Le bourreau : cet homme très discret - Université Bordeaux Montaigne

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Le bourreau : cet homme très discret

Martine Charageat exposant ses recherches à la salle comble. Cliché Aurélie Lemée

Lundi 14 mars 2016

Dans le cadre du projet de recherche LaScArBx « Justice et fourches patibulaires : Lieux d’exécution, d’exposition et d’inhumation des corps des condamnés à mort (Moyen Âge – Epoque moderne) », Martine Charageat, maître de conférences en histoire médiévale à l’Université Bordeaux Montaigne, Mathieu Vivas, post-doctorant LaScArBx (Institut Ausonius UMR 5607 CNRS/UBM) ainsi que Mathieu Soula, professeur d’histoire du droit à l’Université de Reims (Centre de recherche sur la décentralisation territoriale EA 3312) ont organisé à la MSHA, l’atelier "Le bourreau en questions. Actualité d’une recherche interdisciplinaire (Moyen Âge - Époque moderne)".

Cet atelier fait suite à la journée d’étude "Pendre, suspendre et dépendre" du 15 février 2016. De façon plus informelle, la journée sur le bourreau a permis de dresser un premier état des connaissances sur cette figure énigmatique.

Le métier de bourreau

Image du bourreau du site skyrim-universe.com

L’office du bourreau médiéval consiste à exécuter les peines corporelles, mortelles ou non. Il entretient également les fourches patibulaires (suspension, dépendaison et enterrement des corps des pendus). Pour réaliser son office, il se déplace dans toute la juridiction d’une ville et même au-delà. Des fonctions annexes lui sont aussi confiées comme le nettoyage des marchés, des fossés ainsi que des activités paramédicales (soin des entorses par exemple).

“traité comme n’importe quel autre agent de la ville”

Le bourreau réclame ses gages après chaque exécution. Il consigne tous ses frais dans un carnet pour percevoir un remboursement par sa tutelle. À titre d’exemple, Mathieu Vivas s’appuie sur les registres de comptabilité de la ville de Périgueux, où le bourreau est traité comme n’importe quel autre agent de la ville. Il n’y a pas de différence salariale, il perçoit les primes de spécialisation ainsi que le remboursement de ses frais festifs (dépenses réalisées lors d’une fête). Ses frais médicaux et ses obsèques sont payés par la ville.

Le costume est également fourni par la municipalité. Il varie selon les époques, mais reste similaire à celui des autres agents. Au XVIIe siècle, à Périgueux, le bourreau épingle sur son habit un petit signe distinctif pour se différencier.

Qui est le bourreau ?

Frédéric Armand, historien juriste, présente les sources historiques utilisées pour appréhender ce personnage. Il relève que seul un petit nombre d’archives fournit des informations. Les contemporains des bourreaux ne rapportent que les faits singuliers. Son nom complet n’est mentionné que dans les registres de comptabilité. Les tournures de phrases décrivant une exécution sont essentiellement passives comme pour l’effacer.

Cette altération se retrouve également dans la littérature où il est identifié de façon très laconique, sauf lorsque la mise à mort est confiée au héros du roman comme l’explique Bernard Ribémont, professeur d’histoire littéraire du Moyen Âge à l’Université d’Orléans (POLEN-CESFiMA EA 4710). Martine Charageat et Mathieu Vivas démontrent également que son identification est rendue difficile par la multitude de termes utilisés pour désigner sa fonction, par exemple, "borelier", "pendart", "servicial" pour Périgueux et "verdugo", "moro de vacas", "borguin" pour la péninsule ibérique.

L’iconographie médiévale présentée par Cécile Voyer. Cliché Sonia Syllac
L’iconographie médiévale présentée par Cécile Voyer. Cliché Sonia Syllac

“Son anonymat perdure”

Le bourreau est difficile à omettre dans les sources visuelles. Pourtant, son anonymat perdure comme le démontre Cécile Voyer, professeure d’histoire de l’art médiéval à l’Université de Poitiers (CESCM UMR 7302 CNRS/Université de Poitiers). Dans l’iconographie médiévale, son visage et ses habits sont identiques à ceux de la foule. Il n’est défini que par son outil ou son geste montrant qu’il est bourreau juste le temps de l’exécution.

Depuis le XIXe siècle, la presse offre une vision plus humaine due à l’apparition de journalistes spécialistes des exécutions et à la diminution du nombre d’exécuteurs.

Après avoir été sciemment caché, le bourreau devient le sujet d’étude.

 

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 En savoir plus sur : l'Institut Ausonius UMR 5607 CNRS/UBM

 

 

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