La cité Frugès inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO - Université Bordeaux Montaigne

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La cité Frugès de Pessac inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO

Cité Frugès par l'architecte Le Corbusier à Pessac classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO

Enseignant-chercheur en Histoire de l'art contemporain à l'Université Bordeaux Montaigne et expert français de Le Corbusier, Gilles Ragot a été chargé, par le ministère de la Culture et la Fondation Le Corbusier, de préparer la candidature de la cité Frugès ainsi que de 16 autres réalisations de Le Corbusier à travers le monde pour leurs classements au patrimoine de l'UNESCO.

Dimanche 17 juillet 2016 : "Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO, qui tient sa 40e session depuis le 10 juillet à Istanbul (Turquie) a inscrit aujourd'hui au cours de sa session du matin quatre nouveaux sites. Il s'agit du site L’œuvre architecturale de Le Corbusier- Une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne (Allemagne, Argentine, Belgique, France, Inde, Japon, Suisse) et de sites à Antigua-et-Barbuda, au Brésil et en Inde. Il s'agit du premier site du patrimoine mondial inscrit à Antigua-et-Barbuda. " lire la suite

 

Questions à Gilles Ragot expert de Le Corbusier

Pouvez-vous nous présenter la cité Frugès ?

La Cité Frugès que réalisent Le Corbusier et Pierre Jeanneret à Pessac au milieu des années vingt, est un ensemble de logements ouvriers d’une conception avant-gardiste exceptionnelle.

Aucune cité de logements individuels, en Europe, ne représente alors un tel défi pour lutter contre le mal logement dramatique et endémique qui sévit en France depuis le XIXe siècle :

  • enjeu technique par l’utilisation du béton projeté et par une conception standardisée du gros comme du second œuvre ;
  • enjeu formel par l’adoption d’un langage architectural « puriste » qui rompt avec tous les codes académiques du moment ;
  • enjeu social par l’ambition, partagée avec l’industriel Henry Frugès commanditaire de ce lotissement de 50 maisons, de réaliser non seulement des logements de qualités, dotés d’un confort jusque-là réservé à des classes sociales plus aisées, mais qui soient aussi de véritables œuvres d’art ;
  • enfin enjeu économique en visant un prix de revient très bas qui ne sera malheureusement pas atteint.

À ce titre, la Cité Frugès occupe une place justifiée dans la liste des dix-sept réalisations de Le Corbusier retenues dans sept pays sur trois continents – Argentine, Allemagne, Belgique, France, Inde, Japon, Suisse – pour figurer sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

En tant qu'Historien de l'Art, comment êtes-vous impliqué dans la candidature de la Cité Frugès au Patrimoine de l'UNESCO ?

Gilles Ragot
Gilles Ragot, expert de Le Corbusier professeur à l'Université Bordeaux Montaigne
Depuis plus de trente ans, une partie de mes recherches et de mes publications portent sur l’œuvre de Le Corbusier. C’est à ce titre que j’ai été désigné en 2003 par le Ministère de la Culture et la Fondation Le Corbusier comme expert français pour la préparation de ce dossier de candidature.

J’ai participé pendant treize ans à un groupe de travail international composé d’experts de chacun des sept pays concernés par cette candidature intitulée : L’Œuvre architecturale de le Corbusier. Une contribution exceptionnelle au Mouvement moderne. J’ai personnellement assuré la rédaction du dossier, en particulier ce qui concerne la présentation de ces œuvres, leur historique, et l’argumentaire justifiant leur présence sur cette liste.

Il s’agit d’un dossier complexe, réunissant dans un même ensemble des réalisations iconiques comme la Chapelle de Ronchamp (1955) et des réalisations moins spectaculaires, comme la Cité Frugès, mais exemplaires dans l’histoire de l’architecture contemporaine. Il a suscité un débat passionné et intense avec l’instance d’évaluation, ICOMOS, et avec  l’UNESCO. Nos échanges ont permis un rapprochement de nos points de vue qui ont abouti au classement au patrimoine de l'UNESCO de la cité Frugès ainsi que de 16 autres réalisations de l'architecte Le Corbusier à travers le monde.

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Gilles Ragot est professeur en Histoire de l'art contemporain, directeur adjoint du département Histoire de l'art et Archéologie à l'Université Bordeaux Montaigne et membre du Centre François-Georges Pariset EA 538.

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