Une découverte archéologique exceptionnelle sur la plage de Soulac-sur-Mer - Université Bordeaux Montaigne

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Une découverte archéologique exceptionnelle sur la plage de Soulac-sur-Mer

Paroi extérieure du clayonnage - Photo Florence Verdin

Florence Verdin, chargée de recherches CNRS à l’Institut Ausonius (UMR 5607, CNRS-Université Bordeaux Montaigne), a mis au jour sur la plage de la Lède du Gurp à Soulac-sur-Mer (Gironde), une cuve à saumure datée du néolithique récent (environ 3000 ans avant J.-C.). Cette découverte est exceptionnelle, tant par la qualité de conservation du vestige que par son importance scientifique. À ce jour, c’est la plus ancienne structure complète de production du sel trouvée sur le littoral atlantique.

 

Une fouille de sauvetage à la tronçonneuse


La butte de la Lède du Gurp en janvier 2016 – Photo : D. Brocheriou
Le recul du trait de côte a fait disparaître de nombreux sites archéologiques souvent exceptionnellement conservés. Le site de la Lède du Gurp a fait l’objet d’un programme de recherche inter LabEx LaScArBx : Sciences archéologiques de Bordeaux et Cote : évolution, adaptation et gouvernance des écosystèmes continentaux et côtiers, en 2013-2015.

 


Prélèvement de la cuve sur le site de la Lède du Gurp - Photo : F. Verdin
Les conditions d’urgence pour la sauvegarde de la cuve ont forcé les archéologues à revoir leurs méthodes de fouilles. La cuve se situait face à l’océan, sur la coupe d’une butte d’argile très compacte. Avec l’autorisation du Service régional de l’Archéologie et du DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines - Marseille), les archéologues et les services techniques de la mairie de Soulac, ont découpé la couche argileuse à la tronçonneuse avant de la prélever à l’aide d’un tractopelle. Le bloc d’argile a ensuite été stocké dans les Services Techniques de la ville de Soulac, afin d’être étudié à l’abri des assauts de l’océan.

Une économie spécifique

La cuve (1m50 de diamètre/70cm de hauteur) est composée de deux parois faites de baguettes en bois tressées sur une armature verticale. À l’intérieur des deux parois, un comblement en argile permet de la rendre étanche. La cuve servait probablement à stocker l’eau de mer pour la production du sel. Après décantation, la saumure obtenue était sans doute chauffée afin d’obtenir des pains de sel utilisés pour la conservation des aliments et la consommation humaine et animale.

Cette découverte met ainsi en évidence la présence d’un atelier de production proche du littoral. Au néolithique, le site de la Lède du Gurp était un ancien marécage soumis aux marées de l’océan. En effet, le trait de côte était à l’époque à plusieurs kilomètres à l’ouest.
Les nombreux autres vestiges trouvés sur place, comme les outils en silex, les tessons de céramiques, témoignent d’un habitat proche du secteur et occupé durant une longue période.

La conservation en appui à l’étude


Florence Verdin et la cuve stabilisée avec du plâtre par Arc-Nucleart - Photo : S. Syllac
L’atelier Arc-nucléart de Grenoble, spécialisé dans la conservation des objets en matériaux organiques (bois, cuir, etc.), est intervenu pour la consolidation de la cuve. Ce vestige extrêmement fragile a fait l’objet d’un conditionnement sur mesure afin d’être déplacé à Grenoble. Il a fallu d’une part l’enduire de plâtre pour stabiliser les parois, et d’autre part confectionner un coffrage reposant sur un plateau en bois qui a nécessité le forage de la couche d’argile sous-jacente.

Ce travail de consolidation va permettre à Florence Verdin et son équipe de pouvoir fouiller l’intérieur de la cuve à Grenoble et d’effectuer des prélèvements sédimentaires afin de restituer l’environnement de ce témoin artisanal.

Ces différentes interventions ont été possibles grâce au soutien financier de l’Institut Ausonius, du LabEx Sciences archéologiques de Bordeaux et du DRASSM.

Contact : Sonia Syllac, chargée de communication-valorisation et médiation scientifique - Ausonius

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