Lettres 2 - Université Bordeaux Montaigne

Lettres 2

Crédits ECTS : 5

Volume horaire TD : 48h

Code ELP : LDH2U2

Lieu(x) d'enseignement : Bordeaux et agglomération

Composante : UFR Humanités

Période de l'année : Printemps

Description

Responsable de l’UE : Fabienne Rihard-Diamond

Intervenants : Fabienne Rihard-Diamond, Françoise Poulet

Présentation de l’UE :  Composée de deux enseignements distincts : Culture littéraire (30h TD) et Approches critiques du Langage (18h TD)

Programmes :

Culture littéraire (LDH2E21) : « Ordonner un chaos, voilà la création » (G. Apollinaire) : la poésie du XXème siècle en France et aux Etats-Unis (Fabienne Rihard-Diamond)

Depuis les romantiques allemands, la « poésie » s’entend comme un acte de réinvention radicale du monde et de la vie par le langage, aux confins « de l’anéantissement et du désordre » (Novalis), pour arriver à « l’inconnu ! » (Rimbaud).  Loin de tout « beau discours », rythmé et imagé mais conforme aux normes grammaticales et aux catégories communes de la pensée, elle propose une expérience de lecture essentiellement déroutante, qui délaisse toute conformité avec des schémas d’écriture et de pensée hérités pour à chaque fois créer une forme, « trouver une langue » (Rimbaud) nouvelles.  Elle se voue ainsi à une perpétuelle transgression des limites, qui affecte :

—      son rapport à la langue et aux langues, redécouvertes dans leur matérialité sensible et leur étrangeté essentielles ; d’où une défamiliarisation de l’acte de lecture qui, rompant avec toute évidence discursive ou référentielle, revêt à son tour une dimension proprement créatrice, en même temps qu’une parenté profonde avec l’acte de traduction.

—       son rapport à toute une série « d’autres » de la poésie, qu’elle intègre à son champ désormais infini : prose littéraire ; arts visuels (le lien de la poésie à la musique étant en revanche très ancien et même originel, même s’il fait l’objet, avec les symbolistes, d’une redécouverte et d’un approfondissement inédit) ; mais aussi « prose » de la parole quotidienne, des journaux, des documents historiques ou juridiques, intégrée à une poésie qui rompt définitivement avec les Règles, le Beau et l’Idéal pour embrasser la multiplicité chaotique du monde.

—      son traitement inhabituel des catégories communes de la pensée, sa désorientation de l’espace et du temps, sa fusion de l’intérieur et de l’extérieur, du moi et du monde, du subjectif et de l’objectif.

Nous proposons de faire éprouver et partager aux étudiants cette transgression et cette réinvention poétiques perpétuelles, à travers la lecture de la poésie moderniste française et américaine du XXème siècle, dans son rapport essentiellement ambivalent à une modernité industrielle et technologique éprouvée comme un chaos à la fois libérateur et aliénant, fécond autant que destructeur.

Textes de référence : lectures obligatoires

 

Une anthologie sera distribuée au début du semestre ; elle inclura des textes ou extraits de textes :

—      des romantiques allemands, de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé (en guise d’ « ouverture » à la fois historique et théorique)

—      de Guillaume Apollinaire et Blaise Cendrars, d’Ezra Pound et William Carlos Williams ; si notre progression du semestre le permet, on y ajoutera peut-être une sélection de textes des objectivistes américains (Zukofsky, Oppen et Reznikoff)

 

 Évaluation :Contrôle continu sous forme d’exposés/commentaires oraux et d’un devoir sur table

 

Approches critiques du langage (LDH2E22) : Ordre et désordre de la langue (Françoise Poulet)

Le Trésor de la langue française donne comme première acception du mot grammaire la définition suivante : « ensemble de règles conventionnelles (variables suivant les époques) qui déterminent un emploi correct (ou bon usage) de la langue parlée et de la langue écrite ». Il cite également l’édition de 1932 du Dictionnaire de l’Académie française qui parle d’un « art de parler et d’écrire correctement ». La grammaire, tout du moins lorsqu’on la considère comme une discipline prescriptive et normative, aurait donc pour visée d’ordonner la langue, de régir les usages en séparant les bonnes pratiques des mauvaises. La mise en ordre du langage s’accompagne en effet d’opérations de classements, de tris et de sélections. Néanmoins, comme nous le verrons, par les cas particuliers et les exceptions qu’elles exhument, mais aussi par les analyses polyphoniques et parfois contradictoires qu’elles proposent, les grammaires du français introduisent bien souvent du désordre dans la langue. Ordonner la langue, ne serait-ce pas la simplifier de manière abusive ?

Un autre questionnement portant sur la relation que l’écrivain francophone entretient avec sa langue guidera notre étude : un « bon écrivain » est-il nécessairement, pour reprendre les termes de Boileau, quelqu’un qui « énonce clairement » ce qu’il « conçoit bien » ? Ou bien se distingue-t-il au contraire par sa mise en jeu singulière de la langue ? La notion de style pourrait ainsi se définir comme une manière subjective de perturber l’ordre du bon usage, comme le rappelle Michel Foucault à propos de la littérature en général : « La littérature ne réside pas dans la perfection du message ; elle ne se loge pas dans l’adéquation du bien dit ; elle est du côté du mal dire – du trop ou du trop peu, de la lacune et de la redondance, du trop tôt ou du trop tard, du double sens et du contre-temps ».

Matières dispensées

< Liste des matières

footer-script