Sciences humaines et sociales 2 - Université Bordeaux Montaigne

Sciences humaines et sociales 2

Crédits ECTS : 5

Code ELP : LDH2U5

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Printemps

Description

Responsable de l’UE :

Intervenants : Matthieu Montalban (culture économique) ; Ludovic Renard (sociologie)

Présentation de l’UE :  

Pour l’économie :

La science économique, ou l'économie politique, en tant que science au service du gouvernement, s'est construite autour du débat autour de l'existence ou non d'un ordre harmonieux et spontané, assurant la coordination des actions individuelles décentralisées, et par conséquent sur l'intérêt ou non pour l'Etat d'intervenir sur cet ordre spontané. Les notions d'ordres et de désordres sont appréhendées par les économistes au travers des concepts d'équilibre, de déséquilibre, d'optimum, de crise et de régulation. L'équilibre désigne une situation dans laquelle les plans des agents sont compatibles, le déséquilibre désigne la situation contraire. Un équilibre peut être optimal, c'est-à-dire efficace, ou sous-optimal ; il peut être stable ou instable, c'est-à-dire pouvoir se reproduire ou non. L'objet de ce cours sera d'appréhender comment dans l'Histoire les théories économiques ont essayé de répondre à la question de savoir si l'économie tend spontanément vers un équilibre ou un ordre « naturel » harmonieux ou optimal, ou au contraire si elle tend vers le déséquilibre, le désordre, la crise ou encore vers un équilibre sous-optimal. Ce questionnement comme les concepts, ont eux-mêmes évolué, comme on le verra, au gré de l'Histoire économique réelle et des avancées des sciences connexes, qu'il s'agisse de la physique, des mathématiques, de la biologie ou de la sociologie.

Pour la sociologie :

La notion d’ordre en sociologie désigne l’organisation sociale dans son ensemble, « l’ordre social ». Toute société institue un ordre puisqu’elle stipule des normes, des règles dont la transgression est encadrée (faire l’objet d’un rappel à l’ordre), selon des procédures spécifiques (un ordre monastique, une société pluraliste, etc.).

On peut concevoir une absence de normes qui pèse sur les individus (cf. l’analyse du suicide par Emile Durkheim), ou sur la société (les décadences), et une remise en cause de ces normes à certains moments (les révolutions). Elles peuvent prendre un caractère violent ou non. Il y a des désordres violents – les émeutes ou révoltes, des ordres violents – les régimes dictatoriaux et les sociétés autoritaires, mais également des ordres partiellement non violents – les systèmes totalitaires, les sociétés non différenciées, dans lesquels la violence politique est seconde par rapport au contrôle social, et des désordres non violents en principe, certaines formes d’anarchisme ou d’autonomisme.

La notion d’ordre est essentielle en sociologie parce qu’elle permet de décrire l’organisation sociale à travers des catégories analytiques que sont, par exemple, les professions et catégories sociales, les classes sociales. Certains (parmi lesquels Louis Chauvet par exemple) ont diagnostiqué que les classes sociales étaient « de retour » dans la société française. Qu’en est-il ? On s’interrogera ainsi sur les problématiques du déclassement, de la dynamique des hiérarchies, des inégalités, de la structure sociale.

En même temps le changement social est à l’origine de toute formulation sociologique, dès son origine et lors de son « âge d’or » (Robert Nisbet) à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle (Paul Valéry et le « désordre universel » dont il fait le constat à son époque). Les théories sociologiques viendront donc « mettre de l’ordre » dans les conceptions de l’ordre social (dualité théories holistes et individualistes, du changement et de la reproduction sociale) – et ce faisant éclairer cette dialectique de l’ordre et du désordre qui nous occupe, jusqu’à formuler l’énoncé contemporain problématique de « sociologie sans société » (Alain Touraine).

On ne saurait enfin que trop souligner la dimension normative du couple « ordre-désordre ». Les théories politiques, les idées politiques, la philosophie politique se sont largement emparées de cette thématique quand il s’est agi de réfléchir sur le social et son organisation. On s’interrogera en particulier dans l’introduction de cet enseignement, sur l’articulation entre des approches qui visent d’abord à décrire et/ou expliquer le monde social et des systèmes d’explication plus directement orientés vers des finalités normatives, des valeurs ou des idéologies.

A cette fin, le cours fera l’étude de nombreux champs d’application sociologiques – apportant en particulier des connaissances de base sur la société française (mais aussi artistiques, littéraires) : l’âge et les générations, l’égalité des sexes, les inégalités économiques, d’éducation, la famille, la religion, la politique, les violences urbaines, scolaires, les organisations (universités), les rites sociaux quotidiens, etc.                                                                                                                                 

Programmes :

Pour la partie économie :

  1.         I.            Les pré-classiques, mercantilistes et physiocrates : du désordre à l'affirmation d'un ordre naturel
    1.                                1.            Les mercantilistes : les désordres de l'économie internationale
    2.                                2.            Les pré-classiques, Petty, Cantillon, Boisguilbert, Condillac : la première affirmation d'un ordre naturel harmonieux
    3.                                3.            Les physiocrates : l'ordre naturel, laissez-faire laissez-passer et circuit
  2.       II.            Les débats de l'école Classique : les questions de la main invisible, des débouchés et de la répartition
    1.                                1.            L'ordre naturel Classique : harmonie des échanges et de la division du travail, main invisible et prix naturel
    2.                                2.            Classes et répartition : ordre ou désordre?
    3.                                3.            Le débat sur les débouchés : Say et Ricardo contre Malthus et Sismondi
    4.                                4.            Le rôle de l'Etat et de la fiscalité par rapport à l'ordre naturel
  3.    III.            Marx et l'économie marxiste : l'analyse des désordres et des transformations du mode de production capitaliste
    1.                                1.            Les catégories économiques comme catégories historiques et de l'ordre économique dominant et des antagonismes de classes : mode de production et changement social
    2.                                2.            L'ordre du marché capitaliste : de l'ordre égalitaire des échanges au fétichisme et à l'exploitation
    3.                                3.            Reproduction et crises du mode de production capitaliste : l'analyse marxiste des contradictions du mode de production capitaliste
    4.                                4.            L'Etat, garant de l'ordre du mode de production capitaliste
  4.     IV.            La « révolution » marginaliste : équilibre général, physique sociale et retour à l'ordre naturel
    1.                                1.            L'école autrichienne : l'harmonie spontanée et dynamique du marché
    2.                                2.            L'école anglaise : utilité marginale et équilibre partiel
    3.                                3.            L'école de Lausanne : l'équilibre général walrassien et l'optimum de Pareto, comme formalisation de la main invisible et de l'ordre harmonieux du marché?
  5.       V.            L'école historique allemande et les institutionnalistes américains : la contestation de l'ordre naturel et le rôle des institutions
    1.                                1.            L'école historique allemande : l'affirmation du caractère historique des organisations économiques
    2.                                2.            Les institutionnalistes américains : un (dés)ordre social évolutif et artificiel construit par les institutions et les conflits
  6.     VI.            Les premiers débats marché-planification : ordre spontané contre ordre construit
    1.                                1.            L'équilibre général : description d'un ordre marchand ou d'une planification?
    2.                                2.            Information, marché et coordination ou la critique hayekienne de la planification et de l’intervention de l’Etat : l'harmonie de l'ordre spontané du marché
  7.  VII.            La révolution keynésienne et l'analyse de la crise : instabilité d'ordre de l'économie monétaire de production et la nécessaire intervention de l'Etat
    1.                                1.            L'équilibre spontané de sous-emploi keynésien et le principe de demande effective : la critique de la loi des débouchés
    2.                                2.            Economie monétaire de production et instabilité : incertitude, animal spirits et crises
    3.                                3.            La nécessaire intervention de l'Etat : l'Etat garant du plein emploi
    4.                                4.            Les premiers débats Keynes vs (néo)classiques : Keynes & Sraffa vs Hayek ; Keynes vs Pigou
  8. Les débats de l'après-guerre : équilibre, déséquilibre et politique économique
    1.                                1.            Les concepts d’équilibre : statique comparative, dynamique, stabilité
    2.                                2.            La synthèse classico-keynésienne : l'équilibre de IS-LM et le modèle de Solow
    3.                                3.            Fortune et infortune de l'équilibre général : existence, optimalité et stabilité
    4.                                4.            L'école du déséquilibre : l'ordre décentralisé du marché marqué par un (dés)équilibre général avec rationnements
  9.    IX.            La (contre)-révolution néolibérale :
    1.                                1.            L'ordolibéralisme : l'Etat garant de l'ordre et de la construction du cadre de l'économie sociale de marché
    2.                                2.            De la critique monétariste du keynésianisme aux modèles de cycles réels
  10.       X.            Les théories hétérodoxes des cycles, des crises et de l’instabilité de l’économie capitaliste : évolutionnistes, postkeynésiennes et de la Théorie de la Régulation
    1.                                1.            La théorie de Schumpeter : la dynamique de l'innovation, des crises et cycles
    2.                                2.            L'analyse postkeynésienne : l'instabilité dans les modèles de Harrod, de Goodwin et dans l'analyse minskyenne des crises
    3.                                3.            Régulation et crises du capitalisme : l'analyse des changements institutionnelles et des crises par la Théorie de la Régulation

Pour la sociologie :

Introduction : définitions : ordre et désordre, le social et la sociologie

1/ Qu’est-ce qu’une société d’ordre/désordre ? [Théorie et champs d’application sociologiques]

2/ Les sociétés ont-elles besoin d’ordre/désordre ? [Idées politiques et débats contemporains]

Conclusion : le couple ordre/désordre est-il utile aux sciences sociales ?

 

Textes de référence :

Aucune lecture obligatoire en économie et en sociologie

Matières dispensées

< Liste des matières

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