Appel à texte Langage universitaire et BD - Université Bordeaux Montaigne

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Appel à texte : Langage universitaire et bande dessinée – théorie et pratique

Appel à contributions pour la revue Essais de l’Université Bordeaux Montaigne.

Avril 2017

L’année 2015 a vu la publication, par les presses universitaires de Harvard, de la thèse en bande dessinée de Nick Sousanis, Unflattening (traduit chez Actes Sud en 2016, sous le titre Le déploiement). Elle a été suivie de l’édition d’un numéro spécial « Comics as Scholarship » de Digital Humanities Quarterly, sous la direction de Roger Whitson et Anastasia Salter. Ces deux parutions semblent proclamer la compatibilité entre le discours universitaire et la bande dessinée. Quant à la légitimation, si elle n’est acquise et institutionnalisée à grande échelle, elle semble se dessiner et être aujourd’hui de l’ordre des possibles.

La bande dessinée a, de longue date, fait la preuve de sa capacité à traiter de sujets non-fictionnels. Que l’on pense aux comics éducatifs, aux biographies dessinées, au travail de Scott McCloud ou à l’engouement contemporain pour le reportage dessiné – dont La Revue Dessinée et les récits de Joe Sacco peuvent être pris pour exemples –, on peut s’attendre à ce que le monde universitaire s’empare enfin largement de cette forme. Outre sa capacité à porter des récits, elle a fait la preuve de sa capacité à transmettre, de façon extrêmement efficace, des informations complexes, avec divers degrés d’abstraction.

Cependant, comme l’a montré Julien Baudry dans une série d’articles sur Phylacterium (ici et ici) et comme le confirment les discussions régulières sur la liste de diffusion Comixscholars (la plus récente en 2015), la catégorie de la thèse, de l’article ou de l’ouvrage universitaire en bande dessinée est encore fort peu fournie. De nombreuses raisons pratiques et pragmatiques en sont la cause, notamment la rareté de la formation au dessin chez les universitaires (ou par le passé le coût de reproduction des images). Au-delà, il faut cependant invoquer des facteurs culturels, des normes plus ou moins explicites, qui donnent le cadre de ce que serait une production universitaire.

Le texte universitaire n’est pas uniquement un mode de transmission d’une pensée, il est aussi un genre, avec ses institutions, ses producteurs, ses lecteurs et ses codes. Pour ne prendre que cet exemple, les lieux de diffusion d’un tel écrit sont connus et délimités : un article, même publié dans un quotidien exigeant comme le Guardian ne peut pas être une production universitaire reconnue comme telle.

La question de la bande dessinée universitaire se pose donc à un double niveau, celui de la forme et celui de la construction sociale. Ce numéro de la revue Essais entend aborder la question sous ces deux angles, à la fois en théorie et en pratique. Il accueillera des contributions en français et en anglais.

Théorie

Le volet théorique invitera les chercheurs à s’intéresser notamment aux thématiques suivantes :

  • Objet intermédiaire, lieux indéfinis : objet scientifique ou vulgarisation ?
  • Une écriture à plusieurs mains ? La bande dessinée scientifique remet-elle en question les paramètres des articles collectifs ?
  • Problème de recherche et d’indexation : comment indexer et rendre visible les travaux graphiques ?
  • Des objets au format défini et immuable ( ?) : quel impact sur la dissémination ultérieure ?
  • La question du « je » et de l’énonciation graphique comme affirmation d’une voix singulière, à rebours de l’énonciateur invisible du texte universitaire.
  • La question du dessin, de sa qualité. Y-at-il des enjeux esthétiques à des productions graphiques scientifiques ?
  • La bande dessinée scientifique est-elle une forme nécessairement narrative ?
  • Les frontières habituelles de la bande dessinée ont-elles une valeur lorsqu’il s’agit de diffuser la connaissance scientifique : qui du recours à l’illustration, à la visualisation de données ?
  • Comment la question de la bande dessinée scientifique s’articule-t-elle aux tentatives de renouvellement des formes menées dans d’autres champs (études filmiques, notamment) ?
  • Quel lectorat pour ces bandes dessinées ?

Pratique

Le volet pratique entend quant à lui fonctionner en deux étapes, avec une première phase de propositions (sujet + proposition graphique) donnant lieu à validation, avant la réalisation effective du travail. Cette première validation ne se substitue pas à une évaluation scientifique rigoureuse a posteriori, mais elle entend éviter aux contributeurs d’investir temps et énergie en vain.

  • Les propositions pourront relever de l’ensemble des disciplines des Sciences Humaines et Sociales
  • Il devra s’agir d’articles de recherche et non de vulgarisation. Il est rappelé que légitimité scientifique n’est pas synonyme de densité (voir les formats courts publiés sur The Comics Grid, par exemple).
  • Les propositions peuvent se faire en binôme, rédacteur et concepteur graphique. Il va de soi que ce dernier rôle est celui de co-auteur, et que l’article produit sera bien une publication de recherche, valorisable comme telle sur un CV.
  • Corollaire de ce qui précède, la cohérence de la proposition graphique (qui n’est pas synonyme de « beau » dessin) sera évaluée au même titre que celle de la proposition scientifique.

Données matérielles

  • Le gabarit attendu est de 10-12 pages (le format de la revue est de 157x240mm) , mais cette mesure est avant tout indicative.
  • La publication est prévue en noir et blanc en version papier, éventuellement en couleur pour la version en ligne.

Ce numéro entend toutefois promouvoir les expérimentations. Toutes les propositions en terme de contenu ou de format seront examinées attentivement, même si elles devaient déroger aux règles énoncés ci-dessus, dès lors qu’elles ne perdent pas de vue l’objectif de produire un article scientifique en bande dessinée.

Validation et rendu

Les textes théoriques de 5000 mots environ, accompagnés d’un résumé de mots clés et d’une biographie sont à rendre pour le 15 avril 2017.

Les propositions pratiques devront faire l’objet d’une validation préalable, mais la date butoir est fixée également au 15 avril 2017.

La publication du numéro est prévue à l’automne 2017.

Vu la nature du projet, n’hésitez pas à vous mettre en contact avec les rédacteurs invités de de numéro : Marie Gloris Bardiaux Vaïente (mariegbv @ gmail.com)et Nicolas Labarre (nicolas.labarre @ u-bordeaux-montaigne.fr).

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