Frontières des hommes, frontières des plantes cultivées : diffusions et recompositions de l'agro-biodiversité - Les Cahiers d'Outre-Mer 266 - Université Bordeaux Montaigne

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Frontières des hommes, frontières des plantes cultivées : diffusions et recompositions de l'agro-biodiversité - Les Cahiers d'Outre-Mer 266

L’analyse de la répartition spatiale des plantes cultivées est souvent a-chronique : elle repose sur des inventaires datés et analysés en fonction de facteurs contemporains de l’époque d’observation. Des comparaisons entre deux dates donnent une idée de l’évolution de cette répartition, mais les corpus de données permettant une analyse diachronique de ce genre sont rares. L’histoire pourtant permet de comprendre la distribution des plantes cultivées dans l’espace : leur ancienneté locale, les rythmes de leurs diffusions spatiale et temporelle, les raisons de leur adoption, refus ou abandon par les sociétés agraires sont autant de facteurs explicatifs de leur présence dans les terroirs : il faut savoir les appréhender pour évaluer leur répartition mais aussi pour anticiper leur avenir.

Les quatre textes présentés dans ce deuxième volume du dossier « Frontières des hommes, frontières des plantes cultivées » analysent des processus explicatifs du maintien de la forte diversité spécifique et infra-spécifique observée à l’échelle du bassin tchadien (Garine et al., 2013).

Les rituels, qui portent sur une faible part de l’agro-biodiversité locale, réservent certaines plantes à des usages particuliers qui en assurent la conservation dans les agrosystèmes (Seignobos). Contrôlées par le groupe (clans) ou l’institution politique (la chefferie de Gudur dans les Mandara) qui en maîtrisent le contrôle rituel et la distribution, ces semences sont jalousement gardées (variétés de sorgho et d’éleusine notamment), plus que d’autres qui régressent plus facilement. L’auteur émet ainsi l’hypothèse du rôle de ces rituels, pratiqués parfois par très peu de personnes, pour la conservation de l’agro-biodiversité.

À l’opposé de cette hypothèse de la tradition garante de la conservation, un vivrier marchand d’importance régionale et spécifique du bassin tchadien est analysé dans une démarche pluridisciplinaire (Saidou et al.). Alors que nous pouvions anticiper, à partir de l’histoire récente et relativement bien connue au travers des traditions orales, une structuration très simple de la diversité génétique des sorghos repiqués, l’étude laisse entrevoir une histoire beaucoup plus complexe. La grande diversité génétique observée pour les sorghos repiqués est équivalente à celle des pluviaux et suggère un processus de création variétale multi-local qui, probablement, est encore en cours. Celui-ci serait stimulé par les avantages productifs de ces nouvelles ressources génétiques, mais aussi par leurs avantages commerciaux car cette production arrive sur les marchés urbains en contre-saison par rapport aux autres céréales. Pour comprendre l’histoire de ces sorghos, inscrite dans une dynamique contraire à celle de l’érosion variétale dénoncée à l’échelle mondiale, l’appréhension simultanée des échelles régionales et locales se révèle indispensable....

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