Faire la ville : à quoi sert l’histoire ? À quoi sert le patrimoine ? - Université Bordeaux Montaigne

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Faire la ville : à quoi sert l’histoire ? À quoi sert le patrimoine ?

Le 29 juin 2018 à l’Hôtel de Région Nouvelle-Aquitaine, le colloque/table-ronde « Passerelles urbaines », coordonné par Sandrine Lavaud et Ezéchiel Jean-Courret, maîtres de conférences en histoire médiévale – UMR 5607 Ausonius (Université Bordeaux Montaigne/CNRS), a rassemblé divers acteurs de la fabrique de la ville.

Retour sur les échanges du colloque "Passerelles urbaines"

Clôture du programme de recherche Région Nouvelle-Aquitaine « Les villes-têtes de l’Aquitaine : approches historique, cartographique et comparative » et en corollaire de la publication de cinq nouveaux volumes de la collection nationale de l’Atlas Historique des Villes de France  (Agen, Bayonne, Mont-de-Marsan, Pau, Périgueux) (lien vers article atlas), cette journée avait pour vocation de susciter un débat collectif autour du processus de médiation scientifique et de créer un meilleur dialogue entre production historique et politiques urbanistiques et patrimoniales.

  • Comment concilier l’héritage du passé et les aménagements actuels de la ville ?
  • Quelles sont les passerelles pour une meilleure collaboration entre monde scientifique et professionnel ?
  • Quelle réception peuvent avoir des productions scientifiques auprès des aménageurs comme du public ?

La fabrique de la ville  est au cœur de ces problématiques actuelles qui rassemblent à la fois le scientifique, le politique, l’aménageur et le public. Il apparait aujourd’hui primordial de favoriser le discours entre ces acteurs aux attentes divergentes.

Tension temporelle


Colloque/table-ronde « Passerelles urbaines » - 29 juin 2018 à l’Hôtel de Région Nouvelle-Aquitaine. Cliché S. Syllac
Le premier obstacle réside dans la notion du temps qui est propre à chacun. Le scientifique qui produit de la connaissance a besoin de temps pour ses recherches mais le politique qui prend la décision est enfermé dans un temps électoral court. Benoit Tiran, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, explique que les élus doivent statuer rapidement car il y a une attente de la population.

Ces échelles temporelles incompatibles poussent les collectivités territoriales à mandater des bureaux d’études privés au détriment des universitaires, souligne Michèle Laruë-Charlus, chef de la mission Bordeaux métropole 2050.

Recherche vs Expertise

Afin de répondre à ces attentes, le monde de la recherche universitaire s’adapte et s’appuie depuis quelques années sur le modèle privé avec l’utilisation d’appel d’offres de recherche. En revanche, ce système rend la frontière recherche/expertise de plus en plus poreuse. Christian Geinsbeitel, maître de conférences en histoire de l’art médiéval – Université Bordeaux Montaigne, interpelle même l’assemblée avec « l’expertise a-t-elle pris le pas sur le questionnement, la recherche ? ».

Le monde s’urbanise et le rapport à l’histoire change


Colloque/table-ronde « Passerelles urbaines » - 29 juin 2018 à l’Hôtel de Région Nouvelle-Aquitaine. Cliché S. Syllac
La seconde difficulté se situe dans l’alliance du patrimoine avec les aménagements actuels et futurs. Tout en préservant l’héritage de la ville, il faut penser à celle de demain.

Le terme patrimoine fait débat et n’a pas la même valeur pour tous les acteurs. Olivier Biguet, conservateur du patrimoine à Angers, mentionne d’après l’Inventaire que « tout est patrimoine, les vestiges anciens, les objets, le territoire, les tissus urbains et les paysages ». Outil de connaissance et de mémoire, l’Inventaire sert d’appui aux choix politiques de conservation et de préservation.

Le patrimoine est un bien public qui se reconstruit tous les jours avec le mouvement citoyen. Michèle Laruë-Charlus illustre ce propos avec la mobilisation contre la démolition de la caserne Niel ou l’appropriation du pont Chaban-Delmas par les Bordelais, qui devient dès lors patrimonial.

Vivre et travailler ensemble

Xavier de la Selle, directeur des Musées d’histoire à Lyon, revient sur la responsabilité des élus et l’absolue nécessité d’un soutien et d’une aide à la prise de décision. La connaissance universitaire doit être partagée avec les décideurs. Il est possible d’imaginer des lieux de discussion où le scientifique pourrait produire des études. Il cite pour exemple la création d’une résidence de jeunes chercheurs, afin de provoquer un moment de rencontre et d’interrogations.

Outre la sensibilisation des habitants sur le patrimoine, les actions de médiation permettent d’expliciter les choix politiques, comme le souligne Virginie Tostain, animatrice de l’architecture et du patrimoine – Grand Châtellerault.

Le succès en librairie des Atlas montre l’attachement des gens à leur ville et la conscience historique du public. Les nouveaux aménagements n’effacent pas totalement le passé, explique Pierre Regaldo-Saint Blancard, conservateur régional à la DRAC Nouvelle-Aquitaine. La figuration de l’histoire y est perceptible comme le marquage au sol sur les places de la Victoire et André Meunier à Bordeaux.

La compréhension du processus d’urbanisation par tous les acteurs est le garant et la condition d’un consensus pour l’aboutissement d’un projet commun.

Sonia Syllac, chargée de valorisation, communication et médiation scientifique de l’Institut Ausonius (UMR 5607 – CNRS/Université Bordeaux Montaigne)

 

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Passerelles urbaines

Le 29 juin 2018

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