Cristina Panzera, philologue à la source des textes anciens - Université Bordeaux Montaigne

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Cristina Panzera, philologue à la source des textes anciens

Portrait de Cristina Panzera, enseignate-chercheure à l'Université Bordeaux Montaigne

Cristina Panzera est philologue, spécialiste des textes du Moyen Âge et de la Renaissance en latin et en langue italienne.

Qu’est-ce qu’un·e philologue ?

Cristina Panzera est philologue, une spécialiste de l’étude historique (grammaticale, linguistique) des textes. Elle étudie les textes du Moyen Âge et de la Renaissance à la croisée entre le latin et la langue italienne.

Les manuscrits sur lesquels Cristina Panzera travaille datent d’avant l’imprimerie et, dans le but d’être diffusés, ont été copiés par des copistes. D’une copie à l’autre des erreurs se glissent inévitablement via des incompréhensions du texte ou des adaptations à la langue ou au dialecte parlé par le copiste. Il faut donc prendre cela en compte, surtout que les chercheur·euse·s ont rarement la possibilité d’étudier le manuscrit original (souvent pas écrit par l’auteur lui-même mais dicté par lui).

« Je suis paléographe : je peux lire des manuscrits du haut Moyen Âge. »

Le propre du·de la philologue est de s’intéresser à la traduction de manière critique pour rétablir les idées sources : le texte conçu par l’auteur. Dans le cas de Cristina Panzera, il faut savoir tout d’abord lire un manuscrit avec la graphie de l’époque.

Documenti d’Amore, les enseignements d’Amour

Cristina Panzera travaille depuis le 1er septembre 2017 sur une édition critique commentée, accompagnée d’une étude linguistique, d’une traduction, de commentaires historiques et littéraires et d’un glossaire des Documenti d’Amore, « les enseignements d’Amour », de Francesco de Barberino, un contemporain de Dante Alighieri.


La Laus ou Eloge, illustration extraite des Documenti d’Amore de Francesco de Barberino
Cet ouvrage qui remonte au tout début du 14e siècle, est composé d’un poème en langue italienne médiévale (langue vernaculaire) et d’une prose en latin. Francesco de Barberino (1264-1348) est un notaire toscan, il écrit dans le but d’enseigner  les bonnes manières et la vertu à un public masculin de nobles. Les Documenti d’Amore, traitent donc de la courtoisie et de la façon de se comporter selon la vertu, la morale et l’esprit courtois.
Le texte en langue vernaculaire (langue parlée par une communauté, dans le cas de cette recherche : un italien médiéval) est-il une traduction du texte latin dans le manuscrit préparé par l’auteur ?
Selon Cristina Panzera « Les deux textes sont différents de par leur forme, leur ton et leur intention. Le texte en italien médiéval est destiné au grand public alors que celui en latin est destiné à des personnes plus cultivées. La prose latine est parfois parodique et a des finesses que ne se permet pas le poème en italien. Francesco de Barberino a la volonté de cacher des informations : les choses sérieuses se disent en latin. La nécromancie, l’astrologie et les informations concernant un miroir permettant de deviner l’avenir sont absentes de la version la plus accessible. » Cela n’empêche pas l’auteur d’avoir une volonté d’éducation.

     

Le pouvoir des images


Justice, illustration extraite des Documenti d’Amore de Francesco de Barberino
Francesco de Barberino a construit un discours d’enseignement en prenant appui sur des images. Ces images représentent des vices et des vertus qui nourrissent les exemples. Les deux manuscrits de la bibliothèque vaticane qui contiennent l’ouvrage comportent un certain nombre d’enluminures  que l’auteur a lui-même conçu, pour les faire réaliser par des peintres.  L’analyse du rapport entre le texte et les image correspond à une recherche interdisciplinaire.
« Je me sers du travail qu’ont fourni les historien·ne·s de l’art et les spécialistes des enluminures. »

Cristina Panzera s’intéresse plus largement au phénomène culturel. Cet auteur et son œuvre didactique sont les témoins de l’émergence d’un mouvement intellectuel : l’humanisme. Francesco est un laïc, de surcroît, spécialiste du droit, qui écrit pour éduquer (pourquoi se croit-il autorisé à le faire ?) en utilisant des images qu’il conçoit lui-même. Il veut être maître de son œuvre : la valeur qu’il accorde à son acte intellectuel est complètement nouvelle pour l’époque, ce qui fait de lui un pré-humaniste. L’humanisme se caractérise par un attachement particulier aux auteurs antiques. Cristina Panzera s’intéresse beaucoup au rapport de l’humanisme à l’Antiquité, comme le montrent aussi ses travaux sur la fortune de la forme épistolaire à la Renaissance.

Cristina Panzera enseigne la linguistique italienne, la littérature et la traduction pour les étudiant·e·s de licence, master et en préparation au CAPES. La chercheuse est membre de l’unité de recherche CLARE et a obtenu une délégation CNRS au CESCM de Poitiers du 1er septembre 2017 au 31 août 2018, période au cours de laquelle la chercheuse s’est consacrée à son projet de recherche.

Article rédigé par Bérangère Subervie, étudiante Master 1 Médiation des sciences et stagiaire à la direction de la communication de l’Université Bordeaux Montaigne.

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