La basilique Saint-Seurin de Bordeaux dévoile une partie de son mystère - Université Bordeaux Montaigne

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La basilique Saint-Seurin de Bordeaux dévoile une partie de son mystère

Le nouvel aménagement de la crypte, Cliché C. Berranger

Le 9 février 2016, Anne Michel, maître de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne (Institut Ausonius, UMR 5607 CNRS/Bordeaux Montaigne) a organisé à la Cité municipale de Bordeaux, une journée d’études sur : « Saint-Seurin de Bordeaux. De la recherche à la valorisation : une approche pluridisciplinaire autour d’un bâtiment ».

Cette journée a permis de présenter les derniers résultats de la recherche et les actions de valorisation au public venu nombreux pour l’occasion. À la suite des différentes communications, les intervenants et partenaires se sont réunis afin d’élaborer un nouveau projet d’étude interdisciplinaire sur l’église.

Saint-Seurin : un creuset scientifique


La crypte durant les fouilles archéologiques, cliché A. Michel
Constamment remanié au fil du temps, l’édifice a fait de longue date l’objet d’études historiques et archéologiques. Cependant, les recherches menées depuis le colloque de 2006 ont favorisé les échanges interdisciplinaires. Une étroite coopération est née dans l’interprétation des données entre les méthodes d’analyse stratigraphique et les méthodes physiques de datation.

Le travail des scientifiques a principalement concerné la crypte située sous la nef centrale de l’église.

En vue de l’aménagement de cet espace pour sa réouverture au culte et au public, les scientifiques ont commencé les recherches in-situ à l’automne 2013. La crypte connaît une occupation continue depuis le Ve siècle. Les relevés stratigraphiques réalisés par Anne Michel, couplée à l’analyse des mortiers effectuée par Pierre Guibert, ingénieur de recherches CNRS HDR, et Petra Urbanová, post-doctorante de l'Université Bordeaux Montaigne, de l’IRAMAT-CRP2A (UMR 5060 CNRS/Bordeaux Montaigne) permettent de reconstituer les différentes phases de son occupation.

La transition entre le lieu funéraire primitif et le lieu cultuel apparaît nettement avec la mise en place de différents niveaux de sols. Ainsi, la construction de la structure antique peut être datée à la fin du IVe ou au début Ve siècle et les niveaux de sol aux VIe - VIIIe siècles.

Dans l’optique d’une approche pluridisciplinaire, des prospections géoradar ont été réalisées par Jean-François Lataste, maître de conférences à l’université de Bordeaux (I2M, UMR 5295 CNRS/université de Bordeaux), sur le sol de la basilique et sur les murs de la crypte. Cette méthode géophysique non invasive a localisé des éléments inconnus dans les maçonneries autour de la crypte. Il s’agit probablement d’anciennes constructions mais cette hypothèse doit maintenant être corroborée par l’archéologie et les textes.
De plus, ces prospections ont mis en évidence des taches d’humidité dans le sol de la basilique soulevant ainsi des interrogations sur la conservation du bâtiment.


Présentation de l’architecture romane par Christian Gensbeitel, cliché S. Syllac
Pour compléter ces différentes communications, Christian Gensbeitel, maître de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne (IRAMAT-CRP2A, UMR 5060 CNRS/Bordeaux Montaigne) apporte un éclairage sur les parties romanes de l’église tandis que Claudine Gauthier, professeur à l’université de Bordeaux (EHESS – Paris) s’interroge sur la mémoire de Saint-Seurin.

La conclusion scientifique de la journée a été assurée par Christian Sapin, directeur de recherches honoraire CNRS (ArteHis, UMR 6298 CNRS/Université de Bourgogne) qui a replacé les recherches dans le contexte national et européen des études d’archéologie du bâti et sur les cryptes.


Saint-Seurin : accessible pour tous


Une salle comble pour un auditoire attentif, cliché S. Syllac

Outre la connaissance scientifique, l’étude de la crypte est indissociable avec son devenir. L’articulation entre la recherche scientifique et la valorisation culturelle de cet espace a également été au cœur de la réflexion.
Patrick della Libera (conservateur du patrimoine monumental et immobilier – Mairie de Bordeaux) présente le nouvel aménagement de la crypte, qui a été inauguré lors des Journées Européennes du Patrimoine de 2015. Ce lieu sacré est ainsi rendu aux hommes de foi mais aussi au grand public.

Parallèlement à cette réouverture, l’association des amis de l’église de Saint-Seurin, représentée par Luc Bonnin, a créé un espace de médiation au sein de la chapelle des Fonts Baptismaux. Cet espace présente l’histoire du lieu à l’aide de panneaux explicatifs rédigés avec l’aide des chercheurs. Il évoluera prochainement avec pour objectif de rendre le visiteur actif, de lui faire vivre sa visite comme une expérience dont il serait le principal acteur.

Une publication d’une cinquantaine de pages est en cours de préparation. Elle présentera les différentes zones clés de l’édifice et sera publiée aux éditions Ausonius.


Présentation de la journée par Anne Michel, cliché S. Syllac

Les études de la crypte, son aménagement ainsi que l’organisation de la journée ont été possibles grâce au soutien financier du LabEx Sciences archéologiques de Bordeaux (projet Mémoire d’églises), de la Région Aquitaine Limousin Poitou Charente (projets MUTATIONS et MoDAq), de la mairie de Bordeaux ainsi que de la DRAC-SRA-CRMH.

La paroisse ainsi que l’association des amis de Saint-Seurin ont gracieusement participé au bon déroulement du projet.

 

 

Monument emblématique du patrimoine bordelais, l’église Saint-Seurin de Bordeaux est associée aux premières manifestations du christianisme dans la ville. Elle a été classée au titre des monuments historiques en 1840 et au patrimoine mondial de l’Unesco en 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

 

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