Master Soin, éthique et santé : 10 ans et plus de 100 diplômés - Université Bordeaux Montaigne

Formation - Communiqué de presse

Master Soin, éthique et santé : 10 ans et plus de 100 diplômés

Une formation approfondie à la réflexion éthique appliquée aux secteurs du soin et de la santé

Ouvert en 2005, le master Soin éthique et santé de l’Université Bordeaux Montaigne compte plus d’une centaine de diplômés. Il s’est donné pour ambition de répondre aux nouveaux besoins de formation des professionnels de santé en matière d’éthique, par une articulation rigoureuse entre les pratiques des professions de santé et les savoirs universitaires issus de la Philosophie, des Sciences humaines et du Droit.  

Entretien avec Barbara Stiegler, maître de conférences en philosophie et responsable du master Soin, éthique et santé

1. Qui sont les étudiants de ce master, à quels métiers se destinent-ils ?

Deux types d’étudiants sont inscrits dans ce master :

  • En formation initiale, les étudiants arrivent principalement de la filière philosophie, mais aussi de la psychologie clinique. Ces derniers sont de futurs professionnels de santé qui souhaitent accompagner les malades en souffrance psychique. Il y a aussi beaucoup d’étudiants en droit. Ces étudiants, qui se destinent à travailler dans des établissements de santé, savent que la notion d’éthique est indispensable, incontournable.
  • Pour les 2/3 des promotions, il s’agit de personnels de santé en formation continue : médecins, infirmiers et soignants.

2. Quel intérêt d'enseigner la philosophie à des professionnels de santé ? 

Le monde de la santé est aujourd’hui confronté à des mutations fondamentales, par exemple :

  • L'accroissement de la médicalisation de l’existence.
  • La prise en charge psychopathologique des émotions.
  • Des innovations technologiques qui bouleversent le début de la vie, la fin de la vie, avec des objectifs de performance qui posent question.
  • L'explosion des maladies chroniques et l'allongement de leur durée, lié paradoxalement au progrès de la médecine, qui en même temps crée des situations sans réponse curative.
  • Les dépistages précoces des terrains génétiques qui étendent le champ du pathologique.

Par ailleurs il y a aussi une crise des systèmes sanitaires et de sécurité sociale, en particulier en France où nous avons un modèle fort qui est questionné et clairement en crise. Sur le plan politique, il existe un conflit entre le système libéral, le rôle de l’État et le néolibéralisme - ce dernier ne signifiant pas forcément, comme on le croit souvent, un désengagement de l’État mais bien plutôt un rôle accru de l’État et de ses normes.

Les soignants sont de plus en plus déstabilisés, déboussolés par toutes ces mutations.

Au même moment, il y a une injonction très forte de l’institution à l’éthique. Les professionnels de santé doivent souvent animer des discussions éthiques, voire assurer des formations, sans être eux-mêmes spécifiquement formés à cela. Ce master apporte des outils intellectuels fondamentaux et nécessaires pour mener ce type de réflexion. 

La formation en éthique implique un travail interdisciplinaire : droit, sciences sociales, économie de la santé… La philosophie a une place centrale dans l’histoire de l’éthique et de la bioéthique. Pourquoi ?

En éthique, on mobilise des concepts qui ont une histoire philosophique très lourde. Par exemple, le concept d’ « autonomie ». C’est un terme qui porte une multiplicité de sens, liée à une histoire très dense, et c’est assez facile de montrer que l’autonomie peut vouloir dire une chose et son contraire :
L'autonomie, c'est classiquement une liberté qui passe par la raison (par exemple, par le fait de savoir se libérer du désir). Mais l'autonomie c'est tout aussi bien, dans un autre contexte, l'expression du désir le plus profond d’une personne.

Pour comprendre ces tensions conceptuelles, il faut revenir vers l’histoire des concepts, vers la philosophie.

D’autre part, la philosophie - qui n'a aucun objet en propre et qui se soucie de tous les objets possibles - est la discipline par excellence de l'interdisciplinarité. Or, nulle réflexion éthique approfondie ne peut être menée sans une maîtrise minimale des règles et des risques de l'interdisciplinarité.

C'est pour cette raison que, dans l'histoire de l'éthique, la philosophie s'est imposée comme la discipline-reine, au carrefour et à l'intersection de tous les savoirs positifs (sciences médicales, sciences humaines) et de toutes les pratiques (quotidiennes, sociales, politiques).

Enfin, la philosophie présente l'énorme avantage d'être, par excellence, la discipline du questionnement. En philosophie, ce que l’on apprend, de la classe de Terminale jusqu’à la thèse, c’est à construire une question. À ne pas tout de suite vouloir répondre mais à construire un questionnement et à endurer ce moment vertigineux et difficile de la problématisation. C’est le travail même de l’éthique !

Cela paraît d’autant plus important à l’heure où l’éthique, parce qu’elle s’institutionnalise, risque d’être "routinière", "standardisée" et de devenir ce qui norme autoritairement les conduites au lieu d'interroger les normes. 

Face à ce risque, lié à l'institutionnalisation de l'éthique, beaucoup de soignants aimeraient faire de l’éthique autrement. La philosophie permet de redynamiser une éthique qui tend parfois à se scléroser.

De plus, la philosophie aide les étudiants à réfléchir sur le sens profond de ce qu’ils font, en particulier en tant que professionnel de santé. Cela leur permet de retrouver leur autonomie de soignant, qui tend parfois à être mise à mal par l'inflation des normes et des codifications.

Pour toutes ces raisons, la philosophie va être libératrice, aussi bien pour les patients dont on tente de respecter l’autonomie que pour les soignants eux-mêmes.

3. Que deviennent les diplômés depuis 10 ans ? 

Cela fait 10 ans que l’Université Bordeaux Montaigne délivre ce diplôme et donc compte plus d’une centaine de diplômés. L’un de nos anciens étudiants en formation initiale a obtenu un concours de direction d’hôpital, il estime lui-même que les enseignements de notre master lui ont donné la hauteur de vue nécessaire sur les enjeux de direction d’un établissement de santé. 

Pour les étudiants en formation continue, qui sont tous des professionnels de santé déjà aguerris, ils reviennent sur leur poste de travail avec une vision beaucoup plus fine des questions d’éthique, et avec des connaissances beaucoup plus solides pour former les étudiants ou animer la réflexion éthique au sein des équipes soignantes.

Le master ouvre également la possibilité, si l’étudiant a donné les garanties suffisantes, de poursuivre ses études vers la recherche avec la possibilité de construire un projet de thèse et d’être accompagné pour un travail de doctorat.

Être spécialiste d’éthique ne s’improvise pas. Pour s'initier à la polysémie des concepts, maîtriser l'étendue des savoirs interdisciplinaires et apprendre à construire un questionnement éthique, la philosophie est probablement la discipline universitaire la plus formatrice.

En savoir plus sur le master Soin, éthique et santé :
Fiche formation en ligne
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Propos recueillis par le service communication.

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