurité à la lumière, de la nuit à l’aurore, de l’Occident à l’Orient. » Située au confluent de plusieurs langues (turc, arabe, français et anglais), Etel Adnan interroge sa condition d’exilée et de poète enracinée dans la langue.

Corpus : lectures obligatoires

Gibran Khalil Gibran, Le Prophète (The Prophet, 1923), Le Livre de Poche, 1993, trad. de l’anglais (États-Unis) par Jeanine Levy.

Tayeb Salib, Saison de la migration vers le nord (Mawsim al-hijra ilâ ash-shamâl, 1966), trad. de l’arabe (Soudan) par Abdelwahab Meddeb et Fady Noun, Poche, 2006

Abdelwahab Meddeb, L’Exil occidental, Albin Michel, 2005.

Etel Adnan, Au cœur du cœur d’un autre pays (Il the Heart of the Heart of Another Country), Tamarys, 2010, trad. de l’anglais (États-Unis) par Eric Giraud.

 

Bibliographie (à titre indicatif)

Edward Saïd, Réflexions sur l’exil et autres essais, Actes Sud, 2008, trad. de Ch. Woillez.

Edward Saïd, L'Orientalisme (Orientalism, 1978).

Alexandre Najjar, Khalil Gibran, l’auteur du Prophète, Pygmalion, 2002.

Etel Adnan, Écrire dans une langue étrangère, L’Échoppe, 2014.

Yves Clavaron, Poétique du roman postcolonial, PUSE, 2011.

Ridha Boulaâbi, « Paganisme et mysticisme dans la littérature tunisienne d’expression française : le cas d’Abdelwahab Meddeb », Recherches & Travaux, 2010 [en ligne].

Mounira Chatti, « Migritude : jeu de l’identité et de l’altérité », in Silène,  2008 [en ligne].

Groupe 15 : Récits et Histoire du 20e siècle : Mémoires conflictuelles au Proche Orient (Enseignant : Eva Monclus-Baros)
 

Perspectives 

Ce cours propose la lecture de deux auteurs arabes : Une Mémoire pour l’oubli, de Mahmoud Darwich (Palestine), et La Porte du Soleil, de Elias Khoury (Liban). Ces deux récits se déroulent à Beyrouth, mais embrassent  des temporalités historiques distinctes. La narration de Mahmoud Darwich  opte pour une unité temporelle réduite (« un jour d’août 1982 », durant le siège de Beyrouth par l’armée israélienne) ; l’oeuvre de Elias Khoury déploie un plus vaste récit : de 1948 (proclamation de l’Etat d’Israël)  à 1995.

            Il s’agira d’interroger les formes du récit, leur fragmentation, leur hétérogénéité. Dans quelle mesure celles-ci témoignent-elles d’un rapport douloureux à l’événement historique? Comment, in fine, proposent-elles un discours singulier qui serait capable de refonder une communauté? Quelle place les mémoires, individuelle et collective, tiennent-elle dans le processus du récit?

            Ces interrogations permettront également d’aborder la question de l’engagement, et plus largement de la place de la littérature dans la cité.

 

Corpus (lectures obligatoires) :

DARWICH, Mahmoud, Une Mémoire pour l’oubli, traduction de l’arabe (Palestine) par Yves Gonzalez-Quijano, Farouk Mardam-Bey, Actes Sud, Babel, 2007.

KHOURY, Elias, La Porte du Soleil, traduction de l’arabe (Liban) par Rania Samara, Actes Sud, Babel, 2003.

Proposition de lectures complémentaires (facultatives)

DARWICH, Mahmoud, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude?, traduction de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar, Actes Sud, 1999.

DARWICH, Mahmoud, La Terre nous est étroite, traduction de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar, Poésie/Gallimard NRF, 2000.

DARWICH, Mahmoud, La Palestine comme métaphore, traduction de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar, Actes Sud, Babel, 2002.

DEFAY, Alexandre, Géopolitique du Proche Orient, Que sais-je?, 2016.

KHOURY, Elias, La Petite montagne, traduction de l’arabe (Liban) par Saadia Zaïm, Christian De Montella, Actes Sud, Babel, 2009.

 

 

Groupe 16 : « Nommer et construire la mémoire qui nous manque »  (Enseignant : Christine Dethan)
 

Perspectives:

L’intitulé de ce cours est emprunté à Patrick Chamoiseau : « Nommer et construire la mémoire qui nous manque ». Comment par la fiction peut-on éclairer les périodes obscures du passé ? Comment la résurgence du passé influe-t-elle  sur le présent ? Comment écrire ce qui est tu ? Interrogeant les rapports entre l'Histoire et la fiction, les deux romans contemporains au programme cherchent à travers des voix narratives discontinues des moyens d'accéder à l'Histoire, mais du point de vue des vaincus. Joseph Boyden, auteur anglophone cananadien retrace ainsi la conversion des Indiens au christianisme au travers de trois voix : celle d'un chef de guerre, de sa jeune prisonnière et d'un père jésuite, dans le Canada du XVIIème siècle. Quand Patrick Chamoiseau, dans un récit mosaïque évoque l'enfermement volontaire au vingtième siècle d'une petite fille dans un ancien cachot destiné aux esclaves, dont l'histoire va resurgir. L'enjeu sera de nous questionner sur la façon dont ces auteurs par le biais de la fiction tentent de reconquérir un 

passé, fût-il douloureux, pour mieux reconstruire une identité qui leur a trop longtemps échappé.

 

Corpus : lectures obligatoires

Patrick CHAMOISEAU Un dimanche au cachot, édition folio n° 4899

Joseph BOYDEN Dans le grand cercle du monde, édition livre de poche n°33923

Formation à distance : Théâtre du complot (V. Partensky) : voir groupe 5

Ce programme est proposé à la FAD aussi bien en mineure qu’en majeure.

 

 

 

Contrôle des connaissances

1ère session :

Régime général : contrôle continu

Dispensés : contrôle terminal – écrit 4h

2e session : régime général et dispensés : contrôle terminal – écrit 4h

Nature de l’épreuve : Commentaire, dissertation ou essai au choix de l’enseignant

Informations complémentaires

Seul le programme de Mme Partensky est proposé à la FAD. Ce programme est proposé aussi bien en majeure qu’en mineure.

Matières dispensées

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