Être poète en Afrique vandale : le cas de Dracontius - Université Bordeaux Montaigne

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Être poète en Afrique vandale : le cas de Dracontius

Annick STOEHR-MONJOU, MCF de langue et littérature latines - Université Baise-Pascal, Clermont-Ferrand II

Être poète en Afrique vandale : le cas de Dracontius
Blossius Aemilius Dracontius, qui occupa des charges judiciaires et fut très vraisemblablement avocat auprès du proconsul de Carthage, est un membre de l'élite romaine catholique de la fin du Ve siècle de notre ère. Il a composé une œuvre uniquement poétique, sacrée (Louanges de Dieu; Réparation) ou profane (Orestis, Romulea, épigrammes sur l'origine des roses et les mois) et cette co-existence de deux modalités d'inspiration est une de ses originalités. La dimension et la variété de son œuvre en font le poète le plus important d'Afrique vandale. Si Dracontius est méconnu, il est cependant essentiel pour comprendre ce que signifie être poète dans le contexte politico-religieux et culturel si particulier de l'Afrique vandale.

En effet, Dracontius vit en cette fin de Ve siècle, début VIe siècle non plus dans une Afrique province de l'empire romain mais dans un royaume vandale, d'abord fédéré (435) puis autonome dès 442 - soit plus de trente ans avant la fin de l'empire d'occident. Les Vandales ont conservé les structures politiques en place et, après une phase d'exils, se dessine une forme de "cohabitation" entre Romains et Vandales - dont les contours exacts restent cependant sujets à controverse. De plus, les Vandales ariens tout-puissants mènent ce que l'historien Yves Modéran a appelé une véritable guerre de religion afin de convertir les catholiques. Cette politique n'est pas propre au premier roi vandale Genséric et se lit à d'autres moments, même sous des rois réputés plus cléments. Dracontius offre en outre une autre particularité : il est emprisonné sous le règne de Gonthamond pour un poème qui a déplu avant d'être finalement libéré, vraisemblablement sous le roi Thrasamond. Cette expérience le marque profondément et influence son écriture. Enfin, loin d’aspirer à être un poète de cour comme certains auteurs de l’Anthologie Latine, il montre une véritable liberté d’esprit  et une certaine audace politique : il se voit avant tout comme un poète de la « romanité ». 

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