Colonisation, décolonisation et postcolonisation - Université Bordeaux Montaigne

Atelier de lecture

Colonisation, décolonisation et postcolonisation

Organisé par Sidina Noël Mvou Kounta et Nestor Engone Elloué

Séances de 10h00 à 12h00 -   MLR 033 

A partir du cas français, cet atelier de lecture se propose de revisiter et d'interroger dans une démarche pluridisciplinaire, le fait colonial, sa fin et son héritage en Afrique et en Asie. Ce sera l'occasion d'analyser et de comprendre les mécanismes de domination élaborés par les anciennes puissances coloniales, la mise en valeur des colonies, les contestations de l'ordre colonial, les décolonisations et les sociétés postcoloniales.

Questionner le maintien de l’ordre en situation coloniale : acteurs et méthodes

jeudi 16 mars 2017                                                             Attention en salle H011 !
Intervenant : Sidina Noël Mvou Kounta  

En situation coloniale, expression chère à Georges Balandier, le maintien de l'ordre n'est pas  une mission accessoire. Car, après les conquêtes et la création des colonies, le colonisateur institue un système d'encadrement, de contrôle et de surveillance de la société dominée. Que l'on soit dans les possessions anglaises, portugaises ou françaises qui nous intéressent dans cette étude, le maintien de l'ordre est au cœur de la politique coloniale. Pour le mettre en œuvre, les archives évoquent l'intervention de plusieurs acteurs officiels (administrateurs coloniaux, autorités judiciaires, militaires, gendarmes, policiers, gardes), européens, indigènes, privés ou informels mais légitimes. Les méthodes employées sont à la fois réglementaires, préventives (à savoir le renseignement, la garde, les tournées diverses, etc.) et répressives (écrasement des manifestations, expéditions punitives, châtiments corporels, chicotte, emprisonnement, déportation, amende, incendie des villages, massacre des résistants etc.), et se sont adaptées à l'évolution progressive des relations entre les colonisés et les puissances tutrices. Dans l'historiographie française, c'est Maintenir l'ordre colonial. Afrique et Madagascar, XIXe-XXe siècles, codirigé par Jean-Pierre Bat et Nicolas Courtin en 2012, qui est l'ouvrage collectif récent proposant une approche théorique de la question accompagnée de quelques études de cas. Cette communication se propose  de contribuer au débat historique  en élargissant les pistes de réflexion.

Maisons de commerce européennes et commerçants africains entre domination et collaboration.
La cas de la Côte d'Ivoire  

jeudi 30 mars 2017
Intervenante : Cécile Koulandje

Les études antérieures menées sur le commerce colonial en Afrique de l’ouest relèvent d’une part l’adaptation des commerçants autochtones face aux nouvelles exigences du commerce colonial et d’autre part leur inadaptation et leur disparition du grand commerce africain. En Côte d’Ivoire, l’espace économique était déjà exploité et dominé par des commerçants autochtones « actifs et dynamiques » qui pratiquaient le commerce depuis l’époque précoloniale. Mais à partir de 1893, soutenues par l’administration coloniale, les maisons de commerce françaises exécutent un plan d’action qui consiste essentiellement à briser progressivement leur monopole. De type familial ou indépendant et à faibles capitaux, les maisons françaises adoptent une nouvelle  politique commerciale qui leur permet d’étendre leurs activités sur l’ensemble du territoire de la colonie. Cette occupation de l’espace économique leur permet d’abord de détourner les anciens circuits commerciaux, ensuite d’introduire de nouveaux éléments dans le commerce et enfin de contrôler totalement le commerce local dès 1920. Face aux moyens et méthodes déployés par les maisons de commerce et la rude concurrence qu’elles leur imposent,  les commerçants autochtones sous équipés et mal organisés  finissent par intégrer le commerce colonial pour certains et pour d’autres disparaitre.

La décolonisation du Vietnam

jeudi 13 avril 2017
Intervenant : Ninh Xuan Thao

Selon la conférence de Brazzaville en 1944, surtout la déclaration du 24 mars 1945, la France déclara vouloir maintenir le système colonial en Indochine. De 1945 à 1946, la France a fait des négociations avec le gouvernement de Hồ Chí Minh (qui était fondu en Septembre après la révolution d’Août 1945). Le 19 décembre 1946, l'insurrection de Hanoï marque le début de la guerre d’Indochine : le gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam déclenche des hostilités dans tout le nord du Viet Nam, et entre dans la clandestinité. Après l’évènement du 19 décembre, la France a cherché une autre solution pour la politique de décolonisation au Vietnam en faisant des négociations avec Bảo Đại, (l’ex-Empereur du Việt Nam qui était exilé à Hong Kong par les autorités françaises de 1946 à 1949) pour fonder un autre gouvernement qui est pro-français. Après les accords de l’Elysées le 8 mars 1949, le gouvernement de Bảo Đại (l’État du Việt Nam) était officiellement fondu. Depuis 1949, la France était face aux négociations avec le gouvernement de Bảo Đại pour appliquer des accords d’indépendance en continuant parallèlement contre la guerre de résistance mené par le gouvernement de Hồ Chí Minh. Après une guerre de neuf années en Indochine (1945 - 1954), selon les accords de Genève, la France perdit ses influences au Nord du Việt Nam, et au Sud du Việt Nam dans deux ans suivants. Dans cette communication, on veut poser la question : Est-ce que c’est une défaite de la politique de décolonisation de la France au Việt Nam dans les années quarante et cinquante du XXème siècle ?

Impact de la guerre froide sur la politique étrangère des Etats d'Afrique Noire francohone au lendemain des indépendances. Le cas du Gabon

jeudi 27 avril 2017  
Intervenant : Jean Mateyi

Le début des années 60 a vu la France mettre fin à la colonisation dans ses anciennes colonies d’Afrique noire. Ces indépendances octroyées parfois par consentement avec l’ancienne puissance devraient permettre aux pays nouvellement décolonisés, du point de vue intérieur, de se prendre en charge dans le domaine politique, économique et social. Du point extérieur, ces Etats souverains devaient non seulement, mener à bien leurs relations extérieures, mais également faire face à une rivalité sans précédente entre les pays occidentaux, menés par les Etats-Unis d’un part; et d’autre part, les pays du bloc soviétique, guidés par l’URSS. Cette rivalité connue sous l'appellation de “Guerre froide” aura une répercussion sur la politique étrangère des pays nouvellement décolonisés dans la mesure où ces Etats eurent besoin d’une aide tout-azimut afin de répondre à la sempiternelle question du développement.
L’objet de cette communication dont  l’intitulé est “ Impact de la Guerre froide sur la politique étrangère des Etats d’Afrique noire francophone au lendemain des indépendances: le cas du Gabon”, dressera une analyse sur la politique étrangère du Gabon sous le magistère du Président Léon M’ba (1960-1967).  Il convient de rappeler que le Gabon comme nombreuses ex-colonies françaises d’Afrique noire, à travers les accords signés avec l’ancienne métropole, fit le choix de la France et des démocraties occidentales. Ce choix aura- t-il un impact sur la politique étrangère de ce pays? Nous évoquerons les fondements de sa politique étrangère et la position face aux conflits inhérents à cette rivalité.

Mots clés: Gabon, Guerre froide, politique étrangère., etc.

Au prisme de Franz Fanon.
De la bourgeoisie colonialiste à la bourgeoisie des colonisés

jeudi 11 mai 2017
Intervenant : Nestor Engone Elloué

Il semble que face à l’esprit du colonialisme, fondamentalement capitaliste, les mouvements pour l’indépendance menés par les élites colonisées se soient focalisés sur la dimension superficielle du projet colonialiste, à savoir le corps politique de l’Etat colonial. La lutte de façade pour l’autodétermination des peuples paraît être de ce fait essentiellement une lutte pour mettre fin à la présence du colon dans l’administration de l’Etat. Elle ne débouche pas sur une réelle transformation de la nation, mais sur l’émergence et l’ancrage d’une bourgeoisie nationale dont le véritable projet est de prendre le pouvoir et de remplacer la bourgeoisie occidentale. Lorsqu’elle y parvient, elle devient une « bourgeoisie d’Etat », puis très souvent, une « dictature bourgeoise », trahissant définitivement sa vocation initiale : se mettre à disposition du peuple. Incapable de s’émanciper économiquement, elle finit par se complaire « à servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se part aujourd’hui du masque néo-colonialiste » .

 

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